J9 Les Usambaras de l’Est – 2

Attention ce que je vais décrire dans cet article et le prochain sont deux purs bijoux, deux lieux vraiment hors du commun, et de loin mes endroits préférés de ce que je connais de la Tanzanie. Le Camp Mawingu et la Villa Matalai sont la propriété de Hali et Claes, qui sont respectivement Somalie et Suédois, installés depuis longtemps sur la côte swahilie et très impliqués dans le soutien à leur village.

Commençons par le camp Mawingu. Pour y parvenir, il faut un 4×4 absolument, et si on dit ça, c’est parce qu’on l’a fait en Toyota Noah (un peu comme un Peugeot Traveller ou toute voiture familiale 7 places, vous voyez?). N’ESSAYEZ PAS !!! On met le double de temps (oui vraiment 4 heures au lieu de 2h pour faire quoi… environ 60 kilomètres)… on était sur du 15km heure à cause des pierres (que dis-je des rochers!) sur la piste. Et en plus on s’est trompés de route. L’idéal c’est encore de s’y faire conduire en 4×4 par un chauffeur expérimenté ! Bref, après une halte pour s’acquitter des frais d’entrée dans la réserve d’Amani, on monte en altitude, pour enfin à la sortie d’une forêt dense et parfumée, se retrouver au milieu de collines couvertes de plantations de thé.

les champs de thé et la plaine au loin
le village

On est alors seulement à 1000 mètres, mais à pic, et on voit au loin que le village de Ngua domine la plaine de la vallée de Lwengera. C’est tout simplement magnifique ! C’est vert, il fait frais, le soleil brille et on est tellement contents d’arriver. Latifah, qui est chargée du camp et également cueilleuse de thé en saison, nous accueille chaleureusement et nous fait visiter les environs. Les bungalows sont rustiques et confortables, chacun a une cheminée et de nombreuses boiseries qui conviennent parfaitement à l’esprit montagnard du village.

La terrasse intérieure…
et la terrasse extérieure avec sa magnifique vue !
vue d’ensemble
une chambre
une autre terrasse derrière
coin séjour

La réserve dAmani est connue pour sa faune et sa flore endémique si riche qu’elle a déjà été comparée aux Galapagos. C’est un paradis pour les ornithologues, les entomologistes ( spécialistes des insectes), mais ce qui nous excite vraiment avec Stanley, c’est et cela reste les caméléons. On programme une marche nocturne pour débusquer le Trioceros Deremensis, le caméléon tricorne endémique du coin. En attendant, balade dans les alentours, c’est la grande lessive aujourd’hui, et on découvre le Mnazi, un délice ! De l’eau de coco fermentée, qui se boit comme du petit lait, il faut savoir se modérer si on veut repartir en marchant droit !

A la tombée de la nuit, avec un villageois, nous voilà partis en balade sur les chemins forestiers, au son des rapaces nocturnes et concerts de crapauds. Nos premières rencontres, papillons, limaces, mille pattes sont d’une taille surprenante, plus grands que ma main, les fougères sont également immenses et je me souviens du Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne… Va-t-on rencontrer des champignons géants et des dinosaures?

En fait de dinosaures, on va être servis. Zéro cornes, une corne, deux cornes… les caméléons apparaissent dans le spectre de la lampe torche. On ne les observe pas trop longtemps chacun, et surtout on ne les touche pas. Sur le chemin avant d’arriver au village, nous avons longuement expliqué à des gamins qui nous apportaient un caméléon dans un seau que les touristes ne sont pas intéressés par les animaux en captivité (mensonge, ça dépend de quel type de touriste on parle…) et qu’il est important de les laisser dans leur habitat et les protéger… un discours qui devrait surtout être intégré par les voyageurs. Si on ne s’y intéressait pas, si les touristes ne payaient pas pour voir et toucher la faune sauvage, les locaux n’essaieraient pas de nous en attraper. On n’a jamais vu des gamins nous apporter des limaces en espérant nous faire plaisir ou avoir un pourboire.

Enfin le voilà, le caméleon à trois cornes, et c’est toujours émouvant de savoir d’une espèce qu’on ne la trouve nulle part ailleurs dans le monde. Bon, je ne suis pas photographe, mais on voit bien la bêbête. Ca valait le coup !

La nuit est calme et fraîche au Camp Mawingu, et demain nous partons sur la côte pour rencontrer la propriétaire qui vit dans son autre hôtel, la Villa Matalai. L’océan après la montagne, on a hâte de découvrir ce coin paradisiaque et peu fréquenté au nord de Tanga.

Adieu petit coin de paradis !

Jour 13: En route pour Machame Camp

Brume matinale

Ce matin au bureau de l’agence, j’embarque dans la voiture qui va nous amener au début du trek, et je fais connaissance avec Johnson mon guide, le cuisinier et les porteurs.

Les portes du parc national d’où partent les différents chemins menant au sommet sont assez distantes les unes des autres, toutes situées sur le versant sud du massif.

les routes du massif

les routes du massif

Nous partons de la Machame, à 40mn de Moshi, réputée pour être celle d’où l’on profite des meilleurs panoramas. La traversée de plusieurs villages chaggas après les grandes plantations de café nous amènent à 1800 mètres d’altitude, dans un épais nuage de brume qui rend l’air humide et froid. Quelques babouins traînent autour des trekkeurs qui prennent une collation en attendant que leur équipe soit prête.

on n'y voit goutte!

on n’y voit goutte!

Les guides et les porteurs sont innombrables. Pour un groupe de dix trekkeurs, il faut vingt porteurs et cinq guides ou assistants guides… une longue file d’attente se met en place derrière un monsieur qui semble être un officiel du parc. C’est la pesée des sacs. Les porteurs ont droit à 20kg maximum. Quand on pense qu’il fut un temps, il n’y avait pas de limite de poids!  A la fin des formalités, nous nous rendons au « starting point », départ officiel de la voie Machame.

Contente d'être là!

Contente d’être là!

Dans la forêt équatoriale

L’entrée dans la forêt m’impressionne beaucoup. La végétation est luxuriante, les arbres immenses. Petit à petit la brume se dégage et le soleil filtre timidement entre les branches des gigantesques macarangas et acacias albizia. En grande forme, les marcheurs ont envie d’aller d’un bon pas; mais les guides, souriants, lancent de temps en temps leurs traditionnels « pole pole! » qui incitent à ralentir. Cette prétendue nonchalance est en réalité la voix de l’expérience. Le pas que nous adoptons les premières heures sera le même pendant cinq jours, quel que soit le dénivelé et l’état de fatigue. Autant qu’il soit le plus lent possible!

Au dessus de nos têtes, les oiseaux se taisent aux heures chaudes et reprennent leur concert en fin d’après midi. Difficile de les apercevoir. Mais soudain une queue blanche en panache apparaît dans les branches basses: un, puis deux colobes guéreza nous observent prudemment. C’est toujours une  joie de voir des singes dans leur habitat naturel. Cette espèce a été chassée pour sa belle fourrure noire et blanche mais aujourd’hui, vivant dans des espaces protégés, elle n’est plus en danger d’extinction. Et sur les pentes du Kilimandjaro, les prédateurs se font rare. Quelques léopards peut-être…

le colobe guereza

le colobe guereza

Dans la forêt, il y a de jolies petites fleurs endémiques nommées Impatiens Kilimanjari;  j’aime bien l’idée qu’on n’en trouve nulle part ailleurs, c’est ce qui rend un voyage particulier, unique; beaucoup de marcheurs passent sans les voir. Johnson me dit que ce sont généralement plutôt les Japonais qui s’intéressent de près à la botanique, un peu les Allemands aussi. Les guides ont toujours des commentaires sur les comportements des touristes selon leur nationalité. Il y a souvent du vrai!

Impatiens Kilimanjari

Impatiens Kilimanjari

 

Alors que le soleil commence à décliner, nous sortons peu à peu de la forêt. Le sol devient plus acide et se couvre de mousses et de bruyères arborescentes, c’est la lande qui annonce la proximité du campement. Au détour d’un bosquet, une petite pause nous permet de profiter d’une première apparition claire du sommet, comme une promesse de récompense pour les efforts à venir. Qu’il paraît loin! En fait, il l’est encore plus…

 

le profil du monstre

le profil du monstre

 

Lorsque la rumeur du campement se présente à nos oreilles, je ne me sens même pas fatiguée. Johnson m’annonce l’altitude: 3000 mètres. Voilà, je n’étais encore jamais allée si haut. La ligne bleue des Vosges, les tartes aux myrtilles, la luge de mon enfance m’ont habituée à une montagne au caractère doux et vivifiant; j’ai l’impression que je vais me sentir toute petite à partir de maintenant.

Après le repas, le sommeil tombe sur mes paupières aussi brusquement que la nuit sur l’équateur. Une dernière précaution avant de me coucher m’amène nez à nez avec un félin aux yeux incandescents, dont la stupeur cède en un instant à  l’instinct de fuite. Qu’était-ce donc? Pour moi, un serval. Pour mon guide, un gros chat; un peu vexée de ce manque d’émerveillement, je veux lui assurer que non, ce n’était pas un gros chat mais bien un grand félin… c’est alors que je me rends compte du malentendu. « No, it wasn’t a big cat, it was a… big cat… » Bon, on est d’accord, c’était un gros fauve!