Jour 16-17: Retour à Arusha

La panne

Steffi et moi sommes parties de Dareda pour Arusha où Avédis nous rejoindra demain. Le plan: fêter mon anniversaire ensemble dans un restaurant.

Au bout d’une dizaine de kilomètres, l’express tombe en panne, évidemment, au milieu de nulle part. Il paraît que si ça n’arrive pas une fois durant le séjour, on n’a pas vraiment vu l’Afrique. Je passe l’attente au soleil, les bébés qui pleurent, le bus d’après qui passe sans s’arrêter alors qu’il est moitié vide… Le chauffeur décide d’acheter de la canne à sucre pour tout le monde à un marchand ambulant. Un geste apprécié par tous! Enfin un autre express vient nous chercher. A Arusha, nous trouvons une petite pension derrière la gare routière, sans eau chaude mais très propre. Demain c’est mon anniversaire et je prévois de retrouver Melvin et Mike, car la semaine dernière ils m’ont gracieusement offert des bières, à manger, des parties de billard alors que j’avais oublié mon porte monnaie. et Dieu sait qu’ils ont peu d’argent. A mon tour de les régaler. En attendant, c’est soirée reggae à l’Empire entre copines!

Friendly birthday 

On est dimanche, j’ai 34 ans aujourd’hui, et on mange la nyama choma au police mess avec les copains de là-bas. On fait un atelier scoubidous, on joue au billard tout l’après-midi au Mamcho Garden, puis entre francophones, on va à l’Impala, un bon restaurant indien pour finir en boîte au Babylone, à faire des jeux à boire. Le Konyagi, ça tape. Heureusement que ça n’arrive qu’une fois par an! J’ai passé de très bons moment avec Avédis et Steffi; demain je vais poursuivre mon voyage à Moshi, chez Stanley, est-ce que ce sera aussi bien?

Jour 15: A vélo vers le Mont Hanang

L’aller

Et me voilà partie de bon matin sur une vieille bicyclette qui me fait découvrir par le fondement chaque sinuosité de la piste poussiéreuse. Les autochtones à vélo me dépassent aisément, même ces messieurs chargés de leur donzelle en amazone sur le guidon. Je me sens l’âme d’une aventurière avec le plan d’un trésor en tête dont un vieux sage (Avédis en l’occurrence) m’a murmuré l’emplacement:  » Après la forêt, les deux villages et les rochers éboulés, au croisement, prends à gauche puis à droite avant les huttes, suit la rivière jusqu’au lac salé. Sur ta gauche tu verras de grands rocs et au sommet sur l’un d’eux, se trouve la peinture rupestre. »

avant la forêt

La forêt  est magnifique, ce sont de grands arbres dont je n’ai pas réussi à connaître le nom, des acacias? Ils ont des pics comme les ébènes. Au premier village, je m’arrête pour saluer les gens. Un babu (grand-père) m’interpelle:  » Mais tu te promènes seule toi? Où il est ton mari?

– Je n’en ai pas!

– Ah bon mais alors où il est ton frère?

– En France!

– Vous les Wazungus vous êtes fous! »

Au second village, une dizaine d’enfants accourent, suivis d’une mama d’environ 40 ans. Je lui demande l’autorisation de prendre une photo d’eux. Elle ne comprend rien, me dit oui puis non… soudain surgit une bibi (grand mère) avec un téléphone portable, qui parle couramment anglais et qui a l’air très heureuse de poser. Je vais lui faire passer cette photo via l’hôpital.

la bibi super moderne

En rase campagne, j’arrive au croisement. Une enseigne en bois peint indique « protégez-vous du sida ». Je pensais plutôt y lire une direction! Je prends à gauche, croise quelques charettes qui viennent du village, puis à droite, je trouve la rivière. Je la suis sur quelques kilomètres et enfin j’aperçois les grands rochers. Je pose mon vélo au pied des premières pierres, sous des arbres où sont suspendues des ruches en bois. Les quelques enfants qui font paître leurs chèvres me regardent avec de grands yeux. Au sommet, le panorama est grandiose. A gauche, le mont Hanang bien dégagé aujourd’hui, en face, le lac Balangida et ses mines de sel. En cherchant un peu, je découvre la fameuse peinture rupestre. Elle est presque effacée, on ne distingue plus le dessin original, mais on en voit les traces. Je reste un moment là, seule au milieu de cet endroit sauvage, à méditer sur nos origines. Je me sens très petite et très grande. Je me sens riche de mon aventure particulière.

Mont Hanang

Les rochers aux peintures rupestres

Au sommet, le fameux rocher à la peinture

Le retour

Le soleil est déjà bas, je dois rentrer. Au retour je m’arrête au bord de la rivière, sous un arbre qui produit des sortes de petites prunes blanches, que j’avais vues au marché de Dareda.

le prunier

Puis je reprends le chemin de la forêt, c’est un peu la course contre la nuit qui tombe si vite en Tanzanie. Soudain, j’entends de grands craquement, ça bouge dans la forêt, je m’arrête, effrayée. Deux énormes babouins traversent le chemin devant moi. Ce sont des mâles, et je comprends qu’ils ouvrent la route pour tout le clan quand je vois débouler une trentaine de singes, jeunes mâles, femelles avec leurs petits, et de nouveau deux vieux mâles qui ferment la route. Je n’ai presque pas respiré. Ils sont de l’autre côté à présent, perchés sur des rochers, les mâles me regardent bien sûr. Je pousse mon vélo très lentement et sous leurs regards, je me fais aussi discrète que possible. je n’ai bien sûr pas eu la présence d’esprit de faire des photos…

Le soir, épuisée, je m’endors avec la sensation que j’ai vécu une journée exceptionnelle… la meilleure du voyage peut-être?

sous les arbres à ruches

sous le rocher

presque effacé par le temps, un dessin rupestre

vue sur la plaine

le lac salé Balangida

Jour 14: Les Iraqws

Sur le plateau

Boni nous emmène, Stéphanie et moi, grimper la colline par un autre côté. En chemin nous croisons beaucoup d’Iraqws qui vivent sur le plateau et dévalent vers la plaine, chargés de lourds sacs de céréales qu’ils vont vendre.

quelle vie!

Nous sommes impressionnées de les voir courir ainsi en pente. Boni nous dit qu’ils font ça plusieurs fois par jour et remontent également chargés de provisions. Il y a combien, 1h30 pour monter?!

Au sommet, nous découvrons leurs paisibles huttes entourés de champs cultivés. La végétation est variée, il y a de l’herbe et les vaches ont l’air heureuses. Les gens nous lancent des bonjours: « Saïta! » auxquels on répond « Saïou! ».

une hutte kiraqw

Près de la rivière, des enfants jouent au foot. On veut les prendre en photo, ils nous demandent de l’argent, on refuse, fin de l’histoire. Ca m’affecte beaucoup ces rapports d’argent, même avec des moins de cinq ans.

Le soir, nous sommes invités à manger la kiti moto chez Vivi, le meilleur ami d’Avédis ici. La kiti moto, « la chaise chaude », c’est le plat traditionnel qu’on mange tout le temps soit viande de porc, sauce et riz. Steffi et moi étions chargées d’acheter la viande, mais avec notre pauvre swahili, on a oublié de la demander « sans os, sans peau », alors ça craque un peu!  La maison n’a qu’une pièce pour deux adultes et deux enfants, et le lit est séparé par un rideau. On est à l’étroit, mais on est contents d’être ensemble. On a préparé de la pâte à crêpe pour le dessert. Pendant que ça cuit, Avédis apprend à compter en Kiraqw.

Vivi est d’accord pour me prêter sa vieille bicyclette demain. Je vais pouvoir partir un peu seule dans la campagne profonde, le mont Hanang dans le collimateur.

Mont Hanang

Jour 13: La cascade

La colline

Comme promis, Boni et un copain m’emmènent voir les cascades. Derrière l’hôpital, un sentier monte dans la forêt, traversant de temps à autre la cour d’une ferme isolée. Nous saluons les personnes âgées d’un « Shikamoo » auquel ils répondent « Marahaba » ( « Je te baise les pieds – merci »), et les plus jeunes d’un simple « Jambo ». Boni court comme une chèvre, mais je ne me laisse pas distancer.

Une petite longueur d’avance!

La forêt est dense, verte et humide, et comme mes guides, je bois l’eau des rivières sans appréhension. Boni est prêt à parier que nous allons voir des singes; quant à l’espèce, il ne connaît que le nom swahili, mais il semble que ce soit de petits singes qui vivent très haut dans les arbres immenses qui nous entourent.   Bon, autant dire tout de suite que nous les entendrons mais ne les verrons pas.

Nous empruntons parfois des sentiers très minces, à flanc de colline, où une chute serait mortelle. « Pole pole, taratibu » me dit sans cesse Boni, « Doucement, attention! »

Money, money

Quand nous arrivons à la cascade, après 3/4 d’heure de grimpette, il est bon de se tremper les pieds et manger un peu. L’endroit est calme et la vue sur la plaine agricole, vertigineuse.

petite chute d’eau paisible

 Boni observe intensément l’eau du bassin où scintillent des paillettes dorées. Je lui demande pour rire s’il a trouvé de l’or, mais il répond très sérieusement que ce n’est pas impossible d’en trouver ici. Je crois que l’argent est une grosse préoccupation pour lui, et je suis étonnée qu’il m’ait emmené en promenade sans rien demander en échange. A cette pensée, je me sens mauvaise langue…

la vue sur la plaine

Plus tard, malgré nos pérégrinations et quelques repas pris ensemble, j’ai reçu un email de lui en rentrant en France, où il me demandait de financer ses études, rien que ça. J’ai décliné l’invitation, en lui expliquant que si je devais aider quelqu’un, je ferais passer mes nièces avant lui. Difficile pour les Wabongos d’imaginer qu’un Mzungu n’est pas riche. Enfin, qui ne tente rien… j’ai appris depuis peu qu’il a finalement réussi à se faire financer ses études par deux allemandes à qui il a servi de guide!

Bien joué l’artiste!

Pourvu qu’il les réussisse, ses études de droit, et qu’il devienne un haut magistrat, et qu’il lutte contre la corruption dans son pays!

Jour 12: Ndareda vie quotidienne

Pole pole

(doucement, tranquillement)

Que c’est bon de ne rien faire parfois… Aujourd’hui j’ai une maison à disposition; pendant que les courageux sont au travail, je fais ma lessive dans les bassines, accroupie par terre,  en compagnie des labradors.

Annexe de l’hôpital

Avec un thé au lait et quelques vitumbua (beignets), c’est le paradis. A midi  Avédis m’invite à déjeuner au réfectoire de l’hôpital. Il m’explique à quel point les projets mettent du temps à être réalisés ici, que ce soit la construction d’un bâtiment ou la moindre initiative générant un changement, il faut compter des semaines. Le travail d’Avédis consiste à rendre des comptes  à l’ONG Suisse qui l’emploie, notamment sur l’utilisation des fonds envoyés à l’hôpital. Pour lui ce n’est pas une mince affaire de collecter dans les délais impartis les rapports des différents services…

On parle aussi de l’apprentissage du swahili, magnifique langue à entendre et parler. Je trouve que c’est entre le japonais et le sioux (qui va me contredire?)… A priori la grammaire est difficile, les noms et adjectifs sont répertoriés en douze classes, et les variantes sont au niveau des préfixes, dur dur de reconnaître un mot tout de suite, surtout les pluriels…

Exemple: kiti cheupe = la chaise blanche / viti vyeupe= les chaises blanches

Finalement on s’y fait vite, mais alors une autre difficulté arrive: un mot a 36 significations! Les nuances ne sont compréhensibles qu’avec le contexte.

Mais qu’est-ce que c’est que cet article pour les linguistes? On s’emmerderait presque!

Le village, les chiens et moi

Bref, pour passer à autre chose, dans l’après midi, alors que je suis tranquillement en train d’écrire dans mon carnet de voyage, j’entends des hurlements de chiens (âmes sensibles n’ayez pas peur ça se termine bien). Ca provient de chez un voisin, et aucun doute, quelqu’un bat un petit chien. Je me précipite, et deux maisons plus loin, je vois un grand nigaud, de peut-être 13 ans, avec un gourdin, qui rit aux éclats. Sa mère, derrière, se poile pas mal aussi. Et là je découvre, pelotonné contre un coin de mur extérieur, un petit chiot terrorisé qui pioune de peur et de douleur.

Je dois dire que ça me fait vraiment enrager ce manque de compassion des locaux envers les bêtes. Qu’on ne les apprécie pas, ok. Mais qu’on s’amuse – parce que là, c’est la franche rigolade- à les maltraiter, ça me rend perplexe.

Alors, je sais pas ce qui me prend, je prend le gourdin, je le jette au loin, et très en colère, je sermonne mère et fils en invoquant Dieu. Ben oui, j’ai honte d’avoir utilisé l’argument phare des missionnaires du 19ème siècle, mais dans la colère, on n’est jamais très intelligent; et vous allez voir, ça a son impact.

Je dis:  » Les chiens et tous les animaux du monde sont comme nous des créatures de Dieu, et leur faire du mal ne plaît pas du tout au Seigneur (en anglais); on ne doit pas battre les chiens, car eux nous aiment sans condition »

Croyez-moi ou pas, ils ont arrêté tout net de se marrer. Tout penauds, ils m’ont laissé prendre le petit chien qui tremblait. Mais qu’en faire? Je l’ai cajôlé un peu, puis je l’ai déposé dans l’enceinte de l’hôpital, où ils sont moins exposés aux brutalités qu’au village. Quand je suis repassée le soir, il était parti; je pense qu’il a rejoint la meute qui traîne autour de l’hôpital.

Plus tard à Moshi, quand je dirai « Ndareda wanapiga mbwa » = « A Ndareda, ils battent les chiens », je serai un peu confuse en voyant que ça provoque des rires… Presque un an après, j’ai eu la réponse: au sens figuré, ça signifie que les gens de Ndareda font régner la justice, qu’ils tuent les salauds!

Jour 11: Ndareda Mission

Babati

Malgré l’inconfort de l’autocar, le trajet d’ Arusha à Babati me fait rêver. A Makuyuni, nous croisons la route qui part vers le cratère du Ngorongoro et le Parc National du Serengeti. Plus loin, après Maguga, les portes d’entrée des Parcs Tarangire et Manyara appellent au safari. C’est l’heure de la sieste, j’imagine les lions se vautrant dans la poussière, à peut-être moins d’un kilomètre de moi.

Dareda touch!

A Babati, je dois changer de bus pour Ndareda.  Quelques Blancs parlent en hollandais. Ils répondent assez évasivement à mes questions, alors je m’écarte de leur groupe. La route pour Ndareda est sinueuse et chaotique. Un grand père vient s’asseoir à mes côtés et entreprend de m’énumérer les verbes irréguliers en anglais: « fall, felt, fallen; take, took, taken » ;  il se trompe beaucoup, s’acharne, se met à bégayer et transpirer « want, would… no, want, wanted, wooden…no, woollen, wait I… I don’t remember, shall is sh… shoo… should and want is doob…would, but you must say does and not do… » Autour de nous, les passagers se mettent à pouffer puis à rire franchement, car le discours du grand-père n’a aucun sens . Moi qui voulait de la conversation, je suis servie!

Ndareda

En sortant du bus, je m’assieds sur mon sac à dos pour attendre Avédis. Quelques curieux me demandent où je vais. Comme je réponds « Ndareda mission », on me prend pour un docteur. Le village s’étend de la plaine au flanc de la colline, où se trouve l’hôpital de brousse. Avédis  arrive enfin, enveloppé d’une couverture massaî, armé d’un grand sourire qui me réchauffe le coeur. Nous grimpons les quelques centaines de mètres qui nous séparent de l’enceinte de l’hôpital, saluant chaque marchand au passage. Avédis semble apprécié. Il faut dire qu’il parle couramment swahili, c’est assez rare pour un Mzungu. Le courant passe très vite entre nous, je sens que je vais me sentir bien ici.

Nous passons devant la magnifique église, franchissons la grille où nous saluons le gardien, et nous

église de Ndareda

voici devant l’hôpital, constitué de nombreux petits bâtiments, modestes en tout point. Il y a des chiens partout, ce qui me réjouis beaucoup, mais Avédis m’explique qu’ils ne sont pas appréciés. Leur surpopulation est « régulée » une fois par an, quand quelques policiers viennent les abattre en masse. Une ONG de vétérinaires serait bienvenue, pour stériliser les chiens, et informer la population sur l’utilité de ces animaux: on ne les considère pas comme les meilleurs amis de l’homme là-bas, mais j’y reviendrai…

Nous traversons une bananeraie, les régimes viennent d’être coupés. Puis nous arrivons à un pâté de maisons rouges où je fais connaissance avec les deux labradors d’Avédis. Adoptés par les stagiaires précédents, ils sont reconnus comme les chiens de l’hôpital, ce qui leur confère un statut spécial. Et surprise! Je rencontre également Stefanie, une stagiaire suisse qui vient d’arriver et sera la colocataire d’Avédis pendant 4 mois. Avec elle aussi, je suis vite à l’aise. Je passe un moment à me reposer et découvrir cet endroit.

Tea time avec Stefanie

On entre par une cour fermée derrière un mur.A droite, une petite maison composée de deux chambres et une pièce au milieu; à gauche une cuisine rudimentaire, la douche et les toilettes, également séparées par des murs. Dans la cour, une grande niche pour les chiens et une table ronde en bois. Stefanie et Avédis terminent leur journée de travail vers 17h. Je suis surprise de voir que des gens passent quand ils ne sont pas là, et me voyant, s’arrêtent pour bavarder: les petites voisines, les connaissances du village. C’est ainsi que je fais la connaissance de Boni, un jeune garçon du coin qui commence ses études. C’est la période des vacances, il me propose de m’emmener en randonnée. Le soir, je demande son avis à Avédis. Il le connaît, peut m’emmener sans attendre d’argent en retour, on l’invitera à dîner pour le remercier. Stefanie est emballée par l’idée, il paraît qu’il y a des cascades pas loin, et elle ne travaille pas le weekend. On sait quoi faire après-demain!

Bientôt des haricots?

il en reste!

la bananeraie

Jour 10 : Peaceful Arusha

Douces réflexions

Il y a quelque chose d’impalpable qui se dessine ici. Le temps, d’abord, ne s’écoule pas de la même façon. Je suis arrivée tourmentée, en fuite. Avant ce voyage, j’attendais que le temps panse mes blessures. Puis j’ai eu recours à l’espace, j’ai mis de la distance entre la cause de mon tourment et moi. Aujourd’hui pour la première fois depuis plus d’un an, je ressens les prémisses de ma guérison. Ici j’apprends à ne faire qu’une ou deux choses par jour et m’en trouver bien.

Je pensais que ça me rendrait folle, cette lenteur africaine, cette façon d’ignorer le souci du lendemain, cette éternelle absence de ponctualité. Maintenant, je m’arrête tous les dix pas pour discuter avec des inconnus, je prends le temps d’observer le rythme lourd des mamas fatiguées, la gravité des visages des enfants, la résignation des jeunes cachée sous une joyeuse insouciance.

Le ciel bas et gris dissimule le Mont Meru. Hamna Shida! Je ne suis plus pressée de le voir. Ce matin j’ai marché aux côté d’Osman, vendeur de T-shirts sur lesquels on peut lire: « Mimi ni Mzungu, lakini sina pesa! » = « Je suis Blanc mais je n’ai pas d’argent! » Osman m’a salué d’un  » ça roule, ma poule? ». Ca fait un drôle d’effet. J’ai ensuite fait la connaissance de Fikiri « celui qui réfléchit ». Les gens de la rue se donnent volontiers des surnoms. Fikiri est veuf avec deux petits enfants. Il dit que son épouse s’est faite renverser par une voiture il y a deux ans. Melvin et Mike m’ont confirmé son histoire, tout en me faisant comprendre que rien n’est sûr. On préfère parfois inventer une histoire quand la vérité nous semble honteuse. Le sida fait des ravages, mais jamais on ne prononce son nom.

Le retour du scoubidou

Derrière le musée d’Arusha – j’en aurai fait tout le tour- se trouvent quelques échoppes tenues par des vendeurs un peu plus chanceux. C’est là que je rencontre Seleman, un grand rasta qui ponctue toutes ses phrases de « One love » ou « Jah live ». Il fabrique des bijoux en perles, façon Maasaï, et vend toutes sortes de souvenirs, peintures tinga-tinga, sculpture d’animaux en bois, tissus africains. La journée, il est ici; le soir il prend un stand à la sortie des discothèques d’Arusha et Moshi.

Atelier tissage

J’ai sur moi des fils à scoubidous que j’avais apporté dans l’espoir de faire un atelier pour les enfants. Mais c’est le cœur des vendeurs de bijoux que j’ai conquis en quelques secondes! Nous passons l’après-midi à tisser les fils en plastiques. Seleman me demande de lui en envoyer à mon retour en France. A nos côtés, le marabout du musée déploie ses larges ailes. Je crois qu’il apprécie notre compagnie.

Je rejoins Melvin au Mamcho Garden. La serveuse est tout sourire, je me sens presque habituée! Au bout d’une heure, elle revient, l’air gênée, et parle à Melvin en swahili. Il m’explique qu’elle a fini son service, mais n’ose pas nous encaisser de peur d’être impolie. C’est un comble! Je la rassure en lui disant qu’en Europe, on encaisse souvent en suivant, et que nous n’y voyons aucun mal. Il y a des restes de colonialisme, par ici!

En fin de journée, je passe à la gare chercher mon billet de bus pour Babati. Demain, je pars pour quelques jours chez un couchsurfer français qui travaille dans un hôpital de brousse, pour une ONG. Osman, que je croise au milieu d’un rond point, me lance: « Tu n’as toujours pas vu le Mont Meru? Alors peut-être, retourne-toi! » Derrière moi, je vois enfin le sommet de la montagne, dégagé, dans les rayons du soleil couchant. Voilà, je peux quitter Arusha.

Jour 9 : les « expats »

Attrapez-le!

En fin d’après-midi, j’ai contacté un couchsurfer français qui travaille à Arusha, histoire de le rencontrer autour d’un verre. C’est Damien, il a une agence de safari ici. Son père était déjà expatrié, il a vécu dans beaucoup de pays différents.

Vue sur le marché

Nous nous sommes donnés rendez-vous sur la Sokoine Road. Au téléphone, je lui demande de quoi il a l’air. Ca le fait rire, et je comprends pourquoi: impossible de se rater! Deux Blancs se repèrent à 200 mètres parmi les Noirs. Damien m’invite à venir chez lui. C’est un grand appartement dont le balcon donne sur l’arrière du marché. Soudain une forte clameur publique se fait entendre. Depuis le balcon, nous assistons à un mouvement de foule généralisé: en bas au marché, tout le monde se met à courir en hurlant, c’est très impressionnant.

« Un voleur, me dit Damien. Quand un voleur se fait repérer, tout le monde le poursuit, et il passe un sale quart d’heure… »

Je pense à mes copines d’adolescence les « tchoureuses » avec qui je chipais des petites choses dans les magasins… c’est drôle,  selon les gens, les cultures, le vol en magasin est considéré comme un grave délit ou comme une bêtise puérile. Ici, voler quelqu’un, c’est le déposséder de beaucoup, et mineur ou pas, la punition est dure.

Fatigués du bruit, nous fermons les fenêtres. Damien me propose de se retrouver après son dîner d’affaires pour aller « faire la fête ». Il me confie gentiment les clés de son appartement et me laisse seule.  Au bout de quelques minutes survient une coupure d’électricité qui me plonge dans l’obscurité totale. Je décide de sortir prendre un repas sur le pouce.

Les rues sont noires, seuls quelques petits restos indiens fonctionnent au groupe électrogène. Dans la nuit, je ne vois personne, mais tout le monde voit ma peau claire. J’entends des « mambo » et je réponds « poa »,  je n’ai pas peur… Damien me dira que je n’ai pas été bien prudente à me promener dans des ruelles pendant la coupure d’électricité… moi je suis sûre que ma confiance me protège.

Saturday night fever

J’avais envie de retrouver des français, eh bien je les ai eus. Deux petits coqs. Damien et son « meilleur pote » Yannick ont ramené trois minettes avec eux. Une américaine en stage au tribunal d’Arusha et deux françaises qui bossent dans une ONG. Déjà, elles étaient sapées si sexy que je faisais office de la copine moche avec mon vieux pantalon de toile kaki. Pour aller à 500m, Damien a voulu prendre sa voiture, juste pour la faire ronfler et lui faire des petites pointes de vitesse pour épater les filles. Là, j’ai sentis arriver… la colère, le mépris, et la soirée pourrie.

Nous sommes entrés au Via Via café, situé à droite du Musée. Damien a commencé par faire « celui qui connaît bien le videur » et, grand seigneur,  il a payé toutes les entrées. Le Via Via café est un charmant petit bar avec jardin. Il y a un groupe qui joue de la musique Tanzanienne, c’est à dire une musique qui ressemble à celle de nos Dom Tom, ce qui peut surprendre pour qui s’attend à des mélodies comme on en trouve en Afrique de l’Ouest. Je reconnais la chanson la plus connue, celle qui est dorénavant destinée aux touristes:

Dans mon carnet de voyage

Ici un lien pour cette chanson avec un arrangement terrible!

J »ai appris cette chanson en 2004, quand j’habitais Perpignan. J’entends encore ma copine Lætitia la chanter. J’avais déjà décidé d’apprendre un jour le swahili et de partir en Tanzanie.

Damien a décidé de nous emmener dans une boîte locale pour danser. Elle se trouve à côté du Mamcho Garden. A l’intérieur, je décide de ne pas me laisser abattre et danse comme une petite folle sur du RnB. un grand écran passe des clips qui se ressemblent tous: un chanteur congolais à bijoux rutilants et lunettes noires, et des poulettes moitié nues engluées contre lui. Yannick est complètement statique au milieu de la piste, j’ai l’impression qu’il fait une crise de tétanie. Nous sommes les seuls Blancs, et l’ambiance n’est pas fameuse, sans doute à cause de l’attitude arrogante de Damien. A la sortie, sur le parking, il se met à parler très fort de safaris, de marques de 4×4, d’argent… c’est démesuré, irrespectueux, j’ai honte pour lui.

Je passe la fin de la soirée, mais on a atteint le sommet de la connerie en deux détails de la conversation:

Yannick a un chauffeur, il n’a jamais pris un matatu tellement il flippe. Il ne fréquente pas de locaux.

Jessica ne sait pas si elle habite au nord ou au sud d’Arusha, elle n’a pas regardé un plan depuis 4 mois qu’elle est là.

J’ai quand même dormi chez Damien, il était trop tard pour un bus; mais le matin, je suis partie aussi vite que j’ai pu.

Les prénoms des gens de qui je dis du mal seront toujours remplacés par des faux hihi!

Jour 8: Arusha Ces gens qui y vivent

Wildlife Society

Enfin de vraies rencontres! Ce matin j’ai réussi à joindre Franklin, le fameux vétérinaire dont j’avais le contact. Alors, je ne sais pas s’il est vétérinaire, mais il travaille à la Wildlife Society dont les bureaux sont au National Museum. Il se trouve au nord de la Boma Road, un quartier que j’ai assez arpenté hier pour le connaître.

Pauv'bêtes!

Passée la grille d’entrée, je cherche le bureau de Franklin quand je tombe sur une pièce remplie de trophées animaliers, un atelier de taxidermie. Au milieu de cet alignement de têtes mortes, un ouvrier me regarde en rigolant, je dois faire une drôle de tête… Il a la gentillesse de m’amener à Franklin.

Franklin est un large monsieur à l’air paisible qui parle peu et écoute attentivement ce que j’ai à lui dire: que je souhaite faire du bénévolat, me renseigner sur les possibilités d’approcher les animaux autrement que dans un Land Cruiser en safari, pour lequel je n’ai d’ailleurs pas de budget. Franklin me fait passer de l’espoir au découragement toutes les dix secondes:

– Oui il est possible de faire un stage à la Wildlife Society.   🙂

–  Mais il faut s’engager au moins trois mois.   😦

– Mais il a peut-être un contact qui peut me prendre une semaine.   🙂

– Mais ce n’est pas avec les animaux sauvages, c’est un vétérinaire de bétail.   😦

– Mais il va soigner le bétail des Maasaïs.   🙂

– Mais pas cette semaine.   😦

Il me dit de l’accompagner chez le vétérinaire en question, à deux pas. En chemin, nous croisons une petite termitière en construction sur un trottoir, je m’arrête pour l’observer. Il me sourit : « Ah oui, si même ça, ça t’intéresse, c’est que tu es une vraie! Tu vois, là elle est presque plate; mais si tu verses un peu d »eau, demain, elle dépasse ta hauteur. »

Babi Marabu

Le vétérinaire est absent, nous revenons donc au bureau. Dans l’entrée du musée,  Franklin dit soudain qu’il veut me « présenter quelqu’un de très vieux ». Je suis intriguée par cette introduction. Dans le jardin derrière le musée, il y a un marabout tout pelé. Il n’est pas très sauvage. Il y a quelques années, on l’a trouvé blessé.  Il a été soigné ici, et depuis il se promène librement. Il ne peut plus voler. De près, sa taille est moins impressionnante : les marabouts des rond-points de Nairobi me paraissaient géants.

Franklin me donne rendez-vous le lendemain au siège d’un autre organisme de protection de la nature pour tenter quelque chose avec eux. Je retourne vers le centre.

Mamcho Garden

Je rêve d’un endroit calme, comme un parc, avec un café à l’extérieur. Mais ce n’est pas l’Ecosse, bon sang! Je dois m’efforcer d’avoir des envies réalistes.

Comme je suis plantée à réfléchir à l’endroit où je vais pouvoir aller, un petit gars s’approche et me demande poliment s’il peut m’aider. Je lui explique donc que je cherche les jardins de l’université de Glasgow. On dirait que ça lui parle, car il me propose de le suivre. Juste avant le pont de la rivière Naura, je découvre sur la droite un petit café local avec des tables dehors, disséminées sur une pente en terrasses qui descendent vers la rivière, au beau milieu d’une bananeraie. Aaaaaah! Pour la peine, j’invite mon guide à boire un verre.

Au Mamcho Garden

Melvin m’explique que son travail consiste à rameuter les clients vers la boutique de son patron. Il ne m’a même pas poussée à aller voir les articles qu’ils vendent, ce que j’apprécie beaucoup. C’est un garçon à l’air doux et intelligent; il me confie qu’il rêvait de devenir avocat pour défendre les droits de l’homme dans son pays. Il m’apprend l’existence du tribunal pénal international d’Arusha, qui juge les crimes de guerre commis au Rwanda (la Tanzanie et le Rwanda font partie de la Communauté d’Afrique de l’Est). Malheureusement, Melvin a perdu ses parents, n’a pas été assez bon à l’école et n’a jamais eu assez d’argent pour entamer des études. Bientôt son copain Mike nous rejoint, le bonnet vissé de travers sur ses oreilles décollées, il a une telle bonne humeur contagieuse que je l’invite également à boire un verre. Nous passons  deux bonnes heures à s’apprendre des mots de swahili et de français. Ce sont les personnes les plus gentilles que j’aurai connues à Arusha.

Jour 7 : Arusha premiers pas

Le matatu

Au bord de la route, mes 300 Tsh dans la main (15 cts), je vois arriver le matatu dans un nuage de poussière rouge. On peut se mettre n’importe où sur son trajet, faire un signe, il s’arrête. Je pense à ces chauffeurs de bus en France contre lesquels j’ai si souvent fulminé parce qu’ils n’ouvrent pas les portes en dehors des arrêts, même quand c’est le dernier à minuit…

Tout s’appelle Kili ici!

Dans le matatu, je déchire ma basket en toile qui s’accroche à un bout de ferraille. Merde! Il faudra bien qu’elles tiennent encore 3 semaines. Je prends une place près d’une fenêtre au fond, mais quelques arrêts plus loin, je me retrouve écrasée contre la vitre car trois mamas se sont entassées sur ma banquette, et nous n’avons pas la même corpulence! Heureusement, je me suis fait bouillir de l’eau ce matin, je crève de soif!

Matatu signifie « trois », car c’était le prix du trajet quand il a été créé au Kenya. Chaque matatu a un chauffeur et un auxiliaire qui fait monter et descendre les gens et récolte l’argent. Pour dire au chauffeur de s’arrêter ou de repartir, il frappe deux coups sur la carrosserie. Quand c’est le moment de récolter l’argent, il secoue sa main pleine de monnaie sonnante et la tend vers chaque

Jésus et sa mère… ah non c’est Béyoncé!

passager.

Le plus important dans le matatu, c’est son style! Chaque matatu a un petit nom ou un slogan sur de gros autocollants colorés, genre le camion de Marcel le routier, mais pour les transports en commun. Et la musique diffusée colle à l’étiquette. Il y a des matatu rasta par exemple, rouge jaune vert, avec des portraits en graf de chanteurs célèbres, il y en a des chrétiens avec des signes de paix et des images de Jésus, et les plus intéressants sont ceux qui mélangent tout!

On m’a dit: « Au Kenya, on appelle ça des matatus et en Tanzanie des dala-dala, ça désigne le même type de minibus ».  C’est vrai dans le nord, mais en réalité les dala-dala sont des camionnettes à Zanzibar avec deux bancs en bois derrière où les passagers se font face.

Autour de la clocktower

La clocktower m’a été indiquée comme le centre de la ville. Mais personnellement je me sens un peu à l’est (c’est mieux que de l’autre côté), et surtout je vais apprendre qu’il y a plusieurs clocktowers en ville, faut pas se tromper. Je remonte la Boma Road pour prendre un plan à l’office du tourisme. Le Safari Hotel se trouve en haut de cette rue. C’est le coin des touristes. Donc c’est le coin du harcèlement par les vendeurs locaux.

« Olà! Olà!

Je me retourne: – Are you speaking to me?

-Si signora, buenos dias! Qué tal?

-Heu buenos dias, muy bien… why do you think I’m spanish?

-Because of your red hair, where are you from?

-France

– Ahaa! Paris ye t’aime ah la la monamour! Safari madmoizel?

– No thanks, no money no safari… »

Hé voilà, ça, tous les jours, au début ça fait rire, ensuite on se promène avec un petit nuage noir au-dessus de la tête comme dans les BD.

A mi-chemin du Caire et de Cap Town, la clocktower d’Arusha

D’ailleurs, c’est nuageux, on ne voit pas le Mont Meru, et puis j’ai le cœur un peu lourd…Moi, j’ai bien besoin d’aller prendre et donner des nouvelles de mes proches dans un cybercafé, et boire un bon café kenyan. Je ne sais pas du tout ce que je vais pouvoir faire de mes journées. Un couchsurfeur m’a donné  le contact d’un vétérinaire, peut-être un peu de bénévolat? Si Arusha m’ennuie, j’irai chez mon prochain contact, un français qui vit vers Babati plus au sud.

Le marché

J’ai retrouvé Daniel, mon jeune allemand barbu, au Safari Hotel, et il m’accompagne au marché central pour acheter des légumes. Dès qu’on arrive, quelques jeunes garçons nous demandent ce qu’on cherche, insistent, nous proposent des fruits… pas moyen d’être tranquille. Daniel m’explique que les mamas ne parlent que kiswahili, et les gamins qui parlent un anglais correct, font l’intermédiaire et glanent queqlues pièces au passage.  Pour ma part je préfère parlementer avec les mamas, en remplaçant par des signes les mots que je ne connais pas, mais les gamins ne l’entendent pas comme ça, ils se mettent carrément entre elles et moi. Je cède et leur demande des avocats, des tomates, des oignons. C’est la saison froide et le choix est restreint.

Le marché couvert vu d’en haut

J’ai un  accrochage avec un des petits intermédiaires, car je refuse son prix et il se fâche. Je crois qu’il avait besoin de lâcher tout ce qu’il avait contre les touristes, car il l’avait vraiment mauvaise. Il me demande agressivement si c’est un jeu pour moi, de marchander; je lui répond que je paierai un prix juste, pas multiplié par cinq. Finalement la tension monte alors je lui paie le prix qu’il me réclame, je ne veux pas attirer la police corrompue qui patrouille et adore draguer les Mzungus (Blanches). Des gamins de sept-huit ans nous proposent de porter nos sacs jusqu’à la route en échange de quelques pièces.

Ce léger conflit me plonge pour l’après midi dans une réflexion amère. Je sais que j’avais raison, j’ai demandé et comparé les prix à de nombreuses reprises depuis. J’aurais aimé lui expliquer, à ce gamin qui me prend pour une riche qui l’exploite, que je dois aussi faire attention, que je ne me sens pas en vacances, que j’ai vidé mon compte pour partir loin de ce que je fuyais, que je n’ai pas d’économies, que d’ailleurs les riches ne sont pas tous des cons, et que les pauvres en comptent un bon nombre. Comment pourrait-il comprendre, lui qui n’a pas comme moi de quoi s’offrir un petit-déjeuner, qui a sans doute une famille qui compte sur son revenu, qui ne voit passer que des touristes super-équipés et des stagiaires du tribunal qui claquent leurs sous en alcool le week end?

Et ce n’est pas la dernière fois que ma conscience travaille, se révolte ou s’apaise…

Daniel n’a pas bronché, pas pris partie dans notre dilemme; il m’a paru un peu poltron sur le coup. Et du coup, le jeune lui disait : « You are a good guy, but your wife (!), bad woman, bad! » Pff, facile d’avoir le beau rôle, quand on n’ose pas donner son opinion!

Fatiguée, je rentre avant la nuit et me cloître dans la petite maison de Njiro. Je cuisine, me plonge dans mon livre « la Ferme Africaine », j’écris, fais un peu de lessive… difficile de sortir de l’affect quand on n’a personne à qui parler. Autant aller se coucher!