Jour 9: La chasse

Lourde perte

Avant de continuer le récit, je dois faire une parenthèse.

Où sont les magnifiques photos d’animaux et de paysages que j’ai ramenés de mon safari? Sur ma carte mémoire de 8 Go qui doit traîner sous une couche de terre entre les toilettes et la porte du Parc du Tarangire.

Le matin du dernier jour, devant la boma des Maasaïs, j’ai changé la carte mémoire qui était pleine. Je l’ai mise dans ma poche en me disant que c’était le meilleur endroit pour la perdre. Puis dans le feu de l’action , je n’y ai plus pensé jusqu’au soir. Je ne l’ai jamais retrouvée. Ally a même téléphoné à la boma, tous les enfants Maasaïs ont cherché pendant des heures autour du village. J’ai dû la perdre plus tard, au Tarangire. Idir a retourné le 4×4. J’ai perdu 500 photos et plans vidéo.

Je ne m’en suis pas encore remise, alors que ceux qui souhaitent de belles photos de safari, aillent donc sur un des innombrables blogs de voyage qui n’accorde au texte qu’une fonction de légende pour les photos hyper nettes parce que l’auteur s’est payé, en plus d’un safari privé, le plus gros zoom qui existe sur le dernier Canon ah non pardon Nikon et gnagnagni et gnagnagna…

On respire… on continue.

J’avais écrit ça au retour, mais depuis, j’y suis retournée trois fois, et sur ce blog il y a de belles photos de safaris parce que à force, on finit par acheter un gros zoom, puis à force, on finit par ne plus prendre de photos et profiter de l’instant 🙂

Full day game drive au Serengeti

Ce matin, on quitte le camp à la fraîche. Il est à peine huit heures, on rencontre immédiatement une petite hyène qui trottine devant nous. Les impalas paissent tranquillement. Les lointains éléphants comme des rochers dans les herbes hautes ressemblent à des statues de dieux de pierre. Un chacal se balade en jappant.

chacal

On longe la rivière Nyamara. Soudain je la vois, à moitié dissimulée dans un plissement de terrain, une lionne aux aguets, à une cinquantaine de mètres d’un groupe de gazelles de Grant. Je dis au chauffeur:

« Simba moja, tizama hapo chini… -Wapi? -Hapo pale, kulia! »

« Un lion, regarde là en-bas… – Où? – Là-bas, à droite! »

Idir ralentit et tout le monde aperçoit la lionne. Je suis un peu fière de l’avoir vue en premier, avant les guides. Mais bon, j’étais debout et depuis le toit ouvrant, on a plus de champ de vision que sur les sièges avant…

Plus loin, de l’autre côté de la rivière, deux autres femelles marchent dans la direction opposée. Il semblerait qu’elles chassaient à trois, puis ayant l’opportunité de se rapprocher des gazelles grâce à un vent favorable, notre lionne s’est séparée des autres. Plus difficile d’attraper une proie toute seule!

Nous allons assister à une approche de près d’une demi-heure. Les gazelles partent de l’autre côté de la route, perturbées par la drôle d’atmosphère qui règne. Seule une petite écervelée, trop préoccupée à déjeuner, ne s’aperçoit pas de son isolement. La lionne, ventre à terre, par petites touches, se rapproche, alternant quelques pas et position couchée. A la fin, elle est à moins de trois mètres. Elle n’a plus qu’à bondir. Soudain, les gazelles, de l’autre côté de la route, appelle leur petite sœur: le vent a tourné, elles ont clairement senti le danger. En une seconde, la petite gazelle a rejoint ses troupes, la lionne a bondit mais trop tard, et après quelques enjambées, elle abandonne. Seule, son succès n’est pas garanti. Mieux vaut garder son énergie et retrouver les autres lionnes pour être plus efficace.

Nous sommes très heureux d’avoir pu voir une scène de chasse, d’autant plus que la gazelle est sauve! J’espère que les lionnes trouveront à manger, mais je préfère qu’elles ne tuent pas sous mes petits yeux sensibles…

La journée a été belle, les hippopotames et les girafes nombreux. Nous avons pu suivre la démarche ondulée d’un léopard solitaire jusqu’à son refuge dans un arbre. Le soir au camp, les spréos envahissent les branches au coucher du soleil.

Cette nuit, on entend les lions au loin, de toutes parts. D’habitude, chez moi, c’est plutôt les chouettes ou les grenouilles, parfois un chat… ça fait drôle ce son lointain; c’est très émouvant. Soudain un ricanement, puis deux, trois, juste à côté de ma tente. Je suis près de la cuisine. Donc des poubelles. A moins de dix mètres de moi, les hyènes se mettent à renverser des bidons, se battre brièvement, couiner quand elles sont soumises, et ricaner encore de ce petit bruit propre à leur espèce. Je crève d’envie de passer la tête dehors, mais c’est trop dangereux.

Je crois que je me suis endormie en souriant…

Jour 8: En route

La traversée de la zone de conservation- Les Maasai

De Mto wa Mbu à la porte du Serengeti, il y a encore 4 heures. Après un ravitaillement en essence à Karatu, nous  entrons dans la zone de conservation du Ngorongoro. Les paysages sont lunaires. Ici et là, une « boma » Maasaï, un village entouré d’une palissade. Le bois de celle-ci est réputé pour éloigner les lions. A l’entrée de certaines bomas, une dizaine de 4×4 sont arrêtés. J’interroge Ally: les Maasaïs font du business avec le tourisme? Cette question est devenue une problématique centrale de mon activité. Depuis cette première expérience j’ai pu comprendre que les Maasai sont un peuple uni par les traditions, mais ils ont des modes de vie assez diversifiés.  Sur la route principale qui mène au Serengeti, deux bomas sont prises d’assaut par les touristes. Et ce n’est pas plus représentatif de la vie Maasai en Tanzanie que l’écomusée d »Ungersheim est représentatif de la vie en Alsace en 2017. Heureusement depuis j’ai pu trouver des villages authentiques un peu plus éloignés de la route.

Sur cet axe entre Manyara et Serengeti, dans l’aire de conservation où ils ont été déplacés, lors de la constitution du Serengeti, parfois ils se tiennent au bord de la route pour demander de l’eau aux 4×4. Ca leur évite de parcourir des kilomètres avec les ânes pour en chercher. Je demande à Ally pourquoi on ne leur en donne pas. Ally me répond que si on s’arrête une fois pour leur en donner, à chaque prochain safari, ils repèreront les voitures de notre agence et s’attendront à ce que l’on s’arrête. Ce n’est pas possible de donner à tous et à chaque fois. Je souhaiterais leur donner mais je comprend qu’il n’est pas dans leur intérêt d’attendre l’assistanat des touristes.

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Nous croisons également de nombreux adolescents Maasaïs au visage peint de motifs blancs. C’est l’époque avant la cérémonie de la circoncision.

De temps en temps, on croise un troupeau entier de zébus ou une dizaine d’ânes menés par un homme qui marche, dans cette immense plaine mystérieuse. Nous sommes gagnés par la beauté du paysage, où parfois seul se dessine un  trait vertical rouge à l’horizon, un homme de ceux qui parlent le Maa.

Bientôt, au milieu de nulle part se dresse une arche de bois qui indique l’entrée du Serengeti. Autour, des plaines à l’herbe rase où d’innombrables gazelles de Grant et de Thompson paissent dans le sifflement du vent.

Premiers émois au Serengeti

Quelques minutes plus tard, apparaît la porte du parc nommée Naabi Gate. On s’arrête pour payer les frais d’entrée et pique niquer. On s’est crus seuls dans le désert; ici on est peut-être deux cent touristes qui dévorent leur lunch box ou font la queue aux toilettes. C’est le mois d’août, ici aussi! Mais seulement aux points stratégiques, une fois dans la savane, on ne sent plus que l’immensité.

J’imagine les lions dans leur jeep en sens inverse, qui disent: « Nous quand les touristes arrivent, on loue un appartement à Roubaix! »

N’importequoi…

On redémarre, en direction de la zone de Seronera, où nous allons camper ce soir. On fait le tour des Kopjes, ces monticules de rochers où les lions aiment faire la sieste… rien en vue. Idir allume la cibie des guides. Les chauffeurs se renseignent mutuellement s’il y a quelque chose de rare à voir. Quand un guide trouve un animal à observer, il prend son temps, et seulement en partant donne l’indication du lieu. Alors tous les 4×4 convergent doucement au même endroit, mais on ne voit pas un guépard tous les jours!

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Parmi tous les animaux qu’on aura vus ce premier après-midi au Serengeti, je retiens surtout les deux premiers lions: deux mâles couchés au pied d’un bosquet, magnifiques crinières dans le coucher du soleil. Ils étaient assez loin, mais avec les jumelles nous avons bien pu les observer, et ce sans nullement les déranger.

Au camping, nous découvrons à quel point le confort est sommaire: deux douches pour tout le site, eau froide, pas de lumière, toilettes dans un état désastreux. Les agences n’y peuvent rien, et les TANAPA (Tanzanian National Parks) s’en tamponnent le coquillard.

Suleiman nous fait encore un repas de rois. Nous dînons dans un bâtiment grillagé, éclairé par des néons qui fonctionnent à l’énergie solaire. Nous sommes ainsi protégés des animaux qui trouveraient l’odeur de la cuisine alléchante.

Dans la tente, je réalise que nous sommes sur le territoire des bêtes, sans séparation, et je me sens terriblement chanceuse d’être là.

Jour 7: le départ en safari

Le Parc du Lac Manyara

Le chauffeur, Idir, charge les vivres sur le toit. Suleiman, notre cuisinier, est parti chercher les lunch box pour midi. Ally vérifie le nombre de paires de jumelles, les papiers du véhicule. Les Allemandes avec qui je vais partager le 4×4, Verena et Linda sont souriantes et calmes. Comment font-elles? Je suis surexcitée, difficile de ne pas le montrer!

Partir de Moshi a un avantage considérable si le temps est clair: On commence le voyage avec une vue splendide sur le Kilimanjaro. J’ai du mal à en détacher le regard, il est là, enfin, nu, sans même sa petite couronne de nuages, très net pour une fois. C’est une merveille du monde.

A Arusha, c’est le Mont Meru qui domine, mais nous le quittons sans regret car la route de Babati s’ouvre à nous, et cette fois, pas pour aller à Ndareda, mais bien pour pénétrer dans les parcs nationaux.

Après 3h30 de route nous entrons dans le Parc du Lac Manyara. La forêt est dense, on scrute à travers les arbres. Les mouches tsé-tsé ne se font pas prier. On ne sait pas à quoi s’attendre finalement. Est-ce que l’on ne va pouvoir apercevoir que des animaux de très loin? Soudain le chauffeur ralentit… un petit dik-dik immobile à la lisière du bois retient son souffle. Ca y est, c’est notre première rencontre avec un animal sauvage d’Afrique de l’est!

On s’attend à ce rythme pour la suite: quinze minutes à scruter, puis un animal caché derrière un arbre. Mais on réalise qu’il n’y a pas de règle quand un éléphant casse une branche bruyamment à 10 mètres de nous et sort de la forêt en direction de la savane. Surprise! Un petit surgit lui aussi et rattrape sa maman. Les premiers éléphants, on les suit doucement, et on les regarde longtemps…

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Cet après midi au Lac Manyara, nous voyons des zèbres, gnous, gazelles, buffles, des éléphants, girafes, phacochères. Quelle joie à chaque nouvelle espèce! Il y a un endroit où l’on peut descendre du véhicule pour se dégourdir les jambes en observant aux jumelles les milliers d’oiseaux du lac. Pélicans, flamands, ibis, cigognes, grues, marabouts, il paraît que 400 espèces y cohabitent.

Vers 17h30, il faut sortir du parc; les règles du TANAPA (Tanzanian National Parcs) sont très strictes. Les voyageurs doivent être à l’hôtel avant la nuit, et celle-ci tombe tôt!

Nous passons la soirée au dans un petit hotel de Mto wa Mbu. Notre cuisinier nous fait un repas excellent, et nous sert à table avec une grande classe, en annonçant le menu, puis en présentant chaque plat qu’il amène.

Trop fatigués pour profiter de la piscine, je m’endors en rêvant à nos futures rencontres… les lions n’étaient pas au rendez-vous aujourd’hui, mais sur cinq jours, j’ai bon espoir…

Jours 4-6: Reprendre ses marques à Moshi

Moshi town

Moshi est une petite ville, et j’aime bien m’y promener toute seule, malgré la surprotection dont Ally fait preuve. Il souhaite que je ne me fasse pas ennuyer par les flycaughters, mais ces petits jeunes ne me dérangent pas. Ils vous emboîtent le pas, échangent quelques mots, et quand ils comprennent que je ne suis pas cliente, ils me laissent. Au pire, je leur lance gentiment un petit:  » Samahani, niache mwenyewe » (« excuse-moi, mais laisse moi tranquille »). Au bout de quelques jours, tout le monde me reconnait et cesse de me coller.

Petit à petit, j’insiste auprès d’Ally pour vivre le quotidien comme lui. Fini le taxi, je me mets au « piki-piki », le taxi moto, moins cher… plus dangereux. Il faut bien choisir son chauffeur, car parfois les bouteilles de Konyagi sont ouvertes un peu trop tôt!

Le Konyagi est un alcool local à 35 degrés. La distillerie se situe à Moshi. Il se boit volontiers avec du Sprite ou du jus de fruit.

Le soir, nous allons au « Glacier », un endroit qui ressemble à une discothèque mais en plein air. Il y a un concours de danse, et c’est étonnant de voir à quel point les gens se lancent sans complexe pour participer et se trémoussent comme des diables dans une bonne humeur générale.

Le lendemain, journée de bureau. La matinée commence bien, le Kilimandjaro se dévoile, tout en restant un peu lointain.

Timide Kilimanjaro

Timide Kilimandjaro

Au bureau, il y a quelques demandes de devis en français qui vont bien m’occuper ces prochains jours. J’en profite aussi pour visiter quelques hôtels de Moshi, histoire de voir dans quels endroits on envoie nos clients quand ils arrivent. Pendant les pauses, je vais voir les couturières de la rue, dont Irene qui me tombe dans les bras en riant; je leur commande quelques robes, et de nouveaux rideaux pour le bureau, en essayant de faire travailler un peu tout le monde.

La mama qui coud devant Hotsun Safaris.

La mama qui coud devant l’agence

Les jours passent vite ainsi, et le départ en safari se rapproche. Les deux jeunes allemandes avec qui je vais partir arrivent à l’aéroport:  j’accompagne Ally qui vient leur souhaiter la bienvenue et les ramener en ville. Nous attendons longtemps, elles ont leurs visas à faire en arrivant. Des gens de toutes nationalités débarquent dans le hall, attendus par leurs guides qui tiennent des panneaux où sont inscrits leurs noms. Tiens, quelques groupes sont arrivés avant leurs guides et s’impatientent, voilà qui n’est pas très professionnel de la part des agences… « Cela arrive souvent, me dit Ally. Moi je suis plutôt une heure en avance, pas question de laisser un voyageur en plan, imagine sa panique! »

Linda et Verena s’approchent. Elles ont un grand sourire en nous saluant.  Nous les emmenons  dans  un charmant B&B avec cour intérieure, loin des bruits de la ville. Après un petit briefing sur l’heure de départ, ce qu’il faut emporter pour le camping, etc, nous rentrons à Pasoa pour nous reposer et à notre tour faire nos bagages.

Demain, je réalise un rêve. Est-ce que ce sera à la hauteur de mes attentes?

Jour 3 – Voyage vers le nord

Le bus Dar-Moshi

Nous voilà partis pour 7 heures de bus qui n’ignore aucune anfractuosité de la route…

Nous entrons donc à l’aube dans ce vestige des années 80, coincés à trois par rangée, et je me retrouve contre une fenêtre qui ne ferme plus tout à fait. Toutes les deux minutes, je vais devoir pousser la vitre qui s’ouvre avec les secousses, pendant sept heures, soit 210 fois pendant le trajet? Finalement, je m’endors, et laisse la fenêtre ouverte.

Usambara Mountains

Usambara Mountains

Nous passons devant les Monts Pare, d’où est originaire Ally, avant les Usambara Mountains. Il tient à m’y emmener plus tard pour rencontrer son père et sa belle-mère avec qui il vit. Ally est contre la polygamie pour lui-même, mais tolère que son père ait eu cinq femmes. Il a décidé de passer ses vieux jours avec la deuxième d’entre elles.

Chaque fois que le bus ralentit, une horde de vendeurs se précipitent aux fenêtres. Biscuits, sodas, noix de cajou dans des corbeilles ou des glacières, il faut être rapide: sortir l’appoint, négocier, attraper les produits sans les faire tomber… parfois les vendeurs sont obligés de courir après le bus pour finir la transaction!

Le chauffeur annonce une pause dans une sorte de restoroute à l’africaine, enfin. Là encore il faut s’organiser, car on n’a que… dix minutes! Pendant que je vais aux toilettes, On commande deux thés au lait et des samboussas (samossas). Le thé est brûlant, on n’a pas le temps de finir que le chauffeur claxonne déjà comme un fou furieux.

Vers la bifurcation pour Tanga, on traverse de grands champs d’orangers. Les deux premières récoltes sont pour les propriétaires des cultures, mais ils laissent la dernière aux vendeurs de bord de routes. Il y en a de belles, on en prendra en redescendant vers Dar dans trois semaines. A savoir: un filet de 2kg, c’est maximum 3000 Tsh (1,5€) , et il faut les choisir bien grosses!

Vente des oranges

Vente des oranges

Moshi

Nous arrivons à la gare routière de Moshi, où nous sommes assaillis comme dans chaque gare par les vendeurs de tickets de bus, les rabatteurs pour les taxis, et les flycaughters qui travaillent pour les agences et les galeries d’artisanat. Mais la Mzungu ne vient pas en touriste! L’agence de voyage d’Ally se situe quelques rues plus loin, et nous pressons le pas. School Street, nous y voilà!

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Samweli Lucasi & Happy Peters au bureau

Les membres de l’agence que j’avais brièvement rencontrés l’année dernière, vont devenir au cours de ce séjour des personnes extrêmement familières. Sam est le cuisinier principal de l’agence, mais il épaule surtout Ally à la direction. Happy s’occupe de l’accueil des clients.

Japhary

Japhary

Il y a également Japhary, chargé de réunir l’équipement de montagne ou de safari. Voilà pour l’équipe permanente. Après une bonne portion de traditionnelle « chipsi maiai » (patates aux oeufs ou omelette aux frites, j’hésite pour la traduction), nous rentrons dans le quartier de Passoa, où Ally loue une maison de deux pièces. Confirmation: nous allons partager sa chambre, il y a deux lits avec moustiquaires. Sa maison est très sommaire: des néons blancs en guise d’éclairage (j’ai dit que la lumière des néons me déprime?), et dans l’autre pièce, un canapé, une télé, une bouilloire, un frigo (pas branché). A l’extérieur, il y a une pièce d’eau qui fait douche et wc au même endroit; faudra s’habituer… Il n’est pas facile de faire tourner une agence, et je vois bien qu’Ally se paie au minimum et préfère investir dans sa compagnie, afin qu’un jour elle soit plus prospère.

Nous sommes vendredi 17 août, et Ally m’annonce que mercredi prochain, je pars en safari.

Jour 2 – Dar Es Salaam

Réveil difficile

Je crois bien qu’on a discuté jusqu’à cinq heures du matin, et la femme de ménage a déjà chercher à entrer plusieurs fois dans la chambre. On va prendre le petit déjeuner dans le bâtiment en face, chapatis et thé au lait. Mal réveillée, le cerveau lent, je ne parviens pas à répondre aux salutations en swahili. En un an, je n’ai pas été plus loin que la leçon 20 de la méthode Assimile, je ne me sens pas très fière…

Le programme: une journée à Dar avant de rentrer à Moshi demain matin. Comme on est très fatigués, on décide de seulement flâner au centre ville. Mais avant tout, je dois voir pour la première fois de ma vie… l’océan Indien!

A l’arrêt de bus

A l’arrêt de bus, j’essaie de réaliser et de réveiller mes sens: je suis en Tanzanie, pour un mois, je vois la terre, les gens habillés de couleurs vives, les charrettes écrasées de fournitures,  j’entends le swahili,  l’anglais,  l’arabe, les camions, les vendeurs qui crient; je sens le maïs grillé, la poussière, les gaz d’échappement, la transpiration des gens qui se bousculent pour monter dans les bus. Il y a quelque chose d’ étranger et en même temps d’extrêmement familier.

Dans le dala dala

Ally me fait monter à l’avant du dala dala et discute avec le chauffeur. Dans les semaines suivantes, je remarquerai que le sujet de prédilection avec les chauffeurs de bus ou de taxi, c’est la politique du gouvernement actuel, la corruption, et la nostalgie du « père de la nation », Julius Nyerere. Ally m’assure que de son temps, Nyerere se déplaçait dans le bush pour régler les conflits des villageois, et qu’il avait une ligne téléphonique pour les Tanzaniens.

Je m’imagine téléphoner à Sarkozy: « Oui bonjour, j’ai un problème avec mon proprio, il ne veut pas faire les travaux, et au fait, j’aime pas votre politique d’immigration, on peut en discuter au café de mon village? »

Ocean Road

Arrivés au port, Ally me montre où se prend le ferry pour Zanzibar. J’évoque les catastrophes récentes: après le Spice Islander en 2011, le MV  Skagit a fait naufrage en juillet, en tout 350 morts, le pays endeuillé, le ministre des transports qui a démissionné… Ally accuse les propriétaires de compagnie maritime, qui pour faire plus de profit, utilisent des bateaux qui selon la loi ne devraient plus circuler depuis des années. De plus, ils sont surchargés, alors la moindre intempérie peut être fatale.

Je sais depuis qu’il faut envoyer les voyageurs uniquement sur les « Kilimanjaro I, II, III, IV, V » (voir site). Les catamarans d’Azam Marine sont bien entretenus et recommandés par l’ambassade.

Nous longeons le port jusqu’à Ocean Road, et là je vois enfin l’océan Indien. Le long de la route, des vendeurs de noix de coco somnolent à l’ombre. Si je veux goûter? Et comment!

Au-delà, c’est Zanzibar!

Alors c’est comme ça que ça s’ouvre? Pas de marteau? Juste un coutelas de guerrier Maassaï super aiguisé, que si le vendeur il t’aime pas, il t’égorge?

Mmmh!

D’abord on boit le lait, puis le monsieur vous tend des petits bouts de chair blanche. Ça a le goût de la coco, mais la texture du calamar! Je suis contente, je ne connaissais que la chair dure qu’on peut râper.

A l’ombre

On se promène le long de la plage. Il y a des coquillages que je n’avais vus que dans les magasins du bord de mer en France. Apparemment, ce n’est rien à côté de ceux de Zanzibar. Mais ça, c’est dans trois semaines.

Je n’ai pas vu grand chose de Dar es Salaam, il paraît qu’il y a de magnifiques endroits pour la plongée. Là encore, il faudra revenir!

Mais demain, on se lève à cinq heures: on a une journée de bus pour gagner Moshi. A bientôt, l’océan, tutaonana tena!

Jour 1 – Narudi Tanzania (Je reviens en Tanzanie)

C’est parti mon Kili

J’ai eu un début d’été chargé et peu de temps pour réaliser. Mais j’y suis, comme l’année dernière. Dans un avion qui m’emporte pour un mois, seule, vers un pays dont je ne connais que quelques rues de centre-ville, quelques routes de campagne, quelques habitants isolés.

J’ai peur d’être déçue. J’ai peur de passer une nouvelle fois à côté des grands parcs sans y entrer, au pied du Kilimandjaro sans le voir, à cause d’un budget trop petit, d’une météo peu clémente. J’ai peur que quelqu’un meure pendant que je suis loin, comme l’année dernière. C’est irrationnel.

Ce point du monde…

Pourtant cette fois c’est différent. Depuis l’année dernière, je suis en relation avec Ally, le directeur d’une agence locale à Moshi. J’ai appris l’organisation d’un safari, les tarifs, les excursions à Zanzibar, l’équipement pour grimper le Kili. D’ailleurs, maintenant, je dis le « Kili », pour aller vite, mais j’aime pas ça. Ça lui enlève de la noblesse. On est pas si intime. Pas encore.

L’heure de la pratique a sonné. J’ai un peu plus de budget que l’année dernière, un peu plus de gens qui m’attendent sur place. J’ai envoyé une dizaine de voyageurs français, belges, canadiens auprès de l’agence, j’ai récolté leurs commentaires à leur retour. Tous ont été satisfaits des prestations, de la nourriture, de l’accueil, de la gentillesse de l’équipe. Alors j’ai eu envie de me lancer vraiment dans l’aventure; d’établir un vrai partenariat avec l’agence de Moshi. Et de voir par moi-même comment ça se passe en vrai.

Un autre trajet

Istanbul

Tiens, cette fois, j’essaie Turkish Airlines. Après tout, il faut aussi que je teste les compagnies aériennes! Le coucher de soleil sur Istanbul me plonge dans cette béatitude du voyageur qui ne sait pas ce qui l’attend à destination, mais confiant, range dans sa mémoire des instantanés du trajet en lui-même. L’art de voyager de Montaigne! De nos jours, on est si pressés d’arriver qu’on oublie de rêver en route.

Je ne reverrai pas Eunice à Nairobi cette année. J’atterris à Dar es Salaam, à trois heures du matin. La file d’attente pour les visas n’en finit pas. Ally a tenu à m’accueillir à l’aéroport. Il a donc passé la journée dans le bus pour venir de Moshi, et maintenant il m’attend au milieu de la nuit, le pauvre!

Dans le hall d’arrivée, son visage s’éclaire en me voyant. On est si contents de se retrouver! Après un an de conversations sur Skype pour qu’il m’aide à établir des devis, faire des propositions intéressantes pour les clients comme pour l’agence, parler de chiffres, de listes de matériel, des animaux, des paysages, d’hôtels, de 4×4, des différentes ethnies…

On prend un taxi pour la chambre d’hôtel qu’il a réservée.

« Ah, on dort dans la même chambre?

– Ben oui c’est moins cher, et puis il y a deux lits, et chacun sa moustiquaire »

C’est parti! Je mets en route toutes les qualités requises: capacité d’adaptation, patience, courage, auto-persuasion. Quatre semaines sans problème avec un monsieur que je connais à peine, c’est possible!

Et ce fût possible mais non dénué d’embûches ! Utilisation malicieuse d’un passé simple pour rappeler au lecteur que le récit de ce nouveau voyage ne se fait pas en direct. Il s’est déroulé en août-septembre 2012. Et je me délecte à le revivre en écrivant. Bienvenue dans le tome II !

Jours 23-25 et aujourd’hui

Jour funeste

Le 8 juillet au matin, j’ai remis ma carte sim française dans mon téléphone, pour passer un petit coup de fil à ma mère pour son anniversaire. C’est ainsi que j’ai appris le décès de mon père dans la nuit du 6 au 7. Avant d’être rapatriée, j’ai pu passer un peu de temps avec Stanley qui m’a soutenue dans ce moment difficile. C’était en juillet 2011 et à ce jour, Stanley est devenu plus que mon meilleur ami.

Nouveau départ

La première année avant d’y retourner une deuxième fois,  j’ai envoyé une dizaine de personnes en safari ou faire l’ascension du Kilimanjaro auprès de l’agence locale. Ils sont tous revenus enchantés des prestations de l’équipe d’Ally.  Puis est venu mon tour.

Voici donc un nouveau récit de voyage, agrémenté de photos beaucoup moins merdiques (on peut le dire!) que les précédentes. En 2012, j’ai enfin vu (et plus que vu d’ailleurs, je l’ai senti passer ! )le Kilimanjaro, les lions, et la magnifique île de Zanzibar.

N’hésitez pas à poster un commentaire ou faire suivre le lien.

En route pour de nouvelles aventures !

Tutaonana tena (à bientôt)

Jours 19-22: Une rencontre décisive

Une vie locale

Pendant quatre jours, chaque matin, Stanley m’accompagne en ville. Tandis qu’il part au travail, je vais écrire en buvant du café kenyan dans une cour intérieure de salon de thé.

mon café matinal

J’y rencontre toute sorte de gens. Des touristes, des européens installés, des guides de safari, mais finalement, tous ont un rapport avec le safari. A plusieurs reprises, des directeurs d’agence locale me demandent si je ne veux pas travailler avec eux. Ils m’expliquent qu’étant anglophones, il n’ont pas accès à la clientèle francophone, et souhaitent s’y étendre. Je commence à y penser sérieusement, surtout quand en échange on me propose de m’emmener en safari pour rien quand je reviendrai l’année prochaine. Mais je n’ai pas de ressenti assez bon avec toutes ces personnes. Stanley me présente un ami, Ally,  qui a une agence locale  et nous discutons longuement d’une éventuelle collaboration. Il me propose alors de me joindre à un groupe pour partir en safari dans quelques jours. Pour voir. A un prix ridicule. Je n’ose y croire. Pour moi, c’est un bon critère pour travailler avec lui; ça signifie qu’il n’est pas seulement intéressé par ce que je peux apporter mais qu’il est prêt à donner en échange. Nous en reparlerons bientôt.

Chaque après-midi, je me rends au Mkombozi Center. Le premier jour, je rencontre la directrice du centre qui me demande de faire cours aux jeunes filles le temps que je reste à Moshi. Pourquoi pas? Alors, chaque après midi  j’apprends à balbutier un peu de français à une dizaine d’adolescentes. Je réussis à leur faire chanter « Mon Dieu » d’Edith Piaf, ce qui donne plutôt « Moundiou » et je me rends compte à quel point nos diphtongues sont dures à prononcer. Les « un », les « an », les « on », les « u » nous occupent bien et les crises de rire n’en finissent pas grâce aux grimaces nécessaires à la bonne prononciation. Les formules de politesse sont vite apprises, on en a moins qu’en Tanzanie!

en salle de classe

 

Les filles m’invitent à la  soirée organisée par le centre: une classe de lycéens anglais viennent assister à un repas et des danses ce soir. Ca s’appelle une ngoma. Les filles qui apprennent la couture, la cuisine, vont faire les repas et accueillir les gens. Des troupes de danseurs viennent de l’extérieur.

quelle assiduité!

Volontaires pour écrire au tableau!

 

 

 

 

 

Ce sera une soirée incroyable, le repas un festin, avec des acrobates contorsionnistes, des danseurs avec des marmites de braises sur la tête, j’en ai encore un souvenir frappant. J’ai compris ce soir là que je reviendrais vite en Tanzanie.

Après les cours, cette semaine, le centre a organisé une rencontre amicale de football. Tous les après-midi deux équipes des alentours se retrouvent sur un terrain aride et tout le quartier se déplace pour les supporter.

sur l’immense terrain de foot

Parfois la poussière s’élève tant que personne ne sait plus où est le ballon. C’est un véritable évènement ici, et c’est assez beau à voir.

Voici donc comment se déroule ma semaine à Moshi, mais je ne pense plus qu’à partir dans les parcs, voir enfin les lions, les léopards, les hyènes, les éléphants, les girafes, et ça m’intéresse autrement plus!

Je ne me doute pas de l’issue du voyage quand je quitte le terrain de foot en compagnie de Stanley, au contraire, je me réjouis de finir en beauté ce premier voyage seule si loin de chez moi, et j’espère même encore voir le Kilimanjaro se dévoiler entièrement à mes yeux.

 

Jour 18: Moshi

Accueil et premiers pas dans la ville

Je suis donc arrivée par bus dans la ville de Moshi située au pied du Kilimanjaro. Mais la montagne est invisible, entre brume du matin et nuages de l’après midi. Autant le dire tout de suite: en une semaine, je n’en verrai pas le moindre bout. Une fois, à la nuit tout juste tombée, j’ai pu distinguer quelques contours, et au décollage de l’avion, au loin, le sommet par-dessus les nuages. En juin, la montagne reste cachée. Tous ces kilomètres parcourus pour ne pas voir d’animaux sauvages ni le toit de l’Afrique. Est-ce bien raisonnable?

la cour de mama Andrea

Stanley et sa mama Andrea m’ont chaleureusement accueillis dans leur maison de 5 pièces autour d’une cour dans le quartier de Soweto. Stanley était joueur de foot professionnel jusqu’à ce qu’il soit renvoyé de l’équipe au profit du fils du capitaine, une sombre histoire de bakshish et de pistons. Aujourd’hui il est professeur d’informatique dans un orphelinat de Moshi., le Mkombozi center.

Mama Andrea

A Moshi, ce n’est pas si différent d’Arusha. Il y a une mosquée, une église et un temple dans la même rue, un marché, du bon café, un police mess, une clock tower, une gare routière…

J’avais dans l’idée de me faire faire une robe avec un tissu de Tanzanie: Stanley m’accompagne pour acheter du tissu et m’amène à une couturière, Irene. Elle prend mes mesures, je lui dessine à peu près le patron, et en quelques heures elle me fait un joli ensemble jaune et rouge pour 10 $ (25$ de tissu). Je lui donne plus, tellement gênée que le tissu coûte plus cher que toutes ces heures de travail. Alors elle me fait une petite trousse avec les chutes de tissus. Quand je reviendrai, je retournerai la voir.

Irene au travail

 Le soir, Stanley m’emmène manger dans une gargote du quartier où un monsieur avec une toque blanche fait cuire des chipsi maiai (omelettes aux patates), un plat très typique à prendre sur le pouce et adoré des Tanzaniens! Le « Chef » découvre un hérisson derrière ses coquilles d’oeuf…

hardi hérisson

 

Je me demande si je ne vais pas quand même faire au moins une journée dans un parc animalier, ce serait dommage de passer à côté. Peut-être que ma maman pourrait m’envoyer une rallonge par Western Union? « Allo, maman? … »