Jour 12: Ndareda vie quotidienne

Pole pole

(doucement, tranquillement)

Que c’est bon de ne rien faire parfois… Aujourd’hui j’ai une maison à disposition; pendant que les courageux sont au travail, je fais ma lessive dans les bassines, accroupie par terre,  en compagnie des labradors.

Annexe de l’hôpital

Avec un thé au lait et quelques vitumbua (beignets), c’est le paradis. A midi  Avédis m’invite à déjeuner au réfectoire de l’hôpital. Il m’explique à quel point les projets mettent du temps à être réalisés ici, que ce soit la construction d’un bâtiment ou la moindre initiative générant un changement, il faut compter des semaines. Le travail d’Avédis consiste à rendre des comptes  à l’ONG Suisse qui l’emploie, notamment sur l’utilisation des fonds envoyés à l’hôpital. Pour lui ce n’est pas une mince affaire de collecter dans les délais impartis les rapports des différents services…

On parle aussi de l’apprentissage du swahili, magnifique langue à entendre et parler. Je trouve que c’est entre le japonais et le sioux (qui va me contredire?)… A priori la grammaire est difficile, les noms et adjectifs sont répertoriés en douze classes, et les variantes sont au niveau des préfixes, dur dur de reconnaître un mot tout de suite, surtout les pluriels…

Exemple: kiti cheupe = la chaise blanche / viti vyeupe= les chaises blanches

Finalement on s’y fait vite, mais alors une autre difficulté arrive: un mot a 36 significations! Les nuances ne sont compréhensibles qu’avec le contexte.

Mais qu’est-ce que c’est que cet article pour les linguistes? On s’emmerderait presque!

Le village, les chiens et moi

Bref, pour passer à autre chose, dans l’après midi, alors que je suis tranquillement en train d’écrire dans mon carnet de voyage, j’entends des hurlements de chiens (âmes sensibles n’ayez pas peur ça se termine bien). Ca provient de chez un voisin, et aucun doute, quelqu’un bat un petit chien. Je me précipite, et deux maisons plus loin, je vois un grand nigaud, de peut-être 13 ans, avec un gourdin, qui rit aux éclats. Sa mère, derrière, se poile pas mal aussi. Et là je découvre, pelotonné contre un coin de mur extérieur, un petit chiot terrorisé qui pioune de peur et de douleur.

Je dois dire que ça me fait vraiment enrager ce manque de compassion des locaux envers les bêtes. Qu’on ne les apprécie pas, ok. Mais qu’on s’amuse – parce que là, c’est la franche rigolade- à les maltraiter, ça me rend perplexe.

Alors, je sais pas ce qui me prend, je prend le gourdin, je le jette au loin, et très en colère, je sermonne mère et fils en invoquant Dieu. Ben oui, j’ai honte d’avoir utilisé l’argument phare des missionnaires du 19ème siècle, mais dans la colère, on n’est jamais très intelligent; et vous allez voir, ça a son impact.

Je dis:  » Les chiens et tous les animaux du monde sont comme nous des créatures de Dieu, et leur faire du mal ne plaît pas du tout au Seigneur (en anglais); on ne doit pas battre les chiens, car eux nous aiment sans condition »

Croyez-moi ou pas, ils ont arrêté tout net de se marrer. Tout penauds, ils m’ont laissé prendre le petit chien qui tremblait. Mais qu’en faire? Je l’ai cajôlé un peu, puis je l’ai déposé dans l’enceinte de l’hôpital, où ils sont moins exposés aux brutalités qu’au village. Quand je suis repassée le soir, il était parti; je pense qu’il a rejoint la meute qui traîne autour de l’hôpital.

Plus tard à Moshi, quand je dirai « Ndareda wanapiga mbwa » = « A Ndareda, ils battent les chiens », je serai un peu confuse en voyant que ça provoque des rires… Presque un an après, j’ai eu la réponse: au sens figuré, ça signifie que les gens de Ndareda font régner la justice, qu’ils tuent les salauds!

Jour 11: Ndareda Mission

Babati

Malgré l’inconfort de l’autocar, le trajet d’ Arusha à Babati me fait rêver. A Makuyuni, nous croisons la route qui part vers le cratère du Ngorongoro et le Parc National du Serengeti. Plus loin, après Maguga, les portes d’entrée des Parcs Tarangire et Manyara appellent au safari. C’est l’heure de la sieste, j’imagine les lions se vautrant dans la poussière, à peut-être moins d’un kilomètre de moi.

Dareda touch!

A Babati, je dois changer de bus pour Ndareda.  Quelques Blancs parlent en hollandais. Ils répondent assez évasivement à mes questions, alors je m’écarte de leur groupe. La route pour Ndareda est sinueuse et chaotique. Un grand père vient s’asseoir à mes côtés et entreprend de m’énumérer les verbes irréguliers en anglais: « fall, felt, fallen; take, took, taken » ;  il se trompe beaucoup, s’acharne, se met à bégayer et transpirer « want, would… no, want, wanted, wooden…no, woollen, wait I… I don’t remember, shall is sh… shoo… should and want is doob…would, but you must say does and not do… » Autour de nous, les passagers se mettent à pouffer puis à rire franchement, car le discours du grand-père n’a aucun sens . Moi qui voulait de la conversation, je suis servie!

Ndareda

En sortant du bus, je m’assieds sur mon sac à dos pour attendre Avédis. Quelques curieux me demandent où je vais. Comme je réponds « Ndareda mission », on me prend pour un docteur. Le village s’étend de la plaine au flanc de la colline, où se trouve l’hôpital de brousse. Avédis  arrive enfin, enveloppé d’une couverture massaî, armé d’un grand sourire qui me réchauffe le coeur. Nous grimpons les quelques centaines de mètres qui nous séparent de l’enceinte de l’hôpital, saluant chaque marchand au passage. Avédis semble apprécié. Il faut dire qu’il parle couramment swahili, c’est assez rare pour un Mzungu. Le courant passe très vite entre nous, je sens que je vais me sentir bien ici.

Nous passons devant la magnifique église, franchissons la grille où nous saluons le gardien, et nous

église de Ndareda

voici devant l’hôpital, constitué de nombreux petits bâtiments, modestes en tout point. Il y a des chiens partout, ce qui me réjouis beaucoup, mais Avédis m’explique qu’ils ne sont pas appréciés. Leur surpopulation est « régulée » une fois par an, quand quelques policiers viennent les abattre en masse. Une ONG de vétérinaires serait bienvenue, pour stériliser les chiens, et informer la population sur l’utilité de ces animaux: on ne les considère pas comme les meilleurs amis de l’homme là-bas, mais j’y reviendrai…

Nous traversons une bananeraie, les régimes viennent d’être coupés. Puis nous arrivons à un pâté de maisons rouges où je fais connaissance avec les deux labradors d’Avédis. Adoptés par les stagiaires précédents, ils sont reconnus comme les chiens de l’hôpital, ce qui leur confère un statut spécial. Et surprise! Je rencontre également Stefanie, une stagiaire suisse qui vient d’arriver et sera la colocataire d’Avédis pendant 4 mois. Avec elle aussi, je suis vite à l’aise. Je passe un moment à me reposer et découvrir cet endroit.

Tea time avec Stefanie

On entre par une cour fermée derrière un mur.A droite, une petite maison composée de deux chambres et une pièce au milieu; à gauche une cuisine rudimentaire, la douche et les toilettes, également séparées par des murs. Dans la cour, une grande niche pour les chiens et une table ronde en bois. Stefanie et Avédis terminent leur journée de travail vers 17h. Je suis surprise de voir que des gens passent quand ils ne sont pas là, et me voyant, s’arrêtent pour bavarder: les petites voisines, les connaissances du village. C’est ainsi que je fais la connaissance de Boni, un jeune garçon du coin qui commence ses études. C’est la période des vacances, il me propose de m’emmener en randonnée. Le soir, je demande son avis à Avédis. Il le connaît, peut m’emmener sans attendre d’argent en retour, on l’invitera à dîner pour le remercier. Stefanie est emballée par l’idée, il paraît qu’il y a des cascades pas loin, et elle ne travaille pas le weekend. On sait quoi faire après-demain!

Bientôt des haricots?

il en reste!

la bananeraie