Jour 2 – Dar Es Salaam

Réveil difficile

Je crois bien qu’on a discuté jusqu’à cinq heures du matin, et la femme de ménage a déjà chercher à entrer plusieurs fois dans la chambre. On va prendre le petit déjeuner dans le bâtiment en face, chapatis et thé au lait. Mal réveillée, le cerveau lent, je ne parviens pas à répondre aux salutations en swahili. En un an, je n’ai pas été plus loin que la leçon 20 de la méthode Assimile, je ne me sens pas très fière…

Le programme: une journée à Dar avant de rentrer à Moshi demain matin. Comme on est très fatigués, on décide de seulement flâner au centre ville. Mais avant tout, je dois voir pour la première fois de ma vie… l’océan Indien!

A l’arrêt de bus

A l’arrêt de bus, j’essaie de réaliser et de réveiller mes sens: je suis en Tanzanie, pour un mois, je vois la terre, les gens habillés de couleurs vives, les charrettes écrasées de fournitures,  j’entends le swahili,  l’anglais,  l’arabe, les camions, les vendeurs qui crient; je sens le maïs grillé, la poussière, les gaz d’échappement, la transpiration des gens qui se bousculent pour monter dans les bus. Il y a quelque chose d’ étranger et en même temps d’extrêmement familier.

Dans le dala dala

Ally me fait monter à l’avant du dala dala et discute avec le chauffeur. Dans les semaines suivantes, je remarquerai que le sujet de prédilection avec les chauffeurs de bus ou de taxi, c’est la politique du gouvernement actuel, la corruption, et la nostalgie du « père de la nation », Julius Nyerere. Ally m’assure que de son temps, Nyerere se déplaçait dans le bush pour régler les conflits des villageois, et qu’il avait une ligne téléphonique pour les Tanzaniens.

Je m’imagine téléphoner à Sarkozy: « Oui bonjour, j’ai un problème avec mon proprio, il ne veut pas faire les travaux, et au fait, j’aime pas votre politique d’immigration, on peut en discuter au café de mon village? »

Ocean Road

Arrivés au port, Ally me montre où se prend le ferry pour Zanzibar. J’évoque les catastrophes récentes: après le Spice Islander en 2011, le MV  Skagit a fait naufrage en juillet, en tout 350 morts, le pays endeuillé, le ministre des transports qui a démissionné… Ally accuse les propriétaires de compagnie maritime, qui pour faire plus de profit, utilisent des bateaux qui selon la loi ne devraient plus circuler depuis des années. De plus, ils sont surchargés, alors la moindre intempérie peut être fatale.

Je sais depuis qu’il faut envoyer les voyageurs uniquement sur les « Kilimanjaro I, II, III, IV, V » (voir site). Les catamarans d’Azam Marine sont bien entretenus et recommandés par l’ambassade.

Nous longeons le port jusqu’à Ocean Road, et là je vois enfin l’océan Indien. Le long de la route, des vendeurs de noix de coco somnolent à l’ombre. Si je veux goûter? Et comment!

Au-delà, c’est Zanzibar!

Alors c’est comme ça que ça s’ouvre? Pas de marteau? Juste un coutelas de guerrier Maassaï super aiguisé, que si le vendeur il t’aime pas, il t’égorge?

Mmmh!

D’abord on boit le lait, puis le monsieur vous tend des petits bouts de chair blanche. Ça a le goût de la coco, mais la texture du calamar! Je suis contente, je ne connaissais que la chair dure qu’on peut râper.

A l’ombre

On se promène le long de la plage. Il y a des coquillages que je n’avais vus que dans les magasins du bord de mer en France. Apparemment, ce n’est rien à côté de ceux de Zanzibar. Mais ça, c’est dans trois semaines.

Je n’ai pas vu grand chose de Dar es Salaam, il paraît qu’il y a de magnifiques endroits pour la plongée. Là encore, il faudra revenir!

Mais demain, on se lève à cinq heures: on a une journée de bus pour gagner Moshi. A bientôt, l’océan, tutaonana tena!

Jour 7 : Arusha premiers pas

Le matatu

Au bord de la route, mes 300 Tsh dans la main (15 cts), je vois arriver le matatu dans un nuage de poussière rouge. On peut se mettre n’importe où sur son trajet, faire un signe, il s’arrête. Je pense à ces chauffeurs de bus en France contre lesquels j’ai si souvent fulminé parce qu’ils n’ouvrent pas les portes en dehors des arrêts, même quand c’est le dernier à minuit…

Tout s’appelle Kili ici!

Dans le matatu, je déchire ma basket en toile qui s’accroche à un bout de ferraille. Merde! Il faudra bien qu’elles tiennent encore 3 semaines. Je prends une place près d’une fenêtre au fond, mais quelques arrêts plus loin, je me retrouve écrasée contre la vitre car trois mamas se sont entassées sur ma banquette, et nous n’avons pas la même corpulence! Heureusement, je me suis fait bouillir de l’eau ce matin, je crève de soif!

Matatu signifie « trois », car c’était le prix du trajet quand il a été créé au Kenya. Chaque matatu a un chauffeur et un auxiliaire qui fait monter et descendre les gens et récolte l’argent. Pour dire au chauffeur de s’arrêter ou de repartir, il frappe deux coups sur la carrosserie. Quand c’est le moment de récolter l’argent, il secoue sa main pleine de monnaie sonnante et la tend vers chaque

Jésus et sa mère… ah non c’est Béyoncé!

passager.

Le plus important dans le matatu, c’est son style! Chaque matatu a un petit nom ou un slogan sur de gros autocollants colorés, genre le camion de Marcel le routier, mais pour les transports en commun. Et la musique diffusée colle à l’étiquette. Il y a des matatu rasta par exemple, rouge jaune vert, avec des portraits en graf de chanteurs célèbres, il y en a des chrétiens avec des signes de paix et des images de Jésus, et les plus intéressants sont ceux qui mélangent tout!

On m’a dit: « Au Kenya, on appelle ça des matatus et en Tanzanie des dala-dala, ça désigne le même type de minibus ».  C’est vrai dans le nord, mais en réalité les dala-dala sont des camionnettes à Zanzibar avec deux bancs en bois derrière où les passagers se font face.

Autour de la clocktower

La clocktower m’a été indiquée comme le centre de la ville. Mais personnellement je me sens un peu à l’est (c’est mieux que de l’autre côté), et surtout je vais apprendre qu’il y a plusieurs clocktowers en ville, faut pas se tromper. Je remonte la Boma Road pour prendre un plan à l’office du tourisme. Le Safari Hotel se trouve en haut de cette rue. C’est le coin des touristes. Donc c’est le coin du harcèlement par les vendeurs locaux.

« Olà! Olà!

Je me retourne: – Are you speaking to me?

-Si signora, buenos dias! Qué tal?

-Heu buenos dias, muy bien… why do you think I’m spanish?

-Because of your red hair, where are you from?

-France

– Ahaa! Paris ye t’aime ah la la monamour! Safari madmoizel?

– No thanks, no money no safari… »

Hé voilà, ça, tous les jours, au début ça fait rire, ensuite on se promène avec un petit nuage noir au-dessus de la tête comme dans les BD.

A mi-chemin du Caire et de Cap Town, la clocktower d’Arusha

D’ailleurs, c’est nuageux, on ne voit pas le Mont Meru, et puis j’ai le cœur un peu lourd…Moi, j’ai bien besoin d’aller prendre et donner des nouvelles de mes proches dans un cybercafé, et boire un bon café kenyan. Je ne sais pas du tout ce que je vais pouvoir faire de mes journées. Un couchsurfeur m’a donné  le contact d’un vétérinaire, peut-être un peu de bénévolat? Si Arusha m’ennuie, j’irai chez mon prochain contact, un français qui vit vers Babati plus au sud.

Le marché

J’ai retrouvé Daniel, mon jeune allemand barbu, au Safari Hotel, et il m’accompagne au marché central pour acheter des légumes. Dès qu’on arrive, quelques jeunes garçons nous demandent ce qu’on cherche, insistent, nous proposent des fruits… pas moyen d’être tranquille. Daniel m’explique que les mamas ne parlent que kiswahili, et les gamins qui parlent un anglais correct, font l’intermédiaire et glanent queqlues pièces au passage.  Pour ma part je préfère parlementer avec les mamas, en remplaçant par des signes les mots que je ne connais pas, mais les gamins ne l’entendent pas comme ça, ils se mettent carrément entre elles et moi. Je cède et leur demande des avocats, des tomates, des oignons. C’est la saison froide et le choix est restreint.

Le marché couvert vu d’en haut

J’ai un  accrochage avec un des petits intermédiaires, car je refuse son prix et il se fâche. Je crois qu’il avait besoin de lâcher tout ce qu’il avait contre les touristes, car il l’avait vraiment mauvaise. Il me demande agressivement si c’est un jeu pour moi, de marchander; je lui répond que je paierai un prix juste, pas multiplié par cinq. Finalement la tension monte alors je lui paie le prix qu’il me réclame, je ne veux pas attirer la police corrompue qui patrouille et adore draguer les Mzungus (Blanches). Des gamins de sept-huit ans nous proposent de porter nos sacs jusqu’à la route en échange de quelques pièces.

Ce léger conflit me plonge pour l’après midi dans une réflexion amère. Je sais que j’avais raison, j’ai demandé et comparé les prix à de nombreuses reprises depuis. J’aurais aimé lui expliquer, à ce gamin qui me prend pour une riche qui l’exploite, que je dois aussi faire attention, que je ne me sens pas en vacances, que j’ai vidé mon compte pour partir loin de ce que je fuyais, que je n’ai pas d’économies, que d’ailleurs les riches ne sont pas tous des cons, et que les pauvres en comptent un bon nombre. Comment pourrait-il comprendre, lui qui n’a pas comme moi de quoi s’offrir un petit-déjeuner, qui a sans doute une famille qui compte sur son revenu, qui ne voit passer que des touristes super-équipés et des stagiaires du tribunal qui claquent leurs sous en alcool le week end?

Et ce n’est pas la dernière fois que ma conscience travaille, se révolte ou s’apaise…

Daniel n’a pas bronché, pas pris partie dans notre dilemme; il m’a paru un peu poltron sur le coup. Et du coup, le jeune lui disait : « You are a good guy, but your wife (!), bad woman, bad! » Pff, facile d’avoir le beau rôle, quand on n’ose pas donner son opinion!

Fatiguée, je rentre avant la nuit et me cloître dans la petite maison de Njiro. Je cuisine, me plonge dans mon livre « la Ferme Africaine », j’écris, fais un peu de lessive… difficile de sortir de l’affect quand on n’a personne à qui parler. Autant aller se coucher!