Jour 9: La chasse

Lourde perte

Avant de continuer le récit, je dois faire une parenthèse.

Où sont les magnifiques photos d’animaux et de paysages que j’ai ramenés de mon safari? Sur ma carte mémoire de 8 Go qui doit traîner sous une couche de terre entre les toilettes et la porte du Parc du Tarangire.

Le matin du dernier jour, devant la boma des Maasaïs, j’ai changé la carte mémoire qui était pleine. Je l’ai mise dans ma poche en me disant que c’était le meilleur endroit pour la perdre. Puis dans le feu de l’action , je n’y ai plus pensé jusqu’au soir. Je ne l’ai jamais retrouvée. Ally a même téléphoné à la boma, tous les enfants Maasaïs ont cherché pendant des heures autour du village. J’ai dû la perdre plus tard, au Tarangire. Idir a retourné le 4×4. J’ai perdu 500 photos et plans vidéo.

Je ne m’en suis pas encore remise, alors que ceux qui souhaitent de belles photos de safari, aillent donc sur un des innombrables blogs de voyage qui n’accorde au texte qu’une fonction de légende pour les photos hyper nettes parce que l’auteur s’est payé, en plus d’un safari privé, le plus gros zoom qui existe sur le dernier Canon ah non pardon Nikon et gnagnagni et gnagnagna…

On respire… on continue.

J’avais écrit ça au retour, mais depuis, j’y suis retournée trois fois, et sur ce blog il y a de belles photos de safaris parce que à force, on finit par acheter un gros zoom, puis à force, on finit par ne plus prendre de photos et profiter de l’instant 🙂

Full day game drive au Serengeti

Ce matin, on quitte le camp à la fraîche. Il est à peine huit heures, on rencontre immédiatement une petite hyène qui trottine devant nous. Les impalas paissent tranquillement. Les lointains éléphants comme des rochers dans les herbes hautes ressemblent à des statues de dieux de pierre. Un chacal se balade en jappant.

chacal

On longe la rivière Nyamara. Soudain je la vois, à moitié dissimulée dans un plissement de terrain, une lionne aux aguets, à une cinquantaine de mètres d’un groupe de gazelles de Grant. Je dis au chauffeur:

« Simba moja, tizama hapo chini… -Wapi? -Hapo pale, kulia! »

« Un lion, regarde là en-bas… – Où? – Là-bas, à droite! »

Idir ralentit et tout le monde aperçoit la lionne. Je suis un peu fière de l’avoir vue en premier, avant les guides. Mais bon, j’étais debout et depuis le toit ouvrant, on a plus de champ de vision que sur les sièges avant…

Plus loin, de l’autre côté de la rivière, deux autres femelles marchent dans la direction opposée. Il semblerait qu’elles chassaient à trois, puis ayant l’opportunité de se rapprocher des gazelles grâce à un vent favorable, notre lionne s’est séparée des autres. Plus difficile d’attraper une proie toute seule!

Nous allons assister à une approche de près d’une demi-heure. Les gazelles partent de l’autre côté de la route, perturbées par la drôle d’atmosphère qui règne. Seule une petite écervelée, trop préoccupée à déjeuner, ne s’aperçoit pas de son isolement. La lionne, ventre à terre, par petites touches, se rapproche, alternant quelques pas et position couchée. A la fin, elle est à moins de trois mètres. Elle n’a plus qu’à bondir. Soudain, les gazelles, de l’autre côté de la route, appelle leur petite sœur: le vent a tourné, elles ont clairement senti le danger. En une seconde, la petite gazelle a rejoint ses troupes, la lionne a bondit mais trop tard, et après quelques enjambées, elle abandonne. Seule, son succès n’est pas garanti. Mieux vaut garder son énergie et retrouver les autres lionnes pour être plus efficace.

Nous sommes très heureux d’avoir pu voir une scène de chasse, d’autant plus que la gazelle est sauve! J’espère que les lionnes trouveront à manger, mais je préfère qu’elles ne tuent pas sous mes petits yeux sensibles…

La journée a été belle, les hippopotames et les girafes nombreux. Nous avons pu suivre la démarche ondulée d’un léopard solitaire jusqu’à son refuge dans un arbre. Le soir au camp, les spréos envahissent les branches au coucher du soleil.

Cette nuit, on entend les lions au loin, de toutes parts. D’habitude, chez moi, c’est plutôt les chouettes ou les grenouilles, parfois un chat… ça fait drôle ce son lointain; c’est très émouvant. Soudain un ricanement, puis deux, trois, juste à côté de ma tente. Je suis près de la cuisine. Donc des poubelles. A moins de dix mètres de moi, les hyènes se mettent à renverser des bidons, se battre brièvement, couiner quand elles sont soumises, et ricaner encore de ce petit bruit propre à leur espèce. Je crève d’envie de passer la tête dehors, mais c’est trop dangereux.

Je crois que je me suis endormie en souriant…

Jours 4-6: Reprendre ses marques à Moshi

Moshi town

Moshi est une petite ville, et j’aime bien m’y promener toute seule, malgré la surprotection dont Ally fait preuve. Il souhaite que je ne me fasse pas ennuyer par les flycaughters, mais ces petits jeunes ne me dérangent pas. Ils vous emboîtent le pas, échangent quelques mots, et quand ils comprennent que je ne suis pas cliente, ils me laissent. Au pire, je leur lance gentiment un petit:  » Samahani, niache mwenyewe » (« excuse-moi, mais laisse moi tranquille »). Au bout de quelques jours, tout le monde me reconnait et cesse de me coller.

Petit à petit, j’insiste auprès d’Ally pour vivre le quotidien comme lui. Fini le taxi, je me mets au « piki-piki », le taxi moto, moins cher… plus dangereux. Il faut bien choisir son chauffeur, car parfois les bouteilles de Konyagi sont ouvertes un peu trop tôt!

Le Konyagi est un alcool local à 35 degrés. La distillerie se situe à Moshi. Il se boit volontiers avec du Sprite ou du jus de fruit.

Le soir, nous allons au « Glacier », un endroit qui ressemble à une discothèque mais en plein air. Il y a un concours de danse, et c’est étonnant de voir à quel point les gens se lancent sans complexe pour participer et se trémoussent comme des diables dans une bonne humeur générale.

Le lendemain, journée de bureau. La matinée commence bien, le Kilimandjaro se dévoile, tout en restant un peu lointain.

Timide Kilimanjaro

Timide Kilimandjaro

Au bureau, il y a quelques demandes de devis en français qui vont bien m’occuper ces prochains jours. J’en profite aussi pour visiter quelques hôtels de Moshi, histoire de voir dans quels endroits on envoie nos clients quand ils arrivent. Pendant les pauses, je vais voir les couturières de la rue, dont Irene qui me tombe dans les bras en riant; je leur commande quelques robes, et de nouveaux rideaux pour le bureau, en essayant de faire travailler un peu tout le monde.

La mama qui coud devant Hotsun Safaris.

La mama qui coud devant l’agence

Les jours passent vite ainsi, et le départ en safari se rapproche. Les deux jeunes allemandes avec qui je vais partir arrivent à l’aéroport:  j’accompagne Ally qui vient leur souhaiter la bienvenue et les ramener en ville. Nous attendons longtemps, elles ont leurs visas à faire en arrivant. Des gens de toutes nationalités débarquent dans le hall, attendus par leurs guides qui tiennent des panneaux où sont inscrits leurs noms. Tiens, quelques groupes sont arrivés avant leurs guides et s’impatientent, voilà qui n’est pas très professionnel de la part des agences… « Cela arrive souvent, me dit Ally. Moi je suis plutôt une heure en avance, pas question de laisser un voyageur en plan, imagine sa panique! »

Linda et Verena s’approchent. Elles ont un grand sourire en nous saluant.  Nous les emmenons  dans  un charmant B&B avec cour intérieure, loin des bruits de la ville. Après un petit briefing sur l’heure de départ, ce qu’il faut emporter pour le camping, etc, nous rentrons à Pasoa pour nous reposer et à notre tour faire nos bagages.

Demain, je réalise un rêve. Est-ce que ce sera à la hauteur de mes attentes?

Jour 2 – Dar Es Salaam

Réveil difficile

Je crois bien qu’on a discuté jusqu’à cinq heures du matin, et la femme de ménage a déjà chercher à entrer plusieurs fois dans la chambre. On va prendre le petit déjeuner dans le bâtiment en face, chapatis et thé au lait. Mal réveillée, le cerveau lent, je ne parviens pas à répondre aux salutations en swahili. En un an, je n’ai pas été plus loin que la leçon 20 de la méthode Assimile, je ne me sens pas très fière…

Le programme: une journée à Dar avant de rentrer à Moshi demain matin. Comme on est très fatigués, on décide de seulement flâner au centre ville. Mais avant tout, je dois voir pour la première fois de ma vie… l’océan Indien!

A l’arrêt de bus

A l’arrêt de bus, j’essaie de réaliser et de réveiller mes sens: je suis en Tanzanie, pour un mois, je vois la terre, les gens habillés de couleurs vives, les charrettes écrasées de fournitures,  j’entends le swahili,  l’anglais,  l’arabe, les camions, les vendeurs qui crient; je sens le maïs grillé, la poussière, les gaz d’échappement, la transpiration des gens qui se bousculent pour monter dans les bus. Il y a quelque chose d’ étranger et en même temps d’extrêmement familier.

Dans le dala dala

Ally me fait monter à l’avant du dala dala et discute avec le chauffeur. Dans les semaines suivantes, je remarquerai que le sujet de prédilection avec les chauffeurs de bus ou de taxi, c’est la politique du gouvernement actuel, la corruption, et la nostalgie du « père de la nation », Julius Nyerere. Ally m’assure que de son temps, Nyerere se déplaçait dans le bush pour régler les conflits des villageois, et qu’il avait une ligne téléphonique pour les Tanzaniens.

Je m’imagine téléphoner à Sarkozy: « Oui bonjour, j’ai un problème avec mon proprio, il ne veut pas faire les travaux, et au fait, j’aime pas votre politique d’immigration, on peut en discuter au café de mon village? »

Ocean Road

Arrivés au port, Ally me montre où se prend le ferry pour Zanzibar. J’évoque les catastrophes récentes: après le Spice Islander en 2011, le MV  Skagit a fait naufrage en juillet, en tout 350 morts, le pays endeuillé, le ministre des transports qui a démissionné… Ally accuse les propriétaires de compagnie maritime, qui pour faire plus de profit, utilisent des bateaux qui selon la loi ne devraient plus circuler depuis des années. De plus, ils sont surchargés, alors la moindre intempérie peut être fatale.

Je sais depuis qu’il faut envoyer les voyageurs uniquement sur les « Kilimanjaro I, II, III, IV, V » (voir site). Les catamarans d’Azam Marine sont bien entretenus et recommandés par l’ambassade.

Nous longeons le port jusqu’à Ocean Road, et là je vois enfin l’océan Indien. Le long de la route, des vendeurs de noix de coco somnolent à l’ombre. Si je veux goûter? Et comment!

Au-delà, c’est Zanzibar!

Alors c’est comme ça que ça s’ouvre? Pas de marteau? Juste un coutelas de guerrier Maassaï super aiguisé, que si le vendeur il t’aime pas, il t’égorge?

Mmmh!

D’abord on boit le lait, puis le monsieur vous tend des petits bouts de chair blanche. Ça a le goût de la coco, mais la texture du calamar! Je suis contente, je ne connaissais que la chair dure qu’on peut râper.

A l’ombre

On se promène le long de la plage. Il y a des coquillages que je n’avais vus que dans les magasins du bord de mer en France. Apparemment, ce n’est rien à côté de ceux de Zanzibar. Mais ça, c’est dans trois semaines.

Je n’ai pas vu grand chose de Dar es Salaam, il paraît qu’il y a de magnifiques endroits pour la plongée. Là encore, il faudra revenir!

Mais demain, on se lève à cinq heures: on a une journée de bus pour gagner Moshi. A bientôt, l’océan, tutaonana tena!

Jour 15: A vélo vers le Mont Hanang

L’aller

Et me voilà partie de bon matin sur une vieille bicyclette qui me fait découvrir par le fondement chaque sinuosité de la piste poussiéreuse. Les autochtones à vélo me dépassent aisément, même ces messieurs chargés de leur donzelle en amazone sur le guidon. Je me sens l’âme d’une aventurière avec le plan d’un trésor en tête dont un vieux sage (Avédis en l’occurrence) m’a murmuré l’emplacement:  » Après la forêt, les deux villages et les rochers éboulés, au croisement, prends à gauche puis à droite avant les huttes, suit la rivière jusqu’au lac salé. Sur ta gauche tu verras de grands rocs et au sommet sur l’un d’eux, se trouve la peinture rupestre. »

avant la forêt

La forêt  est magnifique, ce sont de grands arbres dont je n’ai pas réussi à connaître le nom, des acacias? Ils ont des pics comme les ébènes. Au premier village, je m’arrête pour saluer les gens. Un babu (grand-père) m’interpelle:  » Mais tu te promènes seule toi? Où il est ton mari?

– Je n’en ai pas!

– Ah bon mais alors où il est ton frère?

– En France!

– Vous les Wazungus vous êtes fous! »

Au second village, une dizaine d’enfants accourent, suivis d’une mama d’environ 40 ans. Je lui demande l’autorisation de prendre une photo d’eux. Elle ne comprend rien, me dit oui puis non… soudain surgit une bibi (grand mère) avec un téléphone portable, qui parle couramment anglais et qui a l’air très heureuse de poser. Je vais lui faire passer cette photo via l’hôpital.

la bibi super moderne

En rase campagne, j’arrive au croisement. Une enseigne en bois peint indique « protégez-vous du sida ». Je pensais plutôt y lire une direction! Je prends à gauche, croise quelques charettes qui viennent du village, puis à droite, je trouve la rivière. Je la suis sur quelques kilomètres et enfin j’aperçois les grands rochers. Je pose mon vélo au pied des premières pierres, sous des arbres où sont suspendues des ruches en bois. Les quelques enfants qui font paître leurs chèvres me regardent avec de grands yeux. Au sommet, le panorama est grandiose. A gauche, le mont Hanang bien dégagé aujourd’hui, en face, le lac Balangida et ses mines de sel. En cherchant un peu, je découvre la fameuse peinture rupestre. Elle est presque effacée, on ne distingue plus le dessin original, mais on en voit les traces. Je reste un moment là, seule au milieu de cet endroit sauvage, à méditer sur nos origines. Je me sens très petite et très grande. Je me sens riche de mon aventure particulière.

Mont Hanang

Les rochers aux peintures rupestres

Au sommet, le fameux rocher à la peinture

Le retour

Le soleil est déjà bas, je dois rentrer. Au retour je m’arrête au bord de la rivière, sous un arbre qui produit des sortes de petites prunes blanches, que j’avais vues au marché de Dareda.

le prunier

Puis je reprends le chemin de la forêt, c’est un peu la course contre la nuit qui tombe si vite en Tanzanie. Soudain, j’entends de grands craquement, ça bouge dans la forêt, je m’arrête, effrayée. Deux énormes babouins traversent le chemin devant moi. Ce sont des mâles, et je comprends qu’ils ouvrent la route pour tout le clan quand je vois débouler une trentaine de singes, jeunes mâles, femelles avec leurs petits, et de nouveau deux vieux mâles qui ferment la route. Je n’ai presque pas respiré. Ils sont de l’autre côté à présent, perchés sur des rochers, les mâles me regardent bien sûr. Je pousse mon vélo très lentement et sous leurs regards, je me fais aussi discrète que possible. je n’ai bien sûr pas eu la présence d’esprit de faire des photos…

Le soir, épuisée, je m’endors avec la sensation que j’ai vécu une journée exceptionnelle… la meilleure du voyage peut-être?

sous les arbres à ruches

sous le rocher

presque effacé par le temps, un dessin rupestre

vue sur la plaine

le lac salé Balangida

Jour 14: Les Iraqws

Sur le plateau

Boni nous emmène, Stéphanie et moi, grimper la colline par un autre côté. En chemin nous croisons beaucoup d’Iraqws qui vivent sur le plateau et dévalent vers la plaine, chargés de lourds sacs de céréales qu’ils vont vendre.

quelle vie!

Nous sommes impressionnées de les voir courir ainsi en pente. Boni nous dit qu’ils font ça plusieurs fois par jour et remontent également chargés de provisions. Il y a combien, 1h30 pour monter?!

Au sommet, nous découvrons leurs paisibles huttes entourés de champs cultivés. La végétation est variée, il y a de l’herbe et les vaches ont l’air heureuses. Les gens nous lancent des bonjours: « Saïta! » auxquels on répond « Saïou! ».

une hutte kiraqw

Près de la rivière, des enfants jouent au foot. On veut les prendre en photo, ils nous demandent de l’argent, on refuse, fin de l’histoire. Ca m’affecte beaucoup ces rapports d’argent, même avec des moins de cinq ans.

Le soir, nous sommes invités à manger la kiti moto chez Vivi, le meilleur ami d’Avédis ici. La kiti moto, « la chaise chaude », c’est le plat traditionnel qu’on mange tout le temps soit viande de porc, sauce et riz. Steffi et moi étions chargées d’acheter la viande, mais avec notre pauvre swahili, on a oublié de la demander « sans os, sans peau », alors ça craque un peu!  La maison n’a qu’une pièce pour deux adultes et deux enfants, et le lit est séparé par un rideau. On est à l’étroit, mais on est contents d’être ensemble. On a préparé de la pâte à crêpe pour le dessert. Pendant que ça cuit, Avédis apprend à compter en Kiraqw.

Vivi est d’accord pour me prêter sa vieille bicyclette demain. Je vais pouvoir partir un peu seule dans la campagne profonde, le mont Hanang dans le collimateur.

Mont Hanang

Jour 12: Ndareda vie quotidienne

Pole pole

(doucement, tranquillement)

Que c’est bon de ne rien faire parfois… Aujourd’hui j’ai une maison à disposition; pendant que les courageux sont au travail, je fais ma lessive dans les bassines, accroupie par terre,  en compagnie des labradors.

Annexe de l’hôpital

Avec un thé au lait et quelques vitumbua (beignets), c’est le paradis. A midi  Avédis m’invite à déjeuner au réfectoire de l’hôpital. Il m’explique à quel point les projets mettent du temps à être réalisés ici, que ce soit la construction d’un bâtiment ou la moindre initiative générant un changement, il faut compter des semaines. Le travail d’Avédis consiste à rendre des comptes  à l’ONG Suisse qui l’emploie, notamment sur l’utilisation des fonds envoyés à l’hôpital. Pour lui ce n’est pas une mince affaire de collecter dans les délais impartis les rapports des différents services…

On parle aussi de l’apprentissage du swahili, magnifique langue à entendre et parler. Je trouve que c’est entre le japonais et le sioux (qui va me contredire?)… A priori la grammaire est difficile, les noms et adjectifs sont répertoriés en douze classes, et les variantes sont au niveau des préfixes, dur dur de reconnaître un mot tout de suite, surtout les pluriels…

Exemple: kiti cheupe = la chaise blanche / viti vyeupe= les chaises blanches

Finalement on s’y fait vite, mais alors une autre difficulté arrive: un mot a 36 significations! Les nuances ne sont compréhensibles qu’avec le contexte.

Mais qu’est-ce que c’est que cet article pour les linguistes? On s’emmerderait presque!

Le village, les chiens et moi

Bref, pour passer à autre chose, dans l’après midi, alors que je suis tranquillement en train d’écrire dans mon carnet de voyage, j’entends des hurlements de chiens (âmes sensibles n’ayez pas peur ça se termine bien). Ca provient de chez un voisin, et aucun doute, quelqu’un bat un petit chien. Je me précipite, et deux maisons plus loin, je vois un grand nigaud, de peut-être 13 ans, avec un gourdin, qui rit aux éclats. Sa mère, derrière, se poile pas mal aussi. Et là je découvre, pelotonné contre un coin de mur extérieur, un petit chiot terrorisé qui pioune de peur et de douleur.

Je dois dire que ça me fait vraiment enrager ce manque de compassion des locaux envers les bêtes. Qu’on ne les apprécie pas, ok. Mais qu’on s’amuse – parce que là, c’est la franche rigolade- à les maltraiter, ça me rend perplexe.

Alors, je sais pas ce qui me prend, je prend le gourdin, je le jette au loin, et très en colère, je sermonne mère et fils en invoquant Dieu. Ben oui, j’ai honte d’avoir utilisé l’argument phare des missionnaires du 19ème siècle, mais dans la colère, on n’est jamais très intelligent; et vous allez voir, ça a son impact.

Je dis:  » Les chiens et tous les animaux du monde sont comme nous des créatures de Dieu, et leur faire du mal ne plaît pas du tout au Seigneur (en anglais); on ne doit pas battre les chiens, car eux nous aiment sans condition »

Croyez-moi ou pas, ils ont arrêté tout net de se marrer. Tout penauds, ils m’ont laissé prendre le petit chien qui tremblait. Mais qu’en faire? Je l’ai cajôlé un peu, puis je l’ai déposé dans l’enceinte de l’hôpital, où ils sont moins exposés aux brutalités qu’au village. Quand je suis repassée le soir, il était parti; je pense qu’il a rejoint la meute qui traîne autour de l’hôpital.

Plus tard à Moshi, quand je dirai « Ndareda wanapiga mbwa » = « A Ndareda, ils battent les chiens », je serai un peu confuse en voyant que ça provoque des rires… Presque un an après, j’ai eu la réponse: au sens figuré, ça signifie que les gens de Ndareda font régner la justice, qu’ils tuent les salauds!

Jour 11: Ndareda Mission

Babati

Malgré l’inconfort de l’autocar, le trajet d’ Arusha à Babati me fait rêver. A Makuyuni, nous croisons la route qui part vers le cratère du Ngorongoro et le Parc National du Serengeti. Plus loin, après Maguga, les portes d’entrée des Parcs Tarangire et Manyara appellent au safari. C’est l’heure de la sieste, j’imagine les lions se vautrant dans la poussière, à peut-être moins d’un kilomètre de moi.

Dareda touch!

A Babati, je dois changer de bus pour Ndareda.  Quelques Blancs parlent en hollandais. Ils répondent assez évasivement à mes questions, alors je m’écarte de leur groupe. La route pour Ndareda est sinueuse et chaotique. Un grand père vient s’asseoir à mes côtés et entreprend de m’énumérer les verbes irréguliers en anglais: « fall, felt, fallen; take, took, taken » ;  il se trompe beaucoup, s’acharne, se met à bégayer et transpirer « want, would… no, want, wanted, wooden…no, woollen, wait I… I don’t remember, shall is sh… shoo… should and want is doob…would, but you must say does and not do… » Autour de nous, les passagers se mettent à pouffer puis à rire franchement, car le discours du grand-père n’a aucun sens . Moi qui voulait de la conversation, je suis servie!

Ndareda

En sortant du bus, je m’assieds sur mon sac à dos pour attendre Avédis. Quelques curieux me demandent où je vais. Comme je réponds « Ndareda mission », on me prend pour un docteur. Le village s’étend de la plaine au flanc de la colline, où se trouve l’hôpital de brousse. Avédis  arrive enfin, enveloppé d’une couverture massaî, armé d’un grand sourire qui me réchauffe le coeur. Nous grimpons les quelques centaines de mètres qui nous séparent de l’enceinte de l’hôpital, saluant chaque marchand au passage. Avédis semble apprécié. Il faut dire qu’il parle couramment swahili, c’est assez rare pour un Mzungu. Le courant passe très vite entre nous, je sens que je vais me sentir bien ici.

Nous passons devant la magnifique église, franchissons la grille où nous saluons le gardien, et nous

église de Ndareda

voici devant l’hôpital, constitué de nombreux petits bâtiments, modestes en tout point. Il y a des chiens partout, ce qui me réjouis beaucoup, mais Avédis m’explique qu’ils ne sont pas appréciés. Leur surpopulation est « régulée » une fois par an, quand quelques policiers viennent les abattre en masse. Une ONG de vétérinaires serait bienvenue, pour stériliser les chiens, et informer la population sur l’utilité de ces animaux: on ne les considère pas comme les meilleurs amis de l’homme là-bas, mais j’y reviendrai…

Nous traversons une bananeraie, les régimes viennent d’être coupés. Puis nous arrivons à un pâté de maisons rouges où je fais connaissance avec les deux labradors d’Avédis. Adoptés par les stagiaires précédents, ils sont reconnus comme les chiens de l’hôpital, ce qui leur confère un statut spécial. Et surprise! Je rencontre également Stefanie, une stagiaire suisse qui vient d’arriver et sera la colocataire d’Avédis pendant 4 mois. Avec elle aussi, je suis vite à l’aise. Je passe un moment à me reposer et découvrir cet endroit.

Tea time avec Stefanie

On entre par une cour fermée derrière un mur.A droite, une petite maison composée de deux chambres et une pièce au milieu; à gauche une cuisine rudimentaire, la douche et les toilettes, également séparées par des murs. Dans la cour, une grande niche pour les chiens et une table ronde en bois. Stefanie et Avédis terminent leur journée de travail vers 17h. Je suis surprise de voir que des gens passent quand ils ne sont pas là, et me voyant, s’arrêtent pour bavarder: les petites voisines, les connaissances du village. C’est ainsi que je fais la connaissance de Boni, un jeune garçon du coin qui commence ses études. C’est la période des vacances, il me propose de m’emmener en randonnée. Le soir, je demande son avis à Avédis. Il le connaît, peut m’emmener sans attendre d’argent en retour, on l’invitera à dîner pour le remercier. Stefanie est emballée par l’idée, il paraît qu’il y a des cascades pas loin, et elle ne travaille pas le weekend. On sait quoi faire après-demain!

Bientôt des haricots?

il en reste!

la bananeraie