Jour 16-17: Retour à Arusha

La panne

Steffi et moi sommes parties de Dareda pour Arusha où Avédis nous rejoindra demain. Le plan: fêter mon anniversaire ensemble dans un restaurant.

Au bout d’une dizaine de kilomètres, l’express tombe en panne, évidemment, au milieu de nulle part. Il paraît que si ça n’arrive pas une fois durant le séjour, on n’a pas vraiment vu l’Afrique. Je passe l’attente au soleil, les bébés qui pleurent, le bus d’après qui passe sans s’arrêter alors qu’il est moitié vide… Le chauffeur décide d’acheter de la canne à sucre pour tout le monde à un marchand ambulant. Un geste apprécié par tous! Enfin un autre express vient nous chercher. A Arusha, nous trouvons une petite pension derrière la gare routière, sans eau chaude mais très propre. Demain c’est mon anniversaire et je prévois de retrouver Melvin et Mike, car la semaine dernière ils m’ont gracieusement offert des bières, à manger, des parties de billard alors que j’avais oublié mon porte monnaie. et Dieu sait qu’ils ont peu d’argent. A mon tour de les régaler. En attendant, c’est soirée reggae à l’Empire entre copines!

Friendly birthday 

On est dimanche, j’ai 34 ans aujourd’hui, et on mange la nyama choma au police mess avec les copains de là-bas. On fait un atelier scoubidous, on joue au billard tout l’après-midi au Mamcho Garden, puis entre francophones, on va à l’Impala, un bon restaurant indien pour finir en boîte au Babylone, à faire des jeux à boire. Le Konyagi, ça tape. Heureusement que ça n’arrive qu’une fois par an! J’ai passé de très bons moment avec Avédis et Steffi; demain je vais poursuivre mon voyage à Moshi, chez Stanley, est-ce que ce sera aussi bien?

Jour 9 : les « expats »

Attrapez-le!

En fin d’après-midi, j’ai contacté un couchsurfer français qui travaille à Arusha, histoire de le rencontrer autour d’un verre. C’est Damien, il a une agence de safari ici. Son père était déjà expatrié, il a vécu dans beaucoup de pays différents.

Vue sur le marché

Nous nous sommes donnés rendez-vous sur la Sokoine Road. Au téléphone, je lui demande de quoi il a l’air. Ca le fait rire, et je comprends pourquoi: impossible de se rater! Deux Blancs se repèrent à 200 mètres parmi les Noirs. Damien m’invite à venir chez lui. C’est un grand appartement dont le balcon donne sur l’arrière du marché. Soudain une forte clameur publique se fait entendre. Depuis le balcon, nous assistons à un mouvement de foule généralisé: en bas au marché, tout le monde se met à courir en hurlant, c’est très impressionnant.

« Un voleur, me dit Damien. Quand un voleur se fait repérer, tout le monde le poursuit, et il passe un sale quart d’heure… »

Je pense à mes copines d’adolescence les « tchoureuses » avec qui je chipais des petites choses dans les magasins… c’est drôle,  selon les gens, les cultures, le vol en magasin est considéré comme un grave délit ou comme une bêtise puérile. Ici, voler quelqu’un, c’est le déposséder de beaucoup, et mineur ou pas, la punition est dure.

Fatigués du bruit, nous fermons les fenêtres. Damien me propose de se retrouver après son dîner d’affaires pour aller « faire la fête ». Il me confie gentiment les clés de son appartement et me laisse seule.  Au bout de quelques minutes survient une coupure d’électricité qui me plonge dans l’obscurité totale. Je décide de sortir prendre un repas sur le pouce.

Les rues sont noires, seuls quelques petits restos indiens fonctionnent au groupe électrogène. Dans la nuit, je ne vois personne, mais tout le monde voit ma peau claire. J’entends des « mambo » et je réponds « poa »,  je n’ai pas peur… Damien me dira que je n’ai pas été bien prudente à me promener dans des ruelles pendant la coupure d’électricité… moi je suis sûre que ma confiance me protège.

Saturday night fever

J’avais envie de retrouver des français, eh bien je les ai eus. Deux petits coqs. Damien et son « meilleur pote » Yannick ont ramené trois minettes avec eux. Une américaine en stage au tribunal d’Arusha et deux françaises qui bossent dans une ONG. Déjà, elles étaient sapées si sexy que je faisais office de la copine moche avec mon vieux pantalon de toile kaki. Pour aller à 500m, Damien a voulu prendre sa voiture, juste pour la faire ronfler et lui faire des petites pointes de vitesse pour épater les filles. Là, j’ai sentis arriver… la colère, le mépris, et la soirée pourrie.

Nous sommes entrés au Via Via café, situé à droite du Musée. Damien a commencé par faire « celui qui connaît bien le videur » et, grand seigneur,  il a payé toutes les entrées. Le Via Via café est un charmant petit bar avec jardin. Il y a un groupe qui joue de la musique Tanzanienne, c’est à dire une musique qui ressemble à celle de nos Dom Tom, ce qui peut surprendre pour qui s’attend à des mélodies comme on en trouve en Afrique de l’Ouest. Je reconnais la chanson la plus connue, celle qui est dorénavant destinée aux touristes:

Dans mon carnet de voyage

Ici un lien pour cette chanson avec un arrangement terrible!

J »ai appris cette chanson en 2004, quand j’habitais Perpignan. J’entends encore ma copine Lætitia la chanter. J’avais déjà décidé d’apprendre un jour le swahili et de partir en Tanzanie.

Damien a décidé de nous emmener dans une boîte locale pour danser. Elle se trouve à côté du Mamcho Garden. A l’intérieur, je décide de ne pas me laisser abattre et danse comme une petite folle sur du RnB. un grand écran passe des clips qui se ressemblent tous: un chanteur congolais à bijoux rutilants et lunettes noires, et des poulettes moitié nues engluées contre lui. Yannick est complètement statique au milieu de la piste, j’ai l’impression qu’il fait une crise de tétanie. Nous sommes les seuls Blancs, et l’ambiance n’est pas fameuse, sans doute à cause de l’attitude arrogante de Damien. A la sortie, sur le parking, il se met à parler très fort de safaris, de marques de 4×4, d’argent… c’est démesuré, irrespectueux, j’ai honte pour lui.

Je passe la fin de la soirée, mais on a atteint le sommet de la connerie en deux détails de la conversation:

Yannick a un chauffeur, il n’a jamais pris un matatu tellement il flippe. Il ne fréquente pas de locaux.

Jessica ne sait pas si elle habite au nord ou au sud d’Arusha, elle n’a pas regardé un plan depuis 4 mois qu’elle est là.

J’ai quand même dormi chez Damien, il était trop tard pour un bus; mais le matin, je suis partie aussi vite que j’ai pu.

Les prénoms des gens de qui je dis du mal seront toujours remplacés par des faux hihi!

Jour 8: Arusha Ces gens qui y vivent

Wildlife Society

Enfin de vraies rencontres! Ce matin j’ai réussi à joindre Franklin, le fameux vétérinaire dont j’avais le contact. Alors, je ne sais pas s’il est vétérinaire, mais il travaille à la Wildlife Society dont les bureaux sont au National Museum. Il se trouve au nord de la Boma Road, un quartier que j’ai assez arpenté hier pour le connaître.

Pauv'bêtes!

Passée la grille d’entrée, je cherche le bureau de Franklin quand je tombe sur une pièce remplie de trophées animaliers, un atelier de taxidermie. Au milieu de cet alignement de têtes mortes, un ouvrier me regarde en rigolant, je dois faire une drôle de tête… Il a la gentillesse de m’amener à Franklin.

Franklin est un large monsieur à l’air paisible qui parle peu et écoute attentivement ce que j’ai à lui dire: que je souhaite faire du bénévolat, me renseigner sur les possibilités d’approcher les animaux autrement que dans un Land Cruiser en safari, pour lequel je n’ai d’ailleurs pas de budget. Franklin me fait passer de l’espoir au découragement toutes les dix secondes:

– Oui il est possible de faire un stage à la Wildlife Society.   🙂

–  Mais il faut s’engager au moins trois mois.   😦

– Mais il a peut-être un contact qui peut me prendre une semaine.   🙂

– Mais ce n’est pas avec les animaux sauvages, c’est un vétérinaire de bétail.   😦

– Mais il va soigner le bétail des Maasaïs.   🙂

– Mais pas cette semaine.   😦

Il me dit de l’accompagner chez le vétérinaire en question, à deux pas. En chemin, nous croisons une petite termitière en construction sur un trottoir, je m’arrête pour l’observer. Il me sourit : « Ah oui, si même ça, ça t’intéresse, c’est que tu es une vraie! Tu vois, là elle est presque plate; mais si tu verses un peu d »eau, demain, elle dépasse ta hauteur. »

Babi Marabu

Le vétérinaire est absent, nous revenons donc au bureau. Dans l’entrée du musée,  Franklin dit soudain qu’il veut me « présenter quelqu’un de très vieux ». Je suis intriguée par cette introduction. Dans le jardin derrière le musée, il y a un marabout tout pelé. Il n’est pas très sauvage. Il y a quelques années, on l’a trouvé blessé.  Il a été soigné ici, et depuis il se promène librement. Il ne peut plus voler. De près, sa taille est moins impressionnante : les marabouts des rond-points de Nairobi me paraissaient géants.

Franklin me donne rendez-vous le lendemain au siège d’un autre organisme de protection de la nature pour tenter quelque chose avec eux. Je retourne vers le centre.

Mamcho Garden

Je rêve d’un endroit calme, comme un parc, avec un café à l’extérieur. Mais ce n’est pas l’Ecosse, bon sang! Je dois m’efforcer d’avoir des envies réalistes.

Comme je suis plantée à réfléchir à l’endroit où je vais pouvoir aller, un petit gars s’approche et me demande poliment s’il peut m’aider. Je lui explique donc que je cherche les jardins de l’université de Glasgow. On dirait que ça lui parle, car il me propose de le suivre. Juste avant le pont de la rivière Naura, je découvre sur la droite un petit café local avec des tables dehors, disséminées sur une pente en terrasses qui descendent vers la rivière, au beau milieu d’une bananeraie. Aaaaaah! Pour la peine, j’invite mon guide à boire un verre.

Au Mamcho Garden

Melvin m’explique que son travail consiste à rameuter les clients vers la boutique de son patron. Il ne m’a même pas poussée à aller voir les articles qu’ils vendent, ce que j’apprécie beaucoup. C’est un garçon à l’air doux et intelligent; il me confie qu’il rêvait de devenir avocat pour défendre les droits de l’homme dans son pays. Il m’apprend l’existence du tribunal pénal international d’Arusha, qui juge les crimes de guerre commis au Rwanda (la Tanzanie et le Rwanda font partie de la Communauté d’Afrique de l’Est). Malheureusement, Melvin a perdu ses parents, n’a pas été assez bon à l’école et n’a jamais eu assez d’argent pour entamer des études. Bientôt son copain Mike nous rejoint, le bonnet vissé de travers sur ses oreilles décollées, il a une telle bonne humeur contagieuse que je l’invite également à boire un verre. Nous passons  deux bonnes heures à s’apprendre des mots de swahili et de français. Ce sont les personnes les plus gentilles que j’aurai connues à Arusha.