Jour 7: le départ en safari

Le Parc du Lac Manyara

Le chauffeur, Idir, charge les vivres sur le toit. Suleiman, notre cuisinier, est parti chercher les lunch box pour midi. Ally vérifie le nombre de paires de jumelles, les papiers du véhicule. Les Allemandes avec qui je vais partager le 4×4, Verena et Linda sont souriantes et calmes. Comment font-elles? Je suis surexcitée, difficile de ne pas le montrer!

Partir de Moshi a un avantage considérable si le temps est clair: On commence le voyage avec une vue splendide sur le Kilimanjaro. J’ai du mal à en détacher le regard, il est là, enfin, nu, sans même sa petite couronne de nuages, très net pour une fois. C’est une merveille du monde.

A Arusha, c’est le Mont Meru qui domine, mais nous le quittons sans regret car la route de Babati s’ouvre à nous, et cette fois, pas pour aller à Ndareda, mais bien pour pénétrer dans les parcs nationaux.

Après 3h30 de route nous entrons dans le Parc du Lac Manyara. La forêt est dense, on scrute à travers les arbres. Les mouches tsé-tsé ne se font pas prier. On ne sait pas à quoi s’attendre finalement. Est-ce que l’on ne va pouvoir apercevoir que des animaux de très loin? Soudain le chauffeur ralentit… un petit dik-dik immobile à la lisière du bois retient son souffle. Ca y est, c’est notre première rencontre avec un animal sauvage d’Afrique de l’est!

On s’attend à ce rythme pour la suite: quinze minutes à scruter, puis un animal caché derrière un arbre. Mais on réalise qu’il n’y a pas de règle quand un éléphant casse une branche bruyamment à 10 mètres de nous et sort de la forêt en direction de la savane. Surprise! Un petit surgit lui aussi et rattrape sa maman. Les premiers éléphants, on les suit doucement, et on les regarde longtemps…

culd'éléphant

Cet après midi au Lac Manyara, nous voyons des zèbres, gnous, gazelles, buffles, des éléphants, girafes, phacochères. Quelle joie à chaque nouvelle espèce! Il y a un endroit où l’on peut descendre du véhicule pour se dégourdir les jambes en observant aux jumelles les milliers d’oiseaux du lac. Pélicans, flamands, ibis, cigognes, grues, marabouts, il paraît que 400 espèces y cohabitent.

Vers 17h30, il faut sortir du parc; les règles du TANAPA (Tanzanian National Parcs) sont très strictes. Les voyageurs doivent être à l’hôtel avant la nuit, et celle-ci tombe tôt!

Nous passons la soirée au dans un petit hotel de Mto wa Mbu. Notre cuisinier nous fait un repas excellent, et nous sert à table avec une grande classe, en annonçant le menu, puis en présentant chaque plat qu’il amène.

Trop fatigués pour profiter de la piscine, je m’endors en rêvant à nos futures rencontres… les lions n’étaient pas au rendez-vous aujourd’hui, mais sur cinq jours, j’ai bon espoir…

Jour 11: Ndareda Mission

Babati

Malgré l’inconfort de l’autocar, le trajet d’ Arusha à Babati me fait rêver. A Makuyuni, nous croisons la route qui part vers le cratère du Ngorongoro et le Parc National du Serengeti. Plus loin, après Maguga, les portes d’entrée des Parcs Tarangire et Manyara appellent au safari. C’est l’heure de la sieste, j’imagine les lions se vautrant dans la poussière, à peut-être moins d’un kilomètre de moi.

Dareda touch!

A Babati, je dois changer de bus pour Ndareda.  Quelques Blancs parlent en hollandais. Ils répondent assez évasivement à mes questions, alors je m’écarte de leur groupe. La route pour Ndareda est sinueuse et chaotique. Un grand père vient s’asseoir à mes côtés et entreprend de m’énumérer les verbes irréguliers en anglais: « fall, felt, fallen; take, took, taken » ;  il se trompe beaucoup, s’acharne, se met à bégayer et transpirer « want, would… no, want, wanted, wooden…no, woollen, wait I… I don’t remember, shall is sh… shoo… should and want is doob…would, but you must say does and not do… » Autour de nous, les passagers se mettent à pouffer puis à rire franchement, car le discours du grand-père n’a aucun sens . Moi qui voulait de la conversation, je suis servie!

Ndareda

En sortant du bus, je m’assieds sur mon sac à dos pour attendre Avédis. Quelques curieux me demandent où je vais. Comme je réponds « Ndareda mission », on me prend pour un docteur. Le village s’étend de la plaine au flanc de la colline, où se trouve l’hôpital de brousse. Avédis  arrive enfin, enveloppé d’une couverture massaî, armé d’un grand sourire qui me réchauffe le coeur. Nous grimpons les quelques centaines de mètres qui nous séparent de l’enceinte de l’hôpital, saluant chaque marchand au passage. Avédis semble apprécié. Il faut dire qu’il parle couramment swahili, c’est assez rare pour un Mzungu. Le courant passe très vite entre nous, je sens que je vais me sentir bien ici.

Nous passons devant la magnifique église, franchissons la grille où nous saluons le gardien, et nous

église de Ndareda

voici devant l’hôpital, constitué de nombreux petits bâtiments, modestes en tout point. Il y a des chiens partout, ce qui me réjouis beaucoup, mais Avédis m’explique qu’ils ne sont pas appréciés. Leur surpopulation est « régulée » une fois par an, quand quelques policiers viennent les abattre en masse. Une ONG de vétérinaires serait bienvenue, pour stériliser les chiens, et informer la population sur l’utilité de ces animaux: on ne les considère pas comme les meilleurs amis de l’homme là-bas, mais j’y reviendrai…

Nous traversons une bananeraie, les régimes viennent d’être coupés. Puis nous arrivons à un pâté de maisons rouges où je fais connaissance avec les deux labradors d’Avédis. Adoptés par les stagiaires précédents, ils sont reconnus comme les chiens de l’hôpital, ce qui leur confère un statut spécial. Et surprise! Je rencontre également Stefanie, une stagiaire suisse qui vient d’arriver et sera la colocataire d’Avédis pendant 4 mois. Avec elle aussi, je suis vite à l’aise. Je passe un moment à me reposer et découvrir cet endroit.

Tea time avec Stefanie

On entre par une cour fermée derrière un mur.A droite, une petite maison composée de deux chambres et une pièce au milieu; à gauche une cuisine rudimentaire, la douche et les toilettes, également séparées par des murs. Dans la cour, une grande niche pour les chiens et une table ronde en bois. Stefanie et Avédis terminent leur journée de travail vers 17h. Je suis surprise de voir que des gens passent quand ils ne sont pas là, et me voyant, s’arrêtent pour bavarder: les petites voisines, les connaissances du village. C’est ainsi que je fais la connaissance de Boni, un jeune garçon du coin qui commence ses études. C’est la période des vacances, il me propose de m’emmener en randonnée. Le soir, je demande son avis à Avédis. Il le connaît, peut m’emmener sans attendre d’argent en retour, on l’invitera à dîner pour le remercier. Stefanie est emballée par l’idée, il paraît qu’il y a des cascades pas loin, et elle ne travaille pas le weekend. On sait quoi faire après-demain!

Bientôt des haricots?

il en reste!

la bananeraie

1. Et pourquoi en Tanzanie?

Question récurrente! Je bafouille toujours une réponse improbable, parce que, soyons honnête, je n’en sais rien.

« Pour la faune sauvage, les arbres, les tribus… parce que « Le Lion » de Kessel est une lecture d’enfance peut-être…

– Ben oui mais ça se passe au Kenya, alors pourquoi pas le Kenya?

-…

-Hein? Pourquoi en Tanzanie?

-Heu, Jules Verne aussi c’est un livre que j’aimais bien, il fait partir les héros de « Cinq semaines en ballon » de Zanzibar, et survoler la savane et le lac Victoria…

– Oui mais bon, ils survolent aussi le Tchad et ils atterrissent au Sénégal.

-Le tourisme en Tanzanie c’est moins cher qu’au Kenya…

-Non.

-Le Roi Lion ça se passe dans le Ngorongoro non?

– Ben tiens et comment tu peux savoir ça?

– C’est un truc que je sens, tu vois… le rocher de Mufasa, il domine une immense plaine, ça ne peut être que le fameux cratère… »

Bref, j’ai eu l’argument bancal mais à présent je sais quoi répondre:

C’est là qu’on parle l’authentique kiswahili, c’est donc l’idéal pour mon apprentissage de la langue.

Mais au fond, parfois, je crois qu’il n’y a pas d’autre explication qu’une envie profonde de partir pour une destination précise. Et d’y retourner!

En attendant,  voici mon expérience tanzanienne. N’hésitez pas à commenter mes posts, que vous connaissiez bien la Tanzanie ou que vous n’y ayez jamais mis l’orteil. Ca me fera plaisir!