J14: Machame-Shira Camp

Changement de décor

Réveil difficile. Des crampes intestinales étranglent mon enthousiasme. Au petit déjeuner, Johnson me lance de grands sourires et des mots encourageants qui me donnent l’élan pour se mettre en route. Je sens que la journée va être difficile.

La lande se fait plus rase, la bruyère arborescente cède le terrain aux immortelles à fleurs blanches et les lobelias font leur apparition.

bouquet d'immortelles

bouquet d’immortelles

lobelia et immortelles

lobelia et immortelles

J’avance lentement et multiplie les arrêts, pliée en deux par des contractions douloureuses; Johnson, patiemment, s’adosse à un rocher en mâchouillant des brins d’herbe. J’avance si lentement que nous observons les trekkeurs nous dépasser, tantôt un marcheur solitaire, tantôt un joyeux groupe aux accents germanique ou américain. Ils nous saluent courtoisement, comme on fait en montagne, et je laisse le soin à mon guide de répondre. En quelques minutes, l’écho des marcheurs disparaît, et je suis seule au monde avec mon guide, dans cette immensité silencieuse. J’ai de sérieux doutes sur le succès de mon entreprise.

Finalement, des récits d’ascension, il en foisonne sur les blogs. Je les ai lus, ils sont tous confiants, enthousiastes, et enfin vainqueurs et ravis. Pourquoi ça ne se passe pas comme ça pour moi? D’abord parce que je ne suis pas une sportive, et la haute montagne ne fait peur. Johnson ose soudain me faire part de sa réflexion:

« Ton mal vient de ta peur.

– Je n’ai pas peur.

– Tu as peur, tu l’as dit toi même. A cause des morts de la semaine dernière. A cause de l’inconnu au-dessus de 3000 mètres. Tu t’inquiètes trop. Ça va bien se passer.

– Qu’est-ce que je dois faire?

– Marche. »

Alors je marche, en essayant de prendre sur moi pour m’arrêter moins souvent. Johnson me fait boire beaucoup. Enfin il annonce la pause déjeuner. Je vois bien qu’il a changé d’attitude. Hier il me demandait régulièrement si j’avais faim, si je souhaitais faire une pause, mais aujourd’hui il prend les décisions sans me consulter. Je sens qu’il me prend en main et cela me soulage.

corvus albicollis

corvus albicollis

Quel silence. C’est en même temps agréable et inquiétant. Malgré leur apparence sinistre, je suis contente de la visite de corbeaux à nuque blanche. J’ai toujours aimé les corvidés. Ils ont l’œil aiguisé des rapaces-rois mais la robe humble de ceux qui préfèrent dissimuler leur intelligence. Leur cri appellent la mélancolie des novembres brumeux dans les champs en repos. Ici ils sont les maîtres, et nous de fragiles organismes bouleversés dans nos habitudes.

Nous sommes à une crête, et le paysage s’étend à n’en plus finir. Je demande à mon guide si notre destination est visible à l’horizon.

« Non, c’est encore derrière. Il faut repartir, pour ne pas arriver à la nuit. »

De ce début d’après midi au coucher du soleil, je n’ai plus de souvenir. Il me semble qu’à un moment, devant la difficulté de la situation, j’ai dû mettre mon esprit en veille, et me contenter de mettre un pas devant l’autre, puis l’autre, puis l’autre. Dernière arrivée au camp, je me suis immédiatement endormie dans la tente déjà montée depuis longtemps par les porteurs qui nous devançaient. Une paire d’heure plus tard, j’ai pu encore échanger quelques histoires avec les porteurs, mais comme l’apparition du sommeil à 3800 mètres est brusque et sans appel!

Au lieu des six heures habituelles pour parcourir la distance entre le Machame et le Shira Camp, j’en ai mis neuf…

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Un regard inquisiteur

Jour 9: La chasse

Lourde perte

Avant de continuer le récit, je dois faire une parenthèse.

Où sont les magnifiques photos d’animaux et de paysages que j’ai ramenés de mon safari? Sur ma carte mémoire de 8 Go qui doit traîner sous une couche de terre entre les toilettes et la porte du Parc du Tarangire.

Le matin du dernier jour, devant la boma des Maasaïs, j’ai changé la carte mémoire qui était pleine. Je l’ai mise dans ma poche en me disant que c’était le meilleur endroit pour la perdre. Puis dans le feu de l’action , je n’y ai plus pensé jusqu’au soir. Je ne l’ai jamais retrouvée. Ally a même téléphoné à la boma, tous les enfants Maasaïs ont cherché pendant des heures autour du village. J’ai dû la perdre plus tard, au Tarangire. Idir a retourné le 4×4. J’ai perdu 500 photos et plans vidéo.

Je ne m’en suis pas encore remise, alors que ceux qui souhaitent de belles photos de safari, aillent donc sur un des innombrables blogs de voyage qui n’accorde au texte qu’une fonction de légende pour les photos hyper nettes parce que l’auteur s’est payé, en plus d’un safari privé, le plus gros zoom qui existe sur le dernier Canon ah non pardon Nikon et gnagnagni et gnagnagna…

On respire… on continue.

J’avais écrit ça au retour, mais depuis, j’y suis retournée trois fois, et sur ce blog il y a de belles photos de safaris parce que à force, on finit par acheter un gros zoom, puis à force, on finit par ne plus prendre de photos et profiter de l’instant 🙂

Full day game drive au Serengeti

Ce matin, on quitte le camp à la fraîche. Il est à peine huit heures, on rencontre immédiatement une petite hyène qui trottine devant nous. Les impalas paissent tranquillement. Les lointains éléphants comme des rochers dans les herbes hautes ressemblent à des statues de dieux de pierre. Un chacal se balade en jappant.

chacal

On longe la rivière Nyamara. Soudain je la vois, à moitié dissimulée dans un plissement de terrain, une lionne aux aguets, à une cinquantaine de mètres d’un groupe de gazelles de Grant. Je dis au chauffeur:

« Simba moja, tizama hapo chini… -Wapi? -Hapo pale, kulia! »

« Un lion, regarde là en-bas… – Où? – Là-bas, à droite! »

Idir ralentit et tout le monde aperçoit la lionne. Je suis un peu fière de l’avoir vue en premier, avant les guides. Mais bon, j’étais debout et depuis le toit ouvrant, on a plus de champ de vision que sur les sièges avant…

Plus loin, de l’autre côté de la rivière, deux autres femelles marchent dans la direction opposée. Il semblerait qu’elles chassaient à trois, puis ayant l’opportunité de se rapprocher des gazelles grâce à un vent favorable, notre lionne s’est séparée des autres. Plus difficile d’attraper une proie toute seule!

Nous allons assister à une approche de près d’une demi-heure. Les gazelles partent de l’autre côté de la route, perturbées par la drôle d’atmosphère qui règne. Seule une petite écervelée, trop préoccupée à déjeuner, ne s’aperçoit pas de son isolement. La lionne, ventre à terre, par petites touches, se rapproche, alternant quelques pas et position couchée. A la fin, elle est à moins de trois mètres. Elle n’a plus qu’à bondir. Soudain, les gazelles, de l’autre côté de la route, appelle leur petite sœur: le vent a tourné, elles ont clairement senti le danger. En une seconde, la petite gazelle a rejoint ses troupes, la lionne a bondit mais trop tard, et après quelques enjambées, elle abandonne. Seule, son succès n’est pas garanti. Mieux vaut garder son énergie et retrouver les autres lionnes pour être plus efficace.

Nous sommes très heureux d’avoir pu voir une scène de chasse, d’autant plus que la gazelle est sauve! J’espère que les lionnes trouveront à manger, mais je préfère qu’elles ne tuent pas sous mes petits yeux sensibles…

La journée a été belle, les hippopotames et les girafes nombreux. Nous avons pu suivre la démarche ondulée d’un léopard solitaire jusqu’à son refuge dans un arbre. Le soir au camp, les spréos envahissent les branches au coucher du soleil.

Cette nuit, on entend les lions au loin, de toutes parts. D’habitude, chez moi, c’est plutôt les chouettes ou les grenouilles, parfois un chat… ça fait drôle ce son lointain; c’est très émouvant. Soudain un ricanement, puis deux, trois, juste à côté de ma tente. Je suis près de la cuisine. Donc des poubelles. A moins de dix mètres de moi, les hyènes se mettent à renverser des bidons, se battre brièvement, couiner quand elles sont soumises, et ricaner encore de ce petit bruit propre à leur espèce. Je crève d’envie de passer la tête dehors, mais c’est trop dangereux.

Je crois que je me suis endormie en souriant…

Jour 7: le départ en safari

Le Parc du Lac Manyara

Le chauffeur, Idir, charge les vivres sur le toit. Suleiman, notre cuisinier, est parti chercher les lunch box pour midi. Ally vérifie le nombre de paires de jumelles, les papiers du véhicule. Les Allemandes avec qui je vais partager le 4×4, Verena et Linda sont souriantes et calmes. Comment font-elles? Je suis surexcitée, difficile de ne pas le montrer!

Partir de Moshi a un avantage considérable si le temps est clair: On commence le voyage avec une vue splendide sur le Kilimanjaro. J’ai du mal à en détacher le regard, il est là, enfin, nu, sans même sa petite couronne de nuages, très net pour une fois. C’est une merveille du monde.

A Arusha, c’est le Mont Meru qui domine, mais nous le quittons sans regret car la route de Babati s’ouvre à nous, et cette fois, pas pour aller à Ndareda, mais bien pour pénétrer dans les parcs nationaux.

Après 3h30 de route nous entrons dans le Parc du Lac Manyara. La forêt est dense, on scrute à travers les arbres. Les mouches tsé-tsé ne se font pas prier. On ne sait pas à quoi s’attendre finalement. Est-ce que l’on ne va pouvoir apercevoir que des animaux de très loin? Soudain le chauffeur ralentit… un petit dik-dik immobile à la lisière du bois retient son souffle. Ca y est, c’est notre première rencontre avec un animal sauvage d’Afrique de l’est!

On s’attend à ce rythme pour la suite: quinze minutes à scruter, puis un animal caché derrière un arbre. Mais on réalise qu’il n’y a pas de règle quand un éléphant casse une branche bruyamment à 10 mètres de nous et sort de la forêt en direction de la savane. Surprise! Un petit surgit lui aussi et rattrape sa maman. Les premiers éléphants, on les suit doucement, et on les regarde longtemps…

culd'éléphant

Cet après midi au Lac Manyara, nous voyons des zèbres, gnous, gazelles, buffles, des éléphants, girafes, phacochères. Quelle joie à chaque nouvelle espèce! Il y a un endroit où l’on peut descendre du véhicule pour se dégourdir les jambes en observant aux jumelles les milliers d’oiseaux du lac. Pélicans, flamands, ibis, cigognes, grues, marabouts, il paraît que 400 espèces y cohabitent.

Vers 17h30, il faut sortir du parc; les règles du TANAPA (Tanzanian National Parcs) sont très strictes. Les voyageurs doivent être à l’hôtel avant la nuit, et celle-ci tombe tôt!

Nous passons la soirée au dans un petit hotel de Mto wa Mbu. Notre cuisinier nous fait un repas excellent, et nous sert à table avec une grande classe, en annonçant le menu, puis en présentant chaque plat qu’il amène.

Trop fatigués pour profiter de la piscine, je m’endors en rêvant à nos futures rencontres… les lions n’étaient pas au rendez-vous aujourd’hui, mais sur cinq jours, j’ai bon espoir…

Jour 2 – Dar Es Salaam

Réveil difficile

Je crois bien qu’on a discuté jusqu’à cinq heures du matin, et la femme de ménage a déjà chercher à entrer plusieurs fois dans la chambre. On va prendre le petit déjeuner dans le bâtiment en face, chapatis et thé au lait. Mal réveillée, le cerveau lent, je ne parviens pas à répondre aux salutations en swahili. En un an, je n’ai pas été plus loin que la leçon 20 de la méthode Assimile, je ne me sens pas très fière…

Le programme: une journée à Dar avant de rentrer à Moshi demain matin. Comme on est très fatigués, on décide de seulement flâner au centre ville. Mais avant tout, je dois voir pour la première fois de ma vie… l’océan Indien!

A l’arrêt de bus

A l’arrêt de bus, j’essaie de réaliser et de réveiller mes sens: je suis en Tanzanie, pour un mois, je vois la terre, les gens habillés de couleurs vives, les charrettes écrasées de fournitures,  j’entends le swahili,  l’anglais,  l’arabe, les camions, les vendeurs qui crient; je sens le maïs grillé, la poussière, les gaz d’échappement, la transpiration des gens qui se bousculent pour monter dans les bus. Il y a quelque chose d’ étranger et en même temps d’extrêmement familier.

Dans le dala dala

Ally me fait monter à l’avant du dala dala et discute avec le chauffeur. Dans les semaines suivantes, je remarquerai que le sujet de prédilection avec les chauffeurs de bus ou de taxi, c’est la politique du gouvernement actuel, la corruption, et la nostalgie du « père de la nation », Julius Nyerere. Ally m’assure que de son temps, Nyerere se déplaçait dans le bush pour régler les conflits des villageois, et qu’il avait une ligne téléphonique pour les Tanzaniens.

Je m’imagine téléphoner à Sarkozy: « Oui bonjour, j’ai un problème avec mon proprio, il ne veut pas faire les travaux, et au fait, j’aime pas votre politique d’immigration, on peut en discuter au café de mon village? »

Ocean Road

Arrivés au port, Ally me montre où se prend le ferry pour Zanzibar. J’évoque les catastrophes récentes: après le Spice Islander en 2011, le MV  Skagit a fait naufrage en juillet, en tout 350 morts, le pays endeuillé, le ministre des transports qui a démissionné… Ally accuse les propriétaires de compagnie maritime, qui pour faire plus de profit, utilisent des bateaux qui selon la loi ne devraient plus circuler depuis des années. De plus, ils sont surchargés, alors la moindre intempérie peut être fatale.

Je sais depuis qu’il faut envoyer les voyageurs uniquement sur les « Kilimanjaro I, II, III, IV, V » (voir site). Les catamarans d’Azam Marine sont bien entretenus et recommandés par l’ambassade.

Nous longeons le port jusqu’à Ocean Road, et là je vois enfin l’océan Indien. Le long de la route, des vendeurs de noix de coco somnolent à l’ombre. Si je veux goûter? Et comment!

Au-delà, c’est Zanzibar!

Alors c’est comme ça que ça s’ouvre? Pas de marteau? Juste un coutelas de guerrier Maassaï super aiguisé, que si le vendeur il t’aime pas, il t’égorge?

Mmmh!

D’abord on boit le lait, puis le monsieur vous tend des petits bouts de chair blanche. Ça a le goût de la coco, mais la texture du calamar! Je suis contente, je ne connaissais que la chair dure qu’on peut râper.

A l’ombre

On se promène le long de la plage. Il y a des coquillages que je n’avais vus que dans les magasins du bord de mer en France. Apparemment, ce n’est rien à côté de ceux de Zanzibar. Mais ça, c’est dans trois semaines.

Je n’ai pas vu grand chose de Dar es Salaam, il paraît qu’il y a de magnifiques endroits pour la plongée. Là encore, il faudra revenir!

Mais demain, on se lève à cinq heures: on a une journée de bus pour gagner Moshi. A bientôt, l’océan, tutaonana tena!

Jours 23-25 et aujourd’hui

Jour funeste

Le 8 juillet au matin, j’ai remis ma carte sim française dans mon téléphone, pour passer un petit coup de fil à ma mère pour son anniversaire. C’est ainsi que j’ai appris le décès de mon père dans la nuit du 6 au 7. Avant d’être rapatriée, j’ai pu passer un peu de temps avec Stanley qui m’a soutenue dans ce moment difficile. C’était en juillet 2011 et à ce jour, Stanley est devenu plus que mon meilleur ami.

Nouveau départ

La première année avant d’y retourner une deuxième fois,  j’ai envoyé une dizaine de personnes en safari ou faire l’ascension du Kilimanjaro auprès de l’agence locale. Ils sont tous revenus enchantés des prestations de l’équipe d’Ally.  Puis est venu mon tour.

Voici donc un nouveau récit de voyage, agrémenté de photos beaucoup moins merdiques (on peut le dire!) que les précédentes. En 2012, j’ai enfin vu (et plus que vu d’ailleurs, je l’ai senti passer ! )le Kilimanjaro, les lions, et la magnifique île de Zanzibar.

N’hésitez pas à poster un commentaire ou faire suivre le lien.

En route pour de nouvelles aventures !

Tutaonana tena (à bientôt)

Jours 19-22: Une rencontre décisive

Une vie locale

Pendant quatre jours, chaque matin, Stanley m’accompagne en ville. Tandis qu’il part au travail, je vais écrire en buvant du café kenyan dans une cour intérieure de salon de thé.

mon café matinal

J’y rencontre toute sorte de gens. Des touristes, des européens installés, des guides de safari, mais finalement, tous ont un rapport avec le safari. A plusieurs reprises, des directeurs d’agence locale me demandent si je ne veux pas travailler avec eux. Ils m’expliquent qu’étant anglophones, il n’ont pas accès à la clientèle francophone, et souhaitent s’y étendre. Je commence à y penser sérieusement, surtout quand en échange on me propose de m’emmener en safari pour rien quand je reviendrai l’année prochaine. Mais je n’ai pas de ressenti assez bon avec toutes ces personnes. Stanley me présente un ami, Ally,  qui a une agence locale  et nous discutons longuement d’une éventuelle collaboration. Il me propose alors de me joindre à un groupe pour partir en safari dans quelques jours. Pour voir. A un prix ridicule. Je n’ose y croire. Pour moi, c’est un bon critère pour travailler avec lui; ça signifie qu’il n’est pas seulement intéressé par ce que je peux apporter mais qu’il est prêt à donner en échange. Nous en reparlerons bientôt.

Chaque après-midi, je me rends au Mkombozi Center. Le premier jour, je rencontre la directrice du centre qui me demande de faire cours aux jeunes filles le temps que je reste à Moshi. Pourquoi pas? Alors, chaque après midi  j’apprends à balbutier un peu de français à une dizaine d’adolescentes. Je réussis à leur faire chanter « Mon Dieu » d’Edith Piaf, ce qui donne plutôt « Moundiou » et je me rends compte à quel point nos diphtongues sont dures à prononcer. Les « un », les « an », les « on », les « u » nous occupent bien et les crises de rire n’en finissent pas grâce aux grimaces nécessaires à la bonne prononciation. Les formules de politesse sont vite apprises, on en a moins qu’en Tanzanie!

en salle de classe

 

Les filles m’invitent à la  soirée organisée par le centre: une classe de lycéens anglais viennent assister à un repas et des danses ce soir. Ca s’appelle une ngoma. Les filles qui apprennent la couture, la cuisine, vont faire les repas et accueillir les gens. Des troupes de danseurs viennent de l’extérieur.

quelle assiduité!

Volontaires pour écrire au tableau!

 

 

 

 

 

Ce sera une soirée incroyable, le repas un festin, avec des acrobates contorsionnistes, des danseurs avec des marmites de braises sur la tête, j’en ai encore un souvenir frappant. J’ai compris ce soir là que je reviendrais vite en Tanzanie.

Après les cours, cette semaine, le centre a organisé une rencontre amicale de football. Tous les après-midi deux équipes des alentours se retrouvent sur un terrain aride et tout le quartier se déplace pour les supporter.

sur l’immense terrain de foot

Parfois la poussière s’élève tant que personne ne sait plus où est le ballon. C’est un véritable évènement ici, et c’est assez beau à voir.

Voici donc comment se déroule ma semaine à Moshi, mais je ne pense plus qu’à partir dans les parcs, voir enfin les lions, les léopards, les hyènes, les éléphants, les girafes, et ça m’intéresse autrement plus!

Je ne me doute pas de l’issue du voyage quand je quitte le terrain de foot en compagnie de Stanley, au contraire, je me réjouis de finir en beauté ce premier voyage seule si loin de chez moi, et j’espère même encore voir le Kilimanjaro se dévoiler entièrement à mes yeux.

 

Jour 16-17: Retour à Arusha

La panne

Steffi et moi sommes parties de Dareda pour Arusha où Avédis nous rejoindra demain. Le plan: fêter mon anniversaire ensemble dans un restaurant.

Au bout d’une dizaine de kilomètres, l’express tombe en panne, évidemment, au milieu de nulle part. Il paraît que si ça n’arrive pas une fois durant le séjour, on n’a pas vraiment vu l’Afrique. Je passe l’attente au soleil, les bébés qui pleurent, le bus d’après qui passe sans s’arrêter alors qu’il est moitié vide… Le chauffeur décide d’acheter de la canne à sucre pour tout le monde à un marchand ambulant. Un geste apprécié par tous! Enfin un autre express vient nous chercher. A Arusha, nous trouvons une petite pension derrière la gare routière, sans eau chaude mais très propre. Demain c’est mon anniversaire et je prévois de retrouver Melvin et Mike, car la semaine dernière ils m’ont gracieusement offert des bières, à manger, des parties de billard alors que j’avais oublié mon porte monnaie. et Dieu sait qu’ils ont peu d’argent. A mon tour de les régaler. En attendant, c’est soirée reggae à l’Empire entre copines!

Friendly birthday 

On est dimanche, j’ai 34 ans aujourd’hui, et on mange la nyama choma au police mess avec les copains de là-bas. On fait un atelier scoubidous, on joue au billard tout l’après-midi au Mamcho Garden, puis entre francophones, on va à l’Impala, un bon restaurant indien pour finir en boîte au Babylone, à faire des jeux à boire. Le Konyagi, ça tape. Heureusement que ça n’arrive qu’une fois par an! J’ai passé de très bons moment avec Avédis et Steffi; demain je vais poursuivre mon voyage à Moshi, chez Stanley, est-ce que ce sera aussi bien?

Jour 15: A vélo vers le Mont Hanang

L’aller

Et me voilà partie de bon matin sur une vieille bicyclette qui me fait découvrir par le fondement chaque sinuosité de la piste poussiéreuse. Les autochtones à vélo me dépassent aisément, même ces messieurs chargés de leur donzelle en amazone sur le guidon. Je me sens l’âme d’une aventurière avec le plan d’un trésor en tête dont un vieux sage (Avédis en l’occurrence) m’a murmuré l’emplacement:  » Après la forêt, les deux villages et les rochers éboulés, au croisement, prends à gauche puis à droite avant les huttes, suit la rivière jusqu’au lac salé. Sur ta gauche tu verras de grands rocs et au sommet sur l’un d’eux, se trouve la peinture rupestre. »

avant la forêt

La forêt  est magnifique, ce sont de grands arbres dont je n’ai pas réussi à connaître le nom, des acacias? Ils ont des pics comme les ébènes. Au premier village, je m’arrête pour saluer les gens. Un babu (grand-père) m’interpelle:  » Mais tu te promènes seule toi? Où il est ton mari?

– Je n’en ai pas!

– Ah bon mais alors où il est ton frère?

– En France!

– Vous les Wazungus vous êtes fous! »

Au second village, une dizaine d’enfants accourent, suivis d’une mama d’environ 40 ans. Je lui demande l’autorisation de prendre une photo d’eux. Elle ne comprend rien, me dit oui puis non… soudain surgit une bibi (grand mère) avec un téléphone portable, qui parle couramment anglais et qui a l’air très heureuse de poser. Je vais lui faire passer cette photo via l’hôpital.

la bibi super moderne

En rase campagne, j’arrive au croisement. Une enseigne en bois peint indique « protégez-vous du sida ». Je pensais plutôt y lire une direction! Je prends à gauche, croise quelques charettes qui viennent du village, puis à droite, je trouve la rivière. Je la suis sur quelques kilomètres et enfin j’aperçois les grands rochers. Je pose mon vélo au pied des premières pierres, sous des arbres où sont suspendues des ruches en bois. Les quelques enfants qui font paître leurs chèvres me regardent avec de grands yeux. Au sommet, le panorama est grandiose. A gauche, le mont Hanang bien dégagé aujourd’hui, en face, le lac Balangida et ses mines de sel. En cherchant un peu, je découvre la fameuse peinture rupestre. Elle est presque effacée, on ne distingue plus le dessin original, mais on en voit les traces. Je reste un moment là, seule au milieu de cet endroit sauvage, à méditer sur nos origines. Je me sens très petite et très grande. Je me sens riche de mon aventure particulière.

Mont Hanang

Les rochers aux peintures rupestres

Au sommet, le fameux rocher à la peinture

Le retour

Le soleil est déjà bas, je dois rentrer. Au retour je m’arrête au bord de la rivière, sous un arbre qui produit des sortes de petites prunes blanches, que j’avais vues au marché de Dareda.

le prunier

Puis je reprends le chemin de la forêt, c’est un peu la course contre la nuit qui tombe si vite en Tanzanie. Soudain, j’entends de grands craquement, ça bouge dans la forêt, je m’arrête, effrayée. Deux énormes babouins traversent le chemin devant moi. Ce sont des mâles, et je comprends qu’ils ouvrent la route pour tout le clan quand je vois débouler une trentaine de singes, jeunes mâles, femelles avec leurs petits, et de nouveau deux vieux mâles qui ferment la route. Je n’ai presque pas respiré. Ils sont de l’autre côté à présent, perchés sur des rochers, les mâles me regardent bien sûr. Je pousse mon vélo très lentement et sous leurs regards, je me fais aussi discrète que possible. je n’ai bien sûr pas eu la présence d’esprit de faire des photos…

Le soir, épuisée, je m’endors avec la sensation que j’ai vécu une journée exceptionnelle… la meilleure du voyage peut-être?

sous les arbres à ruches

sous le rocher

presque effacé par le temps, un dessin rupestre

vue sur la plaine

le lac salé Balangida

Jour 14: Les Iraqws

Sur le plateau

Boni nous emmène, Stéphanie et moi, grimper la colline par un autre côté. En chemin nous croisons beaucoup d’Iraqws qui vivent sur le plateau et dévalent vers la plaine, chargés de lourds sacs de céréales qu’ils vont vendre.

quelle vie!

Nous sommes impressionnées de les voir courir ainsi en pente. Boni nous dit qu’ils font ça plusieurs fois par jour et remontent également chargés de provisions. Il y a combien, 1h30 pour monter?!

Au sommet, nous découvrons leurs paisibles huttes entourés de champs cultivés. La végétation est variée, il y a de l’herbe et les vaches ont l’air heureuses. Les gens nous lancent des bonjours: « Saïta! » auxquels on répond « Saïou! ».

une hutte kiraqw

Près de la rivière, des enfants jouent au foot. On veut les prendre en photo, ils nous demandent de l’argent, on refuse, fin de l’histoire. Ca m’affecte beaucoup ces rapports d’argent, même avec des moins de cinq ans.

Le soir, nous sommes invités à manger la kiti moto chez Vivi, le meilleur ami d’Avédis ici. La kiti moto, « la chaise chaude », c’est le plat traditionnel qu’on mange tout le temps soit viande de porc, sauce et riz. Steffi et moi étions chargées d’acheter la viande, mais avec notre pauvre swahili, on a oublié de la demander « sans os, sans peau », alors ça craque un peu!  La maison n’a qu’une pièce pour deux adultes et deux enfants, et le lit est séparé par un rideau. On est à l’étroit, mais on est contents d’être ensemble. On a préparé de la pâte à crêpe pour le dessert. Pendant que ça cuit, Avédis apprend à compter en Kiraqw.

Vivi est d’accord pour me prêter sa vieille bicyclette demain. Je vais pouvoir partir un peu seule dans la campagne profonde, le mont Hanang dans le collimateur.

Mont Hanang

Jour 10 : Peaceful Arusha

Douces réflexions

Il y a quelque chose d’impalpable qui se dessine ici. Le temps, d’abord, ne s’écoule pas de la même façon. Je suis arrivée tourmentée, en fuite. Avant ce voyage, j’attendais que le temps panse mes blessures. Puis j’ai eu recours à l’espace, j’ai mis de la distance entre la cause de mon tourment et moi. Aujourd’hui pour la première fois depuis plus d’un an, je ressens les prémisses de ma guérison. Ici j’apprends à ne faire qu’une ou deux choses par jour et m’en trouver bien.

Je pensais que ça me rendrait folle, cette lenteur africaine, cette façon d’ignorer le souci du lendemain, cette éternelle absence de ponctualité. Maintenant, je m’arrête tous les dix pas pour discuter avec des inconnus, je prends le temps d’observer le rythme lourd des mamas fatiguées, la gravité des visages des enfants, la résignation des jeunes cachée sous une joyeuse insouciance.

Le ciel bas et gris dissimule le Mont Meru. Hamna Shida! Je ne suis plus pressée de le voir. Ce matin j’ai marché aux côté d’Osman, vendeur de T-shirts sur lesquels on peut lire: « Mimi ni Mzungu, lakini sina pesa! » = « Je suis Blanc mais je n’ai pas d’argent! » Osman m’a salué d’un  » ça roule, ma poule? ». Ca fait un drôle d’effet. J’ai ensuite fait la connaissance de Fikiri « celui qui réfléchit ». Les gens de la rue se donnent volontiers des surnoms. Fikiri est veuf avec deux petits enfants. Il dit que son épouse s’est faite renverser par une voiture il y a deux ans. Melvin et Mike m’ont confirmé son histoire, tout en me faisant comprendre que rien n’est sûr. On préfère parfois inventer une histoire quand la vérité nous semble honteuse. Le sida fait des ravages, mais jamais on ne prononce son nom.

Le retour du scoubidou

Derrière le musée d’Arusha – j’en aurai fait tout le tour- se trouvent quelques échoppes tenues par des vendeurs un peu plus chanceux. C’est là que je rencontre Seleman, un grand rasta qui ponctue toutes ses phrases de « One love » ou « Jah live ». Il fabrique des bijoux en perles, façon Maasaï, et vend toutes sortes de souvenirs, peintures tinga-tinga, sculpture d’animaux en bois, tissus africains. La journée, il est ici; le soir il prend un stand à la sortie des discothèques d’Arusha et Moshi.

Atelier tissage

J’ai sur moi des fils à scoubidous que j’avais apporté dans l’espoir de faire un atelier pour les enfants. Mais c’est le cœur des vendeurs de bijoux que j’ai conquis en quelques secondes! Nous passons l’après-midi à tisser les fils en plastiques. Seleman me demande de lui en envoyer à mon retour en France. A nos côtés, le marabout du musée déploie ses larges ailes. Je crois qu’il apprécie notre compagnie.

Je rejoins Melvin au Mamcho Garden. La serveuse est tout sourire, je me sens presque habituée! Au bout d’une heure, elle revient, l’air gênée, et parle à Melvin en swahili. Il m’explique qu’elle a fini son service, mais n’ose pas nous encaisser de peur d’être impolie. C’est un comble! Je la rassure en lui disant qu’en Europe, on encaisse souvent en suivant, et que nous n’y voyons aucun mal. Il y a des restes de colonialisme, par ici!

En fin de journée, je passe à la gare chercher mon billet de bus pour Babati. Demain, je pars pour quelques jours chez un couchsurfer français qui travaille dans un hôpital de brousse, pour une ONG. Osman, que je croise au milieu d’un rond point, me lance: « Tu n’as toujours pas vu le Mont Meru? Alors peut-être, retourne-toi! » Derrière moi, je vois enfin le sommet de la montagne, dégagé, dans les rayons du soleil couchant. Voilà, je peux quitter Arusha.