J14 De Bwawani à Dar es Salaam

Elaborer une stratégie

Ce matin Stanley a obtenu de Remmy l’assentiment d’emmener les filles faire un tour à l’extérieur du camp, sous notre surveillance, et cela nous permettra de renforcer sa confiance en nous. Il est tôt et nous serons rentrés avant midi.

C’est une grande bouffée d’oxygène pour les filles, qui nous parlent de leur rêve tanzanien, de voir la savane, le massif du Kilimanjaro et la côte swahilie. Nous nous promenons à travers les cultures de maïs et de courges, quand s’ouvre un espace donnant sur une hutte et quelques auvents de fortune. Au centre parmi seaux et marmites en aluminium se tient une femme d’une cinquantaine d’années d’une beauté époustouflante. Elle nous accueille en riant, nous propose de partager l’ugali, que nous déclinons poliment. Son mari se met à rire aussi lorsque nous évoquons la beauté de cette femme, et Stanley se met à bavarder joyeusement en swahili. Je vois du coin de l’œil à quel point les filles sont émues, de rencontrer des gens heureux, finalement, malgré une situation manifestement très modeste.

Nous prenons congé et restons silencieux et pensifs un instant, laissant résonner les rires et les paroles chaleureuses. Puis d’un ton plus grave, nous reprenons l’élaboration de notre stratégie de fuite. Il faut partir en fin de matinée au plus tard, le dernier bus express pour Dar es Salaam passe sur la grand route vers 14h.

En rentrant au camp, Josephine se met à imiter avec talent les quintes de toux les plus effrayantes qui soient. Plus c’est gros, plus ça passe… Les filles font leur sac, tandis que Stanley termine d’affoler Remmy sur les risques encourus si une bénévole perdait la vie sur le site de l’eco-camp. En un clin d’oeil quatre moto-taxis arrivent au coeur du camp. Avec la promesse de revenir dans quelques jours, nous démarrons sur la piste rouge, le coeur battant la chamade, ballotés sur les 17 interminables kilomètres qui nous amènent à l’arrêt de bus. Les conducteurs nous déposent, et nous les regardons faire demi-tour, le souffle court. Ce n’est que lorsqu’ils disparaissent à l’horizon dans un nuage de poussière que nous parvenons à respirer, soulagés, mais encore méfiants. Et s’ils revenaient? Et si les personnes qui nous entourent étaient des relations de Remmy?

La fin du calvaire

L’attente parait longue, sous le soleil cuisant et toujours sous pression. Stanley, lui, est plus tranquille. Il sait que c’est fini.

Lorsque le bus arrive, les filles refusent de donner leur sac pour la soute – très bien! Elles ont appris à se méfier en voyage, et ce n’est pas plus mal pour la suite de leur aventure. Nous montons prendre nos sièges: à peine assises, alors que le bus démarre, elles poussent des cris de joie: « Enfin libres! A nous la Tanzanie! »

3h30 plus tard, nous prenons une guesthouse près du port. A Dar es Salaam, j’ai une habitude : économiser sur la chambre pour s’offrir un verre sur la terrasse du Hyatt Regency, qui bénéficie d’une vue magnifique sur toute la baie. Détente absolue et franches rigolades!

Demain, nous partons tous ensemble en ferry pour Zanzibar. Stanley et moi devons rencontrer notre partenaire Noreen qui a établi à Stone Town son agence de tourisme insulaire responsable. Nous aiderons les filles à se décider pour une nouvelle ONG.

Une structure honnête, cette fois…