J9 Les Usambaras de l’Est – 2

Attention ce que je vais décrire dans cet article et le prochain sont deux purs bijoux, deux lieux vraiment hors du commun, et de loin mes endroits préférés de ce que je connais de la Tanzanie. Le Camp Mawingu et la Villa Matalai sont la propriété de Hali et Claes, qui sont respectivement Somalie et Suédois, installés depuis longtemps sur la côte swahilie et très impliqués dans le soutien à leur village.

Commençons par le camp Mawingu. Pour y parvenir, il faut un 4×4 absolument, et si on dit ça, c’est parce qu’on l’a fait en Toyota Noah (un peu comme un Peugeot Traveller ou toute voiture familiale 7 places, vous voyez?). N’ESSAYEZ PAS !!! On met le double de temps (oui vraiment 4 heures au lieu de 2h pour faire quoi… environ 60 kilomètres)… on était sur du 15km heure à cause des pierres (que dis-je des rochers!) sur la piste. Et en plus on s’est trompés de route. L’idéal c’est encore de s’y faire conduire en 4×4 par un chauffeur expérimenté ! Bref, après une halte pour s’acquitter des frais d’entrée dans la réserve d’Amani, on monte en altitude, pour enfin à la sortie d’une forêt dense et parfumée, se retrouver au milieu de collines couvertes de plantations de thé.

On est alors seulement à 1000 mètres, mais à pic, et on voit au loin que le village de Ngua domine la plaine de la vallée de Lwengera. C’est tout simplement magnifique ! C’est vert, il fait frais, le soleil brille et on est tellement contents d’arriver. Latifah, qui est chargée du camp et également cueilleuse de thé en saison, nous accueille chaleureusement et nous fait visiter les environs. Les bungalows sont rustiques et confortables, chacun a une cheminée et de nombreuses boiseries qui conviennent parfaitement à l’esprit montagnard du village.

La réserve dAmani est connue pour sa faune et sa flore endémique si riche qu’elle a déjà été comparée aux Galapagos. C’est un paradis pour les ornithologues, les entomologistes ( spécialistes des insectes), mais ce qui nous excite vraiment avec Stanley, c’est et cela reste les caméléons. On programme une marche nocturne pour débusquer le Trioceros Deremensis, le caméléon tricorne endémique du coin. En attendant, balade dans les alentours, c’est la grande lessive aujourd’hui, et on découvre le Mnazi, un délice ! De l’eau de coco fermentée, qui se boit comme du petit lait, il faut savoir se modérer si on veut repartir en marchant droit !

A la tombée de la nuit, avec un villageois, nous voilà partis en balade sur les chemins forestiers, au son des rapaces nocturnes et concerts de crapauds. Nos premières rencontres, papillons, limaces, mille pattes sont d’une taille surprenante, plus grands que ma main, les fougères sont également immenses et je me souviens du Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne… Va-t-on rencontrer des champignons géants et des dinosaures?

En fait de dinosaures, on va être servis. Zéro cornes, une corne, deux cornes… les caméléons apparaissent dans le spectre de la lampe torche. On ne les observe pas trop longtemps chacun, et surtout on ne les touche pas. Sur le chemin avant d’arriver au village, nous avons longuement expliqué à des gamins qui nous apportaient un caméléon dans un seau que les touristes ne sont pas intéressés par les animaux en captivité (mensonge, ça dépend de quel type de touriste on parle…) et qu’il est important de les laisser dans leur habitat et les protéger… un discours qui devrait surtout être intégré par les voyageurs. Si on ne s’y intéressait pas, si les touristes ne payaient pas pour voir et toucher la faune sauvage, les locaux n’essaieraient pas de nous en attraper. On n’a jamais vu des gamins nous apporter des limaces en espérant nous faire plaisir ou avoir un pourboire.

Enfin le voilà, le caméleon à trois cornes, et c’est toujours émouvant de savoir d’une espèce qu’on ne la trouve nulle part ailleurs dans le monde. Bon, je ne suis pas photographe, mais on voit bien la bêbête. Ca valait le coup !

La nuit est calme et fraîche au Camp Mawingu, et demain nous partons sur la côte pour rencontrer la propriétaire qui vit dans son autre hôtel, la Villa Matalai. L’océan après la montagne, on a hâte de découvrir ce coin paradisiaque et peu fréquenté au nord de Tanga.

Sur la terrasse du bungalow, au sommet de la falaise

J8 Les Usambara de l’Est – 1

Magoroto Forest Estate

En continuant sur la route de Dar es Salaam, après Korogwe, on trouve la bifurcation qui part vers la côte swahilie, Tanga et Pangani. Au pied du massif des Usambara de l’Est se trouve le bourg de Muheza, où nous stoppons à la plus petite gargotte où j’ai jamais mangé. Tout en bois et de traviole, la salle à manger ignore les angles droits et fait aussi office de poulailler. A l’extérieur, une mama fait la cuisine accroupie au dessus d’une marmite de riz et d’une poêle creuse remplie d’huile bouillante pour les frites et les oeufs. On a même le choix entre chipsi maiai (omelette / tortilla) ou wali maharage (riz-haricots-épinards), pour 1,5 euro.

L’accueil et la nourriture sont si bons qu’on s’arrêtera en repassant au retour aussi, et Stanley me dit que la cuisinière est très fière de fidéliser une cliente blanche ! « Anaringa » dit-on en swahili, « elle est fière d’elle » mais pas dans un sens péjoratif du tout, plutôt un sentiment d’auto satisfaction. C’est toujours un peu troublant de ressentir que les Blancs sont encore un peu considérés comme des clients de meilleure qualité que les locaux, alors même qu’on ne dépenserait pas plus…

Après le village, nous tournons à gauche en direction des montagnes et ne tardons pas à trouver la forêt de Magoroto, et son campement au bord d’un lac dans un écrin de verdure à 850 mètres d’altitude.

Cette propriété de 600 hectares a été une des premières plantations de la colonisation allemande. Dès 1896, les colons se sont essayé à l’exploitation de landolphia pour le caoutchouc,  de café et de thé restée infructueuse, puis en 1921 se sont tournés vers l’huile de palme. En 1940 les terrres retournent au pays et sont exploitées par une compagnie locale, jusqu’à ce que la concurrence de la Malaisie devienne trop rude dans les années 90. Depuis, la propriété est entretenue pour le plaisir de la conservation grace aux revenus du tourisme.

Loin de la route, le lieu est aménagé pour le camping: on peut apporter sa tente ou utiliser celles du camp, on trouve un bar, un restaurant de plein air, à disposition des bouées, des jeux, et un feu de camp est préparé chaque soir.

C’est un petit coin de paradis où l’on se baigne, marche autour du lac, avec pour seuls bruits les oiseaux et batraciens (et parfois des visiteurs Indiens de Dar es Salaam qui viennent en famille de quarante et laissent leurs ordures par terre en partant hum hum).

On en profite avec Stanley pour s’exercer aux jeux d’adresse. On n’est pas mauvais ! La nuit, les bruits de la nature sont encore plus présents. Les tentes sont un peu bancales et déchirées, ça vaut  le coup d’apporter son propre matériel.

 

Bilan de la visite: c’est un site assez éloigné de tout, mais très plaisant quand il y a peu de monde, donc à faire en étape lors d’un trajet vers Tanga ou d’un séjour au Camp Mawingu, notre grand coup de coeur des Usambara dont on va parler tout de suite !

J7 les Monts Usambara de l’Ouest

Etape vertigineuse dans les monts Usambara

C’est parti pour 5h de bus en direction du sud. Avec la télé à fond, parce que, on commence à s’habituer, en Afrique, le son n’est jamais trop fort. Les larsens, les grésillements, les aigüs qui font saigner les oreilles délicates des Européens sont un doux plaisir pour les Tanzaniens, et les enfants dorment dans le giron de leur mère comme si on leur jouait une berceuse !

Sur la route qui file au sud jusqu’à Dar es Salaam, on s’arrête à Mombo, bourg animé au pied des Monts Usambara de l’Ouest, pour prendre un taxi pour le petit village de Mambo, perché dans les 1600 mètres de hauteurs. Ce n’est pas très élevé, c’est la même altitude que le village de Nkweshoo, mais la vue est si spectaculaire qu’on se croirait sur un haut sommet.

Ici Herman et Marion, un couple de Néerlandais, ont bâti il y a une dizaine d’années un projet qui leur ressemblerait, et se sont installés dans ce village isolé. Ayant parcouru le monde pour suivre des projets de développement, déçus de constater beaucoup de gâchis d’argent, ils ont quitté les grosses structures pour créer leur petite entreprise d’hôtellerie solidaire avec le village qui les accueille.

Atteindre le Mambo View Point demande un effort, aussi les  voyageurs réservent toujours pour plusieurs nuits. La journée, entre les balades dans le village, la forêt de Shagayu et les falaises pour observer les faucons Taita et autres rapaces des hauteurs, le temps passe vite et il est vraiment recommandé de rester au moins trois nuits. Les guides ornithologues nous apprennent tout sur les tisserins, martinets, boulbouls et fauvettes, et dans la forêt le jeu est de trouver les incroyables caméléons bicornes. Il y a des randonnées possibles sur deux à cinq jours, avec des étapes dans des couvents ou chez l’habitant dans les villages sur le chemin.

 

 

 

Pas d’inquiétude, je l’ai relâché juste après la photo ! Le pauvre !

Herman et Marion font un travail admirable pour le développement de la communauté de Mambo. Le mot d’ordre est l’autonomie, il s’agit de transmettre des compétences afin que la population embrasse les projets dans un esprit de développement durable. Les actions sont nombreuses et reliées entre elles pour améliorer les conditions de vie: santé, éducation, énergie, routes, environnement, savoir faire artisanal… depuis 2012 avec leur association JamiiSawa, ils ont enseigné aux villageois:

  • comment construire un poêle qui n’émet pas de monoxyde de carbone
  • comment coudre des serviettes hygiéniques lavables
  • comment faire ses yaourts et son fromage
  • comment créer un terrain de foot
  • comment construire un pont
  • comment créer un système d’irrigation des cultures
  • comment dévier une route

Ils ont aussi fait une campagne de vaccination des chiens errants contre la rage, mis en place des ateliers cirque pour les enfants, dispensé des formations aux vétérinaires locaux,  aux agriculteurs, aux entrepreneurs, aux guides locaux, construit un dispensaire et deux écoles, financé des pompes à eau et des tablettes pour les cours !

Ca ne chôme pas dans la circonscription de Sunga !

En repartant, nous visitons la ville de Lushoto, marquée par la colonisation germanique, avec quelques maisons anciennes, cimetière des premiers missionnaires chrétiens, et le projet « Friends of Usambara » qui propose des balades guidées et développe une activité économique de pépinière pour la reforestation de la montagne.

On n’oubliera pas Herman, et les voyageurs qu’on lui envoie chaque année ont toujours la même remarque: la route est longue, mais le lieu en vaut la peine !

J4 – Les adresses solidaires d’Arusha

The Shanga House

En voilà des beaux projets. The Shanga House, c’est un projet individuel né en 2007 avec les idées de Saskia Rechsteiner et soutenu depuis 2017 par la chaîne de lodges de luxe Elewana Collection. Une entreprise qui crée des emplois pour les personnes handicapées dans le domaine de la joaillerie (Shanga signifie « perle » en swahili), du verre soufflé, des accessoires en matériaux recyclés.On y trouve une forge, un atelier de souffleur de verre, des métiers à tisser, des machines à coudre, et l’énergie qui se dégage de cet endroit est étonnante. J’ai craqué pour les coussins éléphants en chemises recyclées ! 

Alors bien sûr, plutôt que de s’arrêter comme tout le monde au très très touristique Cultural Heritage Center qui ne soutient rien du tout et enrichit un déjà riche étranger, demandez à votre chauffeur de vous arrêter à la Shanga House, c’est situé dans l’enceinte de l’hôtel Arusha Coffee Lodge, au milieu des plantations de café de la sortie de la ville. C’est sur la route en rentrant de safari!

On a pris le temps de discuter avec Paul, un encadrant qui guide les visiteurs et présente les employés. En vidéo, Petite mise en scène pour nous ^^

Le centre de rééducation de Usa River et le café Tanz Hand’s

Comment on est tombé là-dessus? Au bord de la route Moshi-Arusha, une enseigne indique « Café Tanz Hand’s » et « Bakery ». Bakery, c’est boulangerie, et je peux vous dire que ça ne court pas les rues dans le coin. Donc on s’est arrêté, et là, oh merveille des merveilles, des brioches, du bon pain comme chez nous, des bretzels… des bretzels ???

Derrière cette petite échoppe, il y a un grand centre et un vaste projet. Il s’agit d’un centre de rééducation et de formation de l’église lutherienne du diocèse de Meru. Il est destiné également aux personnes handicapées qui souhaitent devenir autonome et obtenir des soins orthopédiques. Financé par l’église d’une part et par les revenus de la boulangerie et de la guesthouse, il permet à 70 jeunes gens de se former à la boulangerie, la couture, la charpente ou encore la serrurerie, tout en bénéficiant d’une rééducation suivie. Ils prodiguent aussi des conseils et des micro crédits aux familles des bénéficiaires.

Je vous invite à faire un stop pour acheter leurs délicieux pains et gateaux, c’est entre Arusha et la jonction de l’aéroport de Kilimanjaro, à Usa River appelé aussi « Maji ya Chai », l’eau du thé (pour sa rivière colorée par les sédiments). Soutenir en  faisant plaisir à ses papilles, c’est quand même un beau concept !

Demain, on reste dans le coin pour visiter le projet de mama Gladness. Stanley passe des coups de fils pour organiser les rencontres, il y a tout le temps des imprévus, des désistements, des retards, ça ne semble pas facile mais il parvient à suivre mon programme. Il y a quelque mois, quand je l’ai appelé en lui disant : « Stanley, j’ai besoin de toi, es-tu prêt à me suivre sur une tournée de repérages de Nairobi à Zanzibar? », on n’imaginait pas que cela tisserait des liens si forts entre nous. Au contraire, je l’ai prévenu: « Tu sais, après un mois ensemble on va peut-être se taper sur les nerfs! »

Il est le partenaire idéal car depuis longtemps il s’investit dans les causes solidaires, et comprend parfaitement ma démarche. Il me dit d’ailleurs que de toutes les agences et tour opérateurs qu’il connaît, personne ne s’investit autant dans la connaissance du pays et de ses habitants, dans la traçabilité des prestations et services, dans la recherche de compréhension des projets. Bon, s’il continue à me faire des compliments, on va peut-être très bien s’entendre !

J3 – Arusha, les Flying doctors

Objectifs de voyage : soutenir les comunautés

Mai 2017, nous voilà à nouveau en Tanzanie, avec un agenda très chargé pour les trois semaines à venir. Nous avons créé l’association Tumbili en 2015 pour promouvoir un tourisme solidaire en Tanzanie; depuis nous avons été présents sur les salons du tourisme alternatif du Grand Bivouac à Albertville,  Primevère à Lyon, Curieux Voyageurs à St Etienne, Solidarissimo à Colmar, et en juin 2018 le No Mad Festival de Cergy Pontoise.

Cette année, Tumbili se lance dans l’investigation concrète sur le terrain. Au programme: rencontres avec des associations,  projets culturels et économiques locaux, visites et sélection d’hôtels en fonction des critères de notre charte éthique, et enquêtes approfondies à coup de témoignages recoupés et de pièges de toute sorte pour un seul objectif: extraire la vérité ! Où va l’argent ? Comment sont rémunérés les employés? L’action est-elle suivie? L’impact sur la communauté est-il réel?

Comme vous allez le lire bientôt, nous allons rencontrer des personnes fabuleuses avec qui créer de solides partenariats, mais aussi de belles arnaques qui échappent à tout contrôle et se font un joli pécule au nom d’une prétendue solidarité…

Ne nous méprenons pas: nous sommes des gentils, et nous voulons accompagner les projets des locaux, mais nous savons pertinemment que si l’on n’est pas exigeant sur la traçabilité des fonds, beaucoup de sommes sont détournées à des fins de profit personnel. Mon ami Stanlee en a fait plusieurs fois les frais; un jour, il a aidé un centre pour handicapés à obtenir une aide d’une ONG. Mais quand il est allé vérifier pour elle, il a constaté que les fauteuils roulants avaient été vendus par un des responsables plutôt qu’utilisés pour les personnes du centre !


Mais d’abord quelques rencontres très intéressantes à Arusha, et des bons plans pour y séjourner.

Les Flying Doctors  

Créée il y a 60 ans pour permettre un accès aux soins aux populations kenyanes les plus reculées, l’AMREF-Flying Doctors est aujourd’hui présente dans 35 pays d’Afrique et soigne chaque année neuf millions de personnes. A l’époque il y avait en Afrique 1 médecin pour… 30 000 habitants, contre 1 pour mille en Europe (source AMREF).

Vous avez peut-être entendu parler de Mama Daktari, Anne Spoerry, la première Française à s’être engagée auprès de l’ONG, et la créatrice de la branche française.

Comme ils proposent aux voyageurs une adhésion pour être évacué en avion en cas d’urgence, j’ai voulu rencontrer la branche locale d’Arusha. Ce qui m’a le plus étonnée, c’est le tarif d’adhésion, en fonction du nombre de personnes, cela ne varie guère que l’on soit seul ou en famille, et ce n’est pas très élevé vu le service rendu !

30 US $ pour deux semaines / 50 US $ pour un mois / 100 US $ pour un an

Bref après cet entretien avec le fort sympathique responsable marketing Daniel Mrema, j’étais convaincue ! Mais j’aimerais bien avoir des avis de gens qui ont eu besoin d’une évacuation. En tous cas, l’adhésion étant une participation à leurs campagnes d’accès aux soins pour les populations reculées, et de formations de sage femmes africaines, j’ai décidé de proposer systématiquement cette assurance aux voyageurs. Ils couvrent 500 km autour de Nairobi, donc tous les parcs du Nord de la Tanzanie.

 

J 1-2: Nairobi, condensé d’émotions

Daphné Sheldrick

En arrivant au Kenya je retrouve Stanlee, mon ami Tanzanien qui m’a accueilli lors de mon premier voyage il y a six ans et qui m’a présenté la première agence avec qui j’ai travaillé. Celui qui n’a pas lâché ma main quand mon père est décédé. Nous allons faire un road trip d’un mois ensemble à la recherche de nouveaux partenaires et de nouveaux lieux hors des sentiers battus à intégrer aux circuits de Tumbili.

En commençant par Nairobi. Je les avais oublié et les retrouve avec émotion: les grands marabouts perchés sur les arbres le long des grandes avenues.

Après une rencontre très intéressante avec les membres de KECOBAT, le Kenyan Community Based Tourism, autrement dit le programme de tourisme solidaire du Kenya, Leboo, notre partenaire au Kenya, nous conduit à la fondation David Sheldrick pour la visite de l’orphelinat des éléphants.

J’avoue, je suis submergée par l’émotion. J’ai apporté un livre pour ce voyage comme pour chacun des précédents (Out of Africa pour le premier en 2011). Cette année c’est « Une histoire d’amour africaine », soit l’autobiographie de Daphné Sheldrick, qui a fondé avec son mari David (lui-même fondateur du parc national de Tsavo) cet orphelinat pour éléphanteaux et petits rhinocéros. Vous l’avez peut-être déjà vue dans un documentaire très connu, où l’on voit les éléphants jouer au foot autour de cette vieille et noble dame.

 Les Keepers, les gardiens sont en place avec la cargaison de biberon et les petits ne sont pas longs à arriver. C’est un lait très spécial, bourré de vitamines pour remplacer celui de la maman. Les éléphants de moins de deux ans sont condamnés s’ils n’ont plus le lait maternel. Tous ces petits sont en deuil, et comme on le sait aujourd’hui, ce sont des êtres à la mémoire fabuleuse, les évènements tragiques les traumatisent particulièrement.

Quelques bousculades plus tard, ils ont bu leur biberon et un gardien prend un micro pour nous présenter la fondation et chacun des petits. Ils s’approchent de nous et se baignent dans le bassin central. On voit bien certaines blessures, comme celui-ci dont la trompe cicatrise lentement.

Certains sont blessés par des hommes lors de conflits homme-animaux liés à l’exploitation du sol et le partage du territoire, certains tombent dans des puits creusés très profonds par l’homme pour trouver de l’eau, certains sont victimes du braconnage et ont perdu tous leurs parents.

L’orphelinat n’est ouvert au public que de 11h à midi chaque jour. On peut parrainer un éléphant et avoir le privilège de venir le voir à un autre moment sur rendez-vous en groupe restreint.

C’est frappant de voir la douceur des gardiens, le respect qu’ils ont pour leurs protégés est palpable. C’est un très beau moment d’assister à ces relations privilégiées. Un jour pourtant, les petits seront prêts à être relâchés dans la nature, et malgré la tristesse de la séparation, les gardiens seront heureux d’avoir sauvé et réhabilité leur grand ami de la savane.

Chez Laizer

Au travail !

J’aimerais vous parler de Laizer, le chef Maasai d’une grande boma (village). Il vit dans un enkang (ensemble d’habitations traditionnelles ceint par une clôture d’arbustes épineux) à l’est de l’aéroport, c’est le début de la grande steppe Maasai qui s’étend au sud jusqu’à Dodoma. Une terre très aride où les femmes font des kilomètres pour aller chercher de l’eau au puits, et d’où il faut partir en transhumance les mois les plus secs pour emmener les troupeaux paître l’herbe tendre des terres de l’ouest.

Laizer a décidé d’ouvrir son village au tourisme culturel afin de soutenir l’économie de la communauté, financer les formations des jeunes qui souhaitent poursuivre leur scolarité, développer l’élevage, aider aux frais médicaux des familles. A peine arrivés nous voyons les femmes occupées à la construction d’une maison pour les hôtes. Au boulot! Elles nous apprennent à faire le mélange de terre, eau et bouse de zébu qui va colmater les espaces entre les branchages et isoler très efficacement la maison.

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Cette maison va permettre d’accueillir des voyageurs pour la nuit. Elle a été placée un peu à l’écart du centre du village, pour que chacun conserve son intimité. Auparavant les rares visiteurs dormaient là où je vais m’installer pour la nuit : ma claustrophobie sera mise à l’épreuve…

Mais déjà le bétail est en vue, et l’heure de la traite arrive.

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Je vais dormir dans une hutte traditionnelle, basse et colmatée de partout à l’exception d’un petit trou auquel je vais coller mon nez toute la nuit, car par bonheur il est à hauteur du lit.

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Le lit est une litière de branchages, recouvert d’une couche de fourrage et de peaux de chèvre. Après avoir testé, j’ai décidé que, juste au cas où, on apporterait des matelas la prochaine fois, ou alors il faut vraiment rajouter deux-trois bonnes couches de fourrage!

En dehors du manque d’oxygène et du mal de dos,  j’ai passé une très bonne nuit ! Non, vraiment, sans ironie, il y a quelque chose de magique à dormir de la même façon qu’il y a mille ans, et je pense à ces éleveurs qui, en France, juste avant l’avènement de l’électricité, partageaient la maison et l’âtre avec les troupeaux. L’odeur des herbivores est mon odeur du bonheur! Les bruits des bêtes et leurs petits, juste à côté, les grillons, les hommes qui déroulent la langue Maa au dehors, le feu qui crépite, n’est-ce pas à vivre une fois dans sa vie? « Voir » les Maasais peut être un rêve, mais quand on le vit, on comprend que les autres sens sont bien plus émus: sentir, écouter, toucher « kimaasai » (à la manière Maasai).

A l’aube, en quête d’air frais, je sors de la hutte. Tout est endormi. Et là bas, discret comme parfois la lune peut l’être en pleine journée, un sommet se dessine à l’horizon. C’est le Mawenzi, à 5 149 mètres, qui émerge sur la plaine.

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C’est pas très impressionnant, en photo, comme ça… mais l’amas de nuage à gauche, s’il se déplace, c’est la splendeur du massif entier du Kilimanjaro qui apparaît; combien de fois je retiens mon souffle, combien de fois le sommet du Kibo joue à cache cache, surgit furtivement, disparaît à nouveau, par dessus, par dessous les strates cotonneuses!

Et nous voilà comme des anglais, à boire le thé au lait et les petits biscuits en parlant de nos cultures. Laizer me demande pourquoi les femmes mettent des pantalons. Je réponds que c’est pratique, et correspond à notre époque; qu’il y a longtemps, les hommes portaient des robes, comme ici, j’explique les Romains, Laizer explique ses traditions. Il pensent que les jeunes doivent avoir le choix, et soutient autant les gosses qui souhaitent faire des études que ceux qui restent à la vie pastorale.

Si je veux aller au marché Maasai? Evidemment!

Laizer prend mon appareil photo, qu’il gardera dans sa main ballante, mitraillant tous les recoins du marché sans aucun intérêt pour le cadrage et le niveau de l’horizon. Je poste ici celles qui par hasard, sont réussies!

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Voilà un étal qui m’a fait grande impression: la médecine naturelle des Maasai ! Bien entendu j’ai demandé « c’est quoi ça? » pour la moindre poudre, épice, racine, herbe que ces petits sacs contenaient. Le vendeur est resté très patient malgré nos efforts interminables pour traduire un nom Maasai en swahili puis en anglais puis en français. J’ai bien entendu tout oublié depuis.  J’ai fini par acheter une poudre de racine de je ne sais plus quoi ( sijui en swahili ^^) contre le rhume, et … une bouse d’éléphant séchée. Enfin, de l’herbe digérée quoi. C’était le premier contact, depuis j’en ai fumé aussi, qui sait quand j’en mangerai !

Plus tard dans le séjour, à Babati, un gros rhume m’a terrassée toute une journée: le soir, trois cuillers de cette poudre (un goût de… terre au piment…) , une inhalation de caca d’éléphant, et tout est parti en une nuit. Je vous en ramène la prochaine fois? (Bon par contre je vais éviter de l’acheter car on en trouve par terre,  quand même ! )

Réflexions sur le tourisme culturel

J’ai décidé que j’inciterai les gens à passer la nuit chez les Maasai.  Parfois on m’avoue une crainte tout à fait défendable: « On ne veut pas aller dans les pièges à touristes » . Mis à part quelques villages du bord de la route en allant au Serengeti,  qui sont connus pour être des reconstitutions, un peu comme nos écomusées, on a peu de chance d’être déçu d’une visite aux Maasai, à condition d’éviter les visites éclairs bien entendu. Inutile de réfréner notre curiosité ou de craindre d’offenser ce peuple qui a un grand sens de l’humour et peu de sujets tabous.

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Bien entendu, si l’on sent que les villageois font des démonstrations à contre cœur, s’ils ont une mine contrariée, il peut y avoir un problème, mais dans ce cas, je suggère de leur parler. Rien n’empêche de leur dire qu’on ne peut pas apprécier qu’ils fassent quoi que ce soit de manière forcée. Cela m’est arrivé chez les Hadzabe. J’étais indignée qu’un grand père qui avait manifestement mal à une jambe participe à la danse. Je l’ai dit, il m’a remerciée, s’est arrêté,  et j’ai décidé de ne plus jamais envoyer de voyageurs chez les Hadzabe. C’est très différent pour eux. Ils ne connaissent que très peu le monde qui les entoure, ils ne croient pas que tout change, alors qu’ils sont anéantis par le tourisme forcé. Les Maasai, aujourd’hui, proposent du tourisme culturel de leur plein gré. Si on a des doutes, pourquoi ne pas se renseigner: combien gagne le village sur votre visite? Combien pour l’agence? Est-ce équitable? Poser ces questions, après tout, c’est s’enquérir du bien être de nos hôtes.

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Bienvenue chez les authentiques Maasai de 2017 !

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