J 1-2: Nairobi, condensé d’émotions

Daphné Sheldrick

En arrivant au Kenya je retrouve Stanlee, mon ami Tanzanien qui m’a accueilli lors de mon premier voyage il y a six ans et qui m’a présenté la première agence avec qui j’ai travaillé. Celui qui n’a pas lâché ma main quand mon père est décédé. Nous allons faire un road trip d’un mois ensemble à la recherche de nouveaux partenaires et de nouveaux lieux hors des sentiers battus à intégrer aux circuits de Tumbili.

En commençant par Nairobi. Je les avais oublié et les retrouve avec émotion: les grands marabouts perchés sur les arbres le long des grandes avenues.

Après une rencontre très intéressante avec les membres de KECOBAT, le Kenyan Community Based Tourism, autrement dit le programme de tourisme solidaire du Kenya, Leboo, notre partenaire au Kenya, nous conduit à la fondation David Sheldrick pour la visite de l’orphelinat des éléphants.

J’avoue, je suis submergée par l’émotion. J’ai apporté un livre pour ce voyage comme pour chacun des précédents (Out of Africa pour le premier en 2011). Cette année c’est « Une histoire d’amour africaine », soit l’autobiographie de Daphné Sheldrick, qui a fondé avec son mari David (lui-même fondateur du parc national de Tsavo) cet orphelinat pour éléphanteaux et petits rhinocéros. Vous l’avez peut-être déjà vue dans un documentaire très connu, où l’on voit les éléphants jouer au foot autour de cette vieille et noble dame.

 Les Keepers, les gardiens sont en place avec la cargaison de biberon et les petits ne sont pas longs à arriver. C’est un lait très spécial, bourré de vitamines pour remplacer celui de la maman. Les éléphants de moins de deux ans sont condamnés s’ils n’ont plus le lait maternel. Tous ces petits sont en deuil, et comme on le sait aujourd’hui, ce sont des êtres à la mémoire fabuleuse, les évènements tragiques les traumatisent particulièrement.

Quelques bousculades plus tard, ils ont bu leur biberon et un gardien prend un micro pour nous présenter la fondation et chacun des petits. Ils s’approchent de nous et se baignent dans le bassin central. On voit bien certaines blessures, comme celui-ci dont la trompe cicatrise lentement.

Certains sont blessés par des hommes lors de conflits homme-animaux liés à l’exploitation du sol et le partage du territoire, certains tombent dans des puits creusés très profonds par l’homme pour trouver de l’eau, certains sont victimes du braconnage et ont perdu tous leurs parents.

L’orphelinat n’est ouvert au public que de 11h à midi chaque jour. On peut parrainer un éléphant et avoir le privilège de venir le voir à un autre moment sur rendez-vous en groupe restreint.

C’est frappant de voir la douceur des gardiens, le respect qu’ils ont pour leurs protégés est palpable. C’est un très beau moment d’assister à ces relations privilégiées. Un jour pourtant, les petits seront prêts à être relâchés dans la nature, et malgré la tristesse de la séparation, les gardiens seront heureux d’avoir sauvé et réhabilité leur grand ami de la savane.

Chez Laizer

Au travail !

J’aimerais vous parler de Laizer, le chef Maasai d’une grande boma (village). Il vit dans un enkang (ensemble d’habitations traditionnelles ceint par une clôture d’arbustes épineux) à l’est de l’aéroport, c’est le début de la grande steppe Maasai qui s’étend au sud jusqu’à Dodoma. Une terre très aride où les femmes font des kilomètres pour aller chercher de l’eau au puits, et d’où il faut partir en transhumance les mois les plus secs pour emmener les troupeaux paître l’herbe tendre des terres de l’ouest.

Laizer a décidé d’ouvrir son village au tourisme culturel afin de soutenir l’économie de la communauté, financer les formations des jeunes qui souhaitent poursuivre leur scolarité, développer l’élevage, aider aux frais médicaux des familles. A peine arrivés nous voyons les femmes occupées à la construction d’une maison pour les hôtes. Au boulot! Elles nous apprennent à faire le mélange de terre, eau et bouse de zébu qui va colmater les espaces entre les branchages et isoler très efficacement la maison.

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Cette maison va permettre d’accueillir des voyageurs pour la nuit. Elle a été placée un peu à l’écart du centre du village, pour que chacun conserve son intimité. Auparavant les rares visiteurs dormaient là où je vais m’installer pour la nuit : ma claustrophobie sera mise à l’épreuve…

Mais déjà le bétail est en vue, et l’heure de la traite arrive.

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Je vais dormir dans une hutte traditionnelle, basse et colmatée de partout à l’exception d’un petit trou auquel je vais coller mon nez toute la nuit, car par bonheur il est à hauteur du lit.

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Le lit est une litière de branchages, recouvert d’une couche de fourrage et de peaux de chèvre. Après avoir testé, j’ai décidé que, juste au cas où, on apporterait des matelas la prochaine fois, ou alors il faut vraiment rajouter deux-trois bonnes couches de fourrage!

En dehors du manque d’oxygène et du mal de dos,  j’ai passé une très bonne nuit ! Non, vraiment, sans ironie, il y a quelque chose de magique à dormir de la même façon qu’il y a mille ans, et je pense à ces éleveurs qui, en France, juste avant l’avènement de l’électricité, partageaient la maison et l’âtre avec les troupeaux. L’odeur des herbivores est mon odeur du bonheur! Les bruits des bêtes et leurs petits, juste à côté, les grillons, les hommes qui déroulent la langue Maa au dehors, le feu qui crépite, n’est-ce pas à vivre une fois dans sa vie? « Voir » les Maasais peut être un rêve, mais quand on le vit, on comprend que les autres sens sont bien plus émus: sentir, écouter, toucher « kimaasai » (à la manière Maasai).

A l’aube, en quête d’air frais, je sors de la hutte. Tout est endormi. Et là bas, discret comme parfois la lune peut l’être en pleine journée, un sommet se dessine à l’horizon. C’est le Mawenzi, à 5 149 mètres, qui émerge sur la plaine.

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C’est pas très impressionnant, en photo, comme ça… mais l’amas de nuage à gauche, s’il se déplace, c’est la splendeur du massif entier du Kilimanjaro qui apparaît; combien de fois je retiens mon souffle, combien de fois le sommet du Kibo joue à cache cache, surgit furtivement, disparaît à nouveau, par dessus, par dessous les strates cotonneuses!

Et nous voilà comme des anglais, à boire le thé au lait et les petits biscuits en parlant de nos cultures. Laizer me demande pourquoi les femmes mettent des pantalons. Je réponds que c’est pratique, et correspond à notre époque; qu’il y a longtemps, les hommes portaient des robes, comme ici, j’explique les Romains, Laizer explique ses traditions. Il pensent que les jeunes doivent avoir le choix, et soutient autant les gosses qui souhaitent faire des études que ceux qui restent à la vie pastorale.

Si je veux aller au marché Maasai? Evidemment!

Laizer prend mon appareil photo, qu’il gardera dans sa main ballante, mitraillant tous les recoins du marché sans aucun intérêt pour le cadrage et le niveau de l’horizon. Je poste ici celles qui par hasard, sont réussies!

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Voilà un étal qui m’a fait grande impression: la médecine naturelle des Maasai ! Bien entendu j’ai demandé « c’est quoi ça? » pour la moindre poudre, épice, racine, herbe que ces petits sacs contenaient. Le vendeur est resté très patient malgré nos efforts interminables pour traduire un nom Maasai en swahili puis en anglais puis en français. J’ai bien entendu tout oublié depuis.  J’ai fini par acheter une poudre de racine de je ne sais plus quoi ( sijui en swahili ^^) contre le rhume, et … une bouse d’éléphant séchée. Enfin, de l’herbe digérée quoi. C’était le premier contact, depuis j’en ai fumé aussi, qui sait quand j’en mangerai !

Plus tard dans le séjour, à Babati, un gros rhume m’a terrassée toute une journée: le soir, trois cuillers de cette poudre (un goût de… terre au piment…) , une inhalation de caca d’éléphant, et tout est parti en une nuit. Je vous en ramène la prochaine fois? (Bon par contre je vais éviter de l’acheter car on en trouve par terre,  quand même ! )

Réflexions sur le tourisme culturel

J’ai décidé que j’inciterai les gens à passer la nuit chez les Maasai.  Parfois on m’avoue une crainte tout à fait défendable: « On ne veut pas aller dans les pièges à touristes » . Mis à part quelques villages du bord de la route en allant au Serengeti,  qui sont connus pour être des reconstitutions, un peu comme nos écomusées, on a peu de chance d’être déçu d’une visite aux Maasai, à condition d’éviter les visites éclairs bien entendu. Inutile de réfréner notre curiosité ou de craindre d’offenser ce peuple qui a un grand sens de l’humour et peu de sujets tabous.

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Bien entendu, si l’on sent que les villageois font des démonstrations à contre cœur, s’ils ont une mine contrariée, il peut y avoir un problème, mais dans ce cas, je suggère de leur parler. Rien n’empêche de leur dire qu’on ne peut pas apprécier qu’ils fassent quoi que ce soit de manière forcée. Cela m’est arrivé chez les Hadzabe. J’étais indignée qu’un grand père qui avait manifestement mal à une jambe participe à la danse. Je l’ai dit, il m’a remerciée, s’est arrêté,  et j’ai décidé de ne plus jamais envoyer de voyageurs chez les Hadzabe. C’est très différent pour eux. Ils ne connaissent que très peu le monde qui les entoure, ils ne croient pas que tout change, alors qu’ils sont anéantis par le tourisme forcé. Les Maasai, aujourd’hui, proposent du tourisme culturel de leur plein gré. Si on a des doutes, pourquoi ne pas se renseigner: combien gagne le village sur votre visite? Combien pour l’agence? Est-ce équitable? Poser ces questions, après tout, c’est s’enquérir du bien être de nos hôtes.

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Bienvenue chez les authentiques Maasai de 2017 !

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La Tanzanie change la vie!

Développer le voyage solidaire

C’est toute ma vie professionnelle qui a été bouleversée par ce pays. En recommandant d’abord mes rencontres tanzaniennes à des gens de mon entourage, puis à des lecteurs de mon blog, j’ai découvert avec surprise que j’étais faite pour organiser, conseiller, repérer, prospecter, sélectionner, et développer une activité autour du voyage avec des valeurs solidaires et équitables. J’ai acquis l’expertise du terrain, que ce soit de la connaissance des itinéraires, des saisons, de la faune sauvage, des ethnies, de la culture swahilie, mais aussi la connaissance approfondie du fonctionnement des agences de voyage locales, les tarifs pratiqués, les relations entre tous les acteurs du tourisme, les dérives du tourisme de masse, et la manière de rétablir l’équilibre, en circuit court,  dans un objectif de tourisme durable.

En neuf ans j’ai aidé des petites agences locales à avoir une visibilité parmi les voyageurs francophones, grâce aux bons commentaires des clients à leur retour, sur les forums des guides touristiques.

Avec les chauffeurs de Osiwoo Safaris

Chaque année depuis neuf ans, je suis retournée en Tanzanie pour développer cette activité et accomplir les missions listées ci-dessous:

  • accompagner un groupe sur un séjour aventure
  • travailler avec mes partenaires locaux Osiwoo Safaris et Amo Zanzibar Tours
  • assurer un suivi des projets que l’on soutient tels que le village d’Alais et les enfants des rues de Moshi (cf. ci-dessous)
  • visiter des hôtels, contrôler leur qualité, rencontrer de nouveaux managers
  • tester des prestations, activités, repérer de nouveaux territoires
  • s’immerger dans la culture swahilie pour de meilleures relations inter culturelles
  • se réunir avec les guides francophones et les chauffeurs pour le bilan annuel

En 2016 notre association de voyage solidaire a vu le jour, TUMBILI.

Banderole Finale

Tumbili, expertise et solidarité

Mon objectif est de promouvoir le voyage utile, en soutenant des initiatives locales en Tanzanie et à Zanzibar. J’ai rencontré des acteurs locaux du changement, que ce soit dans le domaine de l’éducation, l’environnement, la santé ou la conservation animale. De petites associations créées par des natifs ou habitants du pays méritent qu’on les mette en lumière!

Pour exemple, voici Morgan.

Morgan et un de ses protégés

Il est né à Moshi, et a été placé d’orphelinats en familles d’accueil jusqu’à un âge où il a pu se prendre en charge. Son expérience lui a soufflé la vocation d’accompagner les enfants qui subissent la même situation: il a créé une association, « Pamoja Tunaweza Boys and Girls Club », qui signifie « Ensemble on peut », pour aller à la rencontre des enfants qui vivent dans les rues de Moshi.

Etre présent, et attentif à leur évolution et les dérives possibles, prodiguer des coseils sur l’hygiène, la sécurité, organiser des ateliers de création artisanales recyclées à partir d’objets de récupération afin de leur permettre de générer de petits revenus, Morgan a fort à faire chaque jour et l’argent que nous apportons permet le fonctionnement de l’association et le développement de projets importants pour les enfants.  Voyez notre collecte la cantine des gosses de Moshi !

Le tournoi de foot annuel

Tumbili propose aux voyageurs de visiter les villages et projets que nous soutenons, afin de les financer directement et témoigner de leur développement.

La démarche a intéressé un prospecteur du Petit Futé, Jean Marc, qui est allé tester les services des agences locales lors d’une tournée en Tanzanie: et hop! Tumbili est référencé ici !

Ceci dit, il est temps de relater la fin du merveilleux voyage de mai 2017, qui a suscité une profonde réflexion chez tous les collaborateurs de Tumbili et Hotsun, et a donné le jour à une nouvelle entreprise solidaire au pied du Mont Kilimanjaro: Osiwoo Safaris.

Il est à parier que bientôt ce nom sera connu du voyageur francophone, car il est l’étendard d’une équipe expérimentée, dynamique et engagée dans le soutien aux communautés locales.

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La forêt de Jozani et le centre des papillons de Pete

Une espèce endémique

Rien ne m’excite plus que de savoir que je vais voir une espèce qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Même si ce n’est qu’une sous espèce. Les colobes bai de Kirk, ou colobes roux de Zanzibar, sont appelés par les habitants « singes poison » (kima punju). Cela viendrait de leur odeur, mais a fait dériver les croyances et l’on raconte à tort qu’ils tuent les arbres sur lesquels ils vivent. Ils ont été tués à cause de cette histoire, mais aujourd’hui ils sont protégés dans le parc national de Chwaka Bay et notamment la forêt de Jozani.

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Les singes sont parfois loin dans la forêt, parfois au bord de la route. Les voitures ralentissent pour les regarder traverser, mais il est interdit de s’arrêter prendre des photos sans régler les droits d’entrée qui vont à la conservation de l’espèce.

On se rend d’abord au guichet où l’on peut se documenter à l’aide de quelques panneaux explicatifs, puis le guide nous emmène dans la forêt. Généralement il n’y a rien à craindre, mais nous avons fait une rencontre venimeuse!

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Les colobes sont dans la forêt. Ils sont magnifiques, avec leur nez rose et leur pelage hirsute. Ils n’ont pas peur des visiteurs. Je les observe longtemps, face à face entre primates…

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Il existe d’autre colobes roux, par exemple dans le Parc National des Udzungwa Mountains, on peut trouver la sous espèce d’Iringa. Ils n’ont pas ce panache blanc autour de la tête.

Nous allons ensuite visiter la mangrove un peu plus loin, avec force d’explications sur cet étonnant écosystème.

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Pour le déjeuner, une mama locale nous a préparé un plat typique de Zanzibar, du poisson en sauce aux épices, riz pilau, cortège habituel de fruits et chapati. Hmmm!

Un cercopithèque diadème ou singe bleu

Un cercopithèque diadème ou singe bleu

Il reste à visiter le centre d’élevage de chenilles au village de Pete. Rien de spectaculaire car les papillons sont de tailles et de couleurs tout à fait ordinaire, mais l’initiative vaut le détour si on le combine avec Jozani. Afin de commencer à préserver la forêt que les habitants exploitaient sans mesure, il a fallu donner une autre source de revenus aux villageois. On leur a donc proposé d’élever des papillons et d’en faire un centre touristique. Les habitants, et habitantes, car c’est une activité qui promeut aussi le travail des femmes, se chargent de nourrir les chenilles, récolter les cocons et les ramener au centre pour l’éclosion.

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J21 – Le Safari Blue

Une excursion en boutre traditionnel

C’est marée basse. Les bateaux sont amarrés, les pêcheurs qui ont travaillé toute la nuit doivent dormir à présent. La plage est déserte , mis à part quelques enfants  qui jouent avec des pierres de corail mort. J’en profite pour observer la petite faune aquatique qui fait des bulles.

observer les bêbêtes, une passion...

observer les bêbêtes, une passion…

Le boutre du Safari Blue est amarré où l’eau a un peu de profondeur, c’est donc à nous de s’en approcher et l’équipage nous aide à monter à bord. Toujours penser à prendre son maillot pour pouvoir enlever le bas: on a de l’eau jusqu’à mi cuisse!

Pour partir, le capitaine allume le moteur, mais au moment où nous apercevons les nageoires de trois dauphins, il le coupe et nous attendons leur réapparition en silence. Méditations sur l’immensité de l’océan, exclamations de ravissement…

Après une demi heure de balade, nous arrivons à un petit lagon fait de pierre de corail et d’arbres à mangrove. Se baigner dans une eau si claire et turquoise, quel bonheur.

entrée du lagon

entrée du lagon

L’appétit ouvert, nous partons déjeuner sur une île déserte où les cuisiniers du Safari Blue attendent tout sourire derrière des barbecues : brochettes de poisson frais, calamars, riz et dégustation de tous les fruits existant sur l’île.

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Après le repas, on a droit à un baptème de Ngalawa, une pirogue traditionnelle à balancier, creusée dans un tronc de manguier.

le ngalawa

le ngalawa

Enfin, un retour en douceur, la voile déployée et pour seule musique le vent et les flots… au crépuscule, s’engouffrer dans les petits bras tentaculaires de Stone Town, au son du muezzin et des rires des habitants qui ont fini leur journée. Tandis que les pêcheurs, eux, se réveillent…

 

J 20 – Stone Town et Prison Island

Prison Island

Nous voilà donc vraiment en vacances! Tels les rédacteurs pionniers du guide du Routard, nous négocions les tarifs pour tester le maximum de prestations en quelques jours. A commencer par l’île de Changuu, qu’on appelle Prison Island. C’est ici qu’un esclavagiste arabe gardait les esclaves rebelles afin qu’ils ne puissent pas s’échapper. En 1820, le sultan Saïd a rapporté des tortues des Seychelles et depuis elles vivent une vie tranquille parmi quelques paons. La plus âgée a 196 ans… calculez, elle a connu le sultan!

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Grattez la sous le cou, elle se lèvera!

Grattez la sous le cou, elle se lèvera!

Les tortues sont la seule attraction de l’île, il ne faut pas s’attendre à autre chose. Ill y a un hôtel-restaurant sur l’île, mais impossible de savoir s’il est parfois ouvert… Avant le retour, on peut se baigner sur la plage déserte.

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Le retour au port de Stone Town est toujours un bonheur, grâce à la merveille architecturale qu’est le Tembo Hotel, avec ses vitraux colorés et sa terrasse de manguiers.

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Tembo Hotel

Tembo Hotel

Faire un voyage de repérage, c’est bien sûr avoir la chance de tester les prestations, mais vous n’imaginez pas le nombre d’hôtels visités chaque jour, de managers rencontrés, de kilomètres parcourus au pas de course. C’est quand même du boulot! J’ai une belle collection de photographies de chambres d’hôtel, toutes sont annotées selon des critères rigoureux: accueil, service, confort, etc. Les employés qui m’ouvrent les chambres essaient de réprimer leur gêne lorsque je teste la qualité des matelas…Je vous fais visiter le Tembo Hotel?

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On peut parfaitement juste venir y prendre un verre, ce que je ne me prive pas de faire. Ce carrelage en damier me plaît vraiment, et près du bar les ventilateurs tournent langoureusement. A Stone Town, il y a quelques magnifiques « palaces » , et le Tembo est l’un des moins chers. 125 USD $ la chambre double, c’est correct non?

J 19 – Stone Town – arrivée au port

Aller à Zanzibar

Après quelques jours de repos bien mérité à Moshi, nous partons à la découverte de Zanzibar. Un petit point sur le trajet pour s’y rendre.

Il existe plusieurs manières de faire Arusha-Zanzibar, ou Moshi-Zanzibar:

– la voiture privée: que ce soit par une agence ou en louant un véhicule, c’est vraiment trop cher. Il y a 550km, et le prix de l’essence ne cessant d’augmenter, avec un pic cet été 2015, on ne peut pas s’en sortir à moins de 700 USD $. Alors à moins d’être au moins 5 dans un véhicule, c’est plus cher que le vol domestique, puisqu’il faudra encore ajouter le ferry.

– l’avion: le vol interne Arusha-Zanzibar se situe entre 200 et 250 USD $ par personne. 1h30 de vol, c’est le plus agréable si on a peu de temps pour profiter du séjour.

– le bus express: c’est le moyen de transport le plus économique. On compte environ 35 USD $ par personne. On arrive à la gare routière de Dar es Salaam en… 11h. Franchement pas recommandé. De là il faut rejoindre le port pour prendre le ferry. Un taxi est négociable pour environ 20 USD $, puis la traversée en ferry est à 40 USD $ par personne. Un conseil: réserver ses billets un jour avant, par une agence, car les gares routières sont vraiment dures pour les nerfs. Tout le monde essaie de faire son beurre sur les tickets, on est assaillis par les revendeurs, idem pour le port. Ne pas demander de renseignements pour éviter d’être mal dirigé ou arnaqué sur le prix des billets.

On prend donc le bus à Moshi à 6h du matin, mieux vaut se coucher tôt la veille! J’ai déjà fait ce trajet et je n’ai pas un bon souvenir de la qualité des bus, mais cette fois on a de la chance, les fenêtres ne sont pas bloquées en position ouverte ou fermée… le bus est de bon standing.

Paysages - Maison Nengereko

Paysages – Maison Nengereko

Dans le bus

Dans le bus

Paysages - maison Zigwa

Paysages – maison Zigwa

sur la route, les vendeurs de fruits

sur la route, les vendeurs de fruits

7h plus tard à Dar, à l’entrée du sas pour embarquer sur le ferry, des ados nous assaillent pour porter nos bagages et se faire quelques dollars. Depuis je me suis souvent disputée avec eux (et j’ai vu des tas de touristes dans des états indescriptibles de colère) car malgré le prix convenu au départ, certains ne sont jamais satisfaits et demandent plus, jusqu’à 10000 Tsh par bagage, pour faire 20 mètres. Ils sont nombreux, les pauvres, et ne vivent que de ça, mais ils finiront par comprendre qu’embêter les gens est le meilleur moyen pour ne rien obtenir. Depuis j’ai appris à repérer les plus corrects, qui se tiennent souvent un peu à l’écart, et sont plus polis.

J’ai toujours aimé prendre le ferry. Le Kilimanjaro II de la compagnie Azam Marine, est moderne et bien entretenu. Le port de Dar s’éloigne, le grand large s’impose. A bord, plus de locaux que de touristes. Certains dorment dans la salle principale, où passe des films de Jackie Chan. D’autres, tout sourire, prennent les embruns sur le pont ou à l’étage. Des îlots isolés font leur apparition. Le nom Zanzibar englobe des dizaines d’îles et peu sont habitées. L’île principale que nous appelons communément Zanzibar a pour nom Unguja. Bientôt, sa capitale Stone Town (appelée aussi Zanzibar Town), se profile à l’horizon. J’ai l’impression d’être dans un autre temps.

Unguja - Stone Town

Unguja – Stone Town

Nous débarquons, accueillis par Khelef, qui va nous héberger dans une maison dont il est propriétaire. La nuit va bientôt tomber, et nous partons pour une promenade aux jardins Forodhani, à 50 mètres du port. Ici, tous les soirs, des étals de nourriture à emporter sont dressés, et les habitants de la cité ont pour habitude d’y faire un tour au milieu des dizaines de chats des rues qui quémandent des restes de dîner.

poulpe et bananes à Forodhani

poulpe et bananes

Khelef

Khelef

les jardins Forodhani

les jardins Forodhani

Un petit voleur bien caché

Un petit voleur bien caché

le palais des merveilles

le palais des merveilles

le vieux fort

le vieux fort

Il règne une quiétude, une langueur que je ne connaissais pas ailleurs. ici on presse le jus de canne, là on prépare la pizza de Zanzibar et son haché menu de légumes frais, les familles s’asseyent sur les murets de pierre et s’amusent à regarder les chats qui se régalent de tout ce qui tombe par terre. On est bien, ici!

Je suis attirée par des exclamations, comme des encouragements du côté du port. C’est le coin des ados. Leur passe-temps préféré au crépuscule, c’est de faire des figures libres pour sauter dans l’eau. On s’amuse beaucoup à les encourager, et pousser des « hoooo » en frémissant de leur témérité. Chaque fois que je reviens depuis, j’aime m’asseoir sur le mur face à leur attroupement, jusqu’à la nuit tombée, et regarder avec beaucoup de tendresse cette innocente battle de jeunes Zanzibari à l’arrogance plus ou moins feinte.

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