Jour 1 : Lyon – Nairobi

Comment Théodore m’a souhaité bon voyage:

Et comment j’en ai fait un dessin sur Paint! Plus jamais, c’est trop long!

17 juin 2011

     Endormie au-dessus de Bucarest, réveillée au-dessus de Bagdad, au très premier degré, je suis sur un nuage: sans la moindre volonté d’effet poétique, je m’étonne, parce que je n’ai pris l’avion que trois ou quatre fois auparavant, et juste pour traverser la Manche.

     J’écoute « Judgement Day  » de Jabu Khanyle, sur la playlist proposée par Qatar Airways. Sur l’écran tactile devant moi, je suis l’itinéraire de l’avion, un tracé sur une photo satellite, et je médite sur notre époque où tout va si vite. Que dirait Montaigne de ça, dans son « Art de Voyager » ?

      Survoler la péninsule arabique, c’est se sentir un nanorobot volant au-dessus d’une carte à puce de terre gris-jaune. Le littoral est découpé de la façon la moins naturelle, constellé de flammes de torchères; une route droite, unique, venue du désert s’engouffre dans la cité isolée et ses buildings immenses qui s’entassent au bord de l’océan. Un véritable symbole de l’ère du pétrole et ses gâchis.

     J’imagine un sage venu d’une autre galaxie qui me dirait par télépathie: « Ainsi votre espèce n’a pas su se fondre dans son milieu? N’avez-vous plus d’instinct? Ne vous prétendez-vous pas « évolués »?

– C’est que, honorable sage, nous n’avons pas de prédateur… ça monte à la tête!

– Vous avez renié vos responsabilités, vous étiez les gardiens de toutes les espèces, douces et fragiles, et de la beauté de votre monde. Craignez la fureur des éléments…

-Pardon maître de vous couper, mais une hôtesse me propose un plateau repas de cuisine indienne… »

7 h : étape à Doha, sous une moite fournaise, heureusement ce n’est pas ma destination finale…

Il y a plus de Chinois que d’Africains dans le vol pour Nairobi. Il y a tout un groupe d’hommes qui braillent et mastiquent la bouche ouverte, mais que vont-ils faire là-bas? Je  saurai bientôt que ce sont les big boss de la construction des routes, ponts et tunnels en Afrique. J’ai hâte d’être dans l’ambiance qui va avec mon voyage.

10h30: Je me suis réveillée à temps pour voir notre arrivée en Afrique, par l’extrémité de la corne. Depuis une trentaine de minutes, la terre vue du ciel change régulièrement d’aspect. J’y vois une peau plissée de vieux marin rongée par le sel; une myriade de vaisseaux terreux qui se divise à l’infini et dessine des éclairs de poudre noire; des monticules en coquilles d’huître laissant deviner les strates dues à l’érosion; ocre, brun, rouge, tachetée, striée, rayée, l’Afrique semble promettre comme un premier amour vierge et confiant; mais déjà j’entends le murmure monter, celui de paroles très anciennes et très simples, d’une langue oubliée. C’est l’enfance et la vieillesse qui me regardent d’en bas.

Et je songe, toute émue : « pourvu que cette terre ne me fasse pas écrire trop de mauvaise poésie! »

1. Et pourquoi en Tanzanie?

Question récurrente! Je bafouille toujours une réponse improbable, parce que, soyons honnête, je n’en sais rien.

« Pour la faune sauvage, les arbres, les tribus… parce que « Le Lion » de Kessel est une lecture d’enfance peut-être…

– Ben oui mais ça se passe au Kenya, alors pourquoi pas le Kenya?

-…

-Hein? Pourquoi en Tanzanie?

-Heu, Jules Verne aussi c’est un livre que j’aimais bien, il fait partir les héros de « Cinq semaines en ballon » de Zanzibar, et survoler la savane et le lac Victoria…

– Oui mais bon, ils survolent aussi le Tchad et ils atterrissent au Sénégal.

-Le tourisme en Tanzanie c’est moins cher qu’au Kenya…

-Non.

-Le Roi Lion ça se passe dans le Ngorongoro non?

– Ben tiens et comment tu peux savoir ça?

– C’est un truc que je sens, tu vois… le rocher de Mufasa, il domine une immense plaine, ça ne peut être que le fameux cratère… »

Bref, j’ai eu l’argument bancal mais à présent je sais quoi répondre:

C’est là qu’on parle l’authentique kiswahili, c’est donc l’idéal pour mon apprentissage de la langue.

Mais au fond, parfois, je crois qu’il n’y a pas d’autre explication qu’une envie profonde de partir pour une destination précise. Et d’y retourner!

En attendant,  voici mon expérience tanzanienne. N’hésitez pas à commenter mes posts, que vous connaissiez bien la Tanzanie ou que vous n’y ayez jamais mis l’orteil. Ca me fera plaisir!